Conte 5 Version Writer's Cut -19 et fin
Conte 5 – Writer’s cut - 19 et fin
Belinda Laddhyn et le Trèfle magique
Samedi 1er juillet 2017.
Ce matin-là, elle prétexta devoir se rendre au boulot car les vacances arrivaient et elle devait mettre de l’ordre dans ses papiers en vue de la rentrée prochaine. Damian qui attendait les résultats de ses derniers partiels n’y vit rien d’étrange, ne soupçonna rien. Elle dissimula alors quelques affaires et une robe dans son sac. Et comme elle en avait l’habitude les autres jours de la semaine, elle s’en alla après lui avoir donné un incroyable baiser et avoir fait un énorme câlin à Amanda.
Lorsqu’elle reviendrait, elle serait tellement fière d’elle, elle pourrait tout leur dire et eux aussi alors ils seraient fiers d’elle. Et leur vie continuerait.
A midi, elle arriva à l’adresse que son père lui avait donnée. Connard se dit-elle. C’était une boucherie Allal. Une putain de boucherie dégueulasse. Confiante en elle, en cette force que lui donnait l’amour de Damian et d’Amanda, la fit sortir de sa voiture, se diriger fière et sûre d’elle vers cette boucherie où elle sonna. Une femme voilée lui ouvrit. Dans sa langue natale, elle lui dit que son père l’attendait au premier étage dans une pièce spécialement aménagée pour l’occasion. Cette femme l’accompagna jusqu’à un escalier à la peinture bleue écaillée.
Belinda commença à monter les marches. La femme la laissa seule, entra dans une pièce. Dans l’entrebâillement de la porte qu’elle venait d’ouvrir, Belinda aperçut quelque chose. Quelque chose qui lui glaça le sang. Elle se dit qu’elle avait mal vu, que ce n’était pas possible. Il n’avait pas fait ça ce salopard de merde. Elle ne voulait pas y croire.
Plus elle montait ses marches plus elle sentait l’angoisse l’envahir, la peur, plus son cœur se mit à cogner dans sa poitrine. Tout en elle lui disait de se sauver d’aller rejoindre Damian de tout lui dire. Ils s’affronteraient ça ensemble. Mais en même temps une part d’elle voulait en être sûre. Sûre de ce qu’elle avait entraperçu durant cette fraction de seconde. Elle ne pouvait pas courir ce risque. Pas pour Damian, pour Amanda, Pour les garçons. Elle n’en avait pas le droit. Elle devait savoir. Et même si elle n’avait jamais ressenti une telle peur, qu’elle avait l’impression que son cœur allait s’arrêter, elle monta cet escalier serrant machinalement cette petite torche que Damian lui avait offert et qui trônait toujours sur ses clefs de voiture. Enfin elle arriva devant une porte tout en haut de cet escalier. Là, elle entendit des voix, elle n’en reconnut qu’une.
Elle inspira tout l’air que pouvait contenir ses poumons, expira et poussa cette porte. Lorsqu’elle entra, elle sut. Elle sut aussitôt qu’à chacun de ses pas tout se détruisait, qu’elle détruisait tout. Elle sut que chacun de ses pas l’éloignait inexorablement de Damian, d’Amanda et de cette vie qu’elle chérissait par-dessus tout aujourd’hui. Elle sut qu’elle ne les reverrait plus. Elle aurait voulu hurler sa souffrance, cette souffrance qui s’emparait d’elle, cette rage qui lui fit monter les larmes aux yeux. Chaque fois que ses talons frappaient ce parquet immonde, elle aurait hurlé toute cette haine qui ressurgissait en elle. Hurler comme elle ne l’avait jamais fait. Mais elle ne laissa rien paraître. Elle fit en sorte qu’un joli sourire se dessine sur son visage.
Damian, ce samedi-là, avait emmenée Amanda avec lui faire les courses de la semaine. Ils avaient acheté de quoi faire un bon petit souper, un bon gâteau pour regarder un film le lendemain et une bonne bouteille présumant que Belinda était à son bureau. Tous les deux étaient impatients de rentrer car ils avaient une bonne nouvelle pour elle : Damian avait eu son diplôme avec mention. Il était désormais Infirmier Diplômé d’Etat. Et il avait préparé une surprise pour elle. Amanda en était toute excitée. Elle avait, elle-même, emballée cette petite surprise. Et il n’y avait plus qu’à mettre les courses dans cette vieille Ford Fiesta qu’il avait achetée quelques mois plus tôt pour se rendre à l’hôpital y effectuer son stage et ils pourraient rentrer, retrouver leur vie avec Belinda.
Lorsqu’il entra dans leur appartement. Tout de suite, il sentit qu’il y avait quelque chose qui clochait, les fenêtres étaient toutes fermées, malgré la chaleur, la télé ne marchait pas et l’appartement n’avait pas cette odeur si particulière.
Portant les sacs de courses, il entra suivi d’Amanda qui en portait quelques autres. Il fit quelques pas et son sang se glaça. Il sut aussitôt. Ses yeux ne pouvaient quitter cette enveloppe mise en évidence sur la table de salon. Il sut. Il posa les courses sur le sol et se dirigea vers cette enveloppe imité par Amanda. Ces quelques pas furent tellement dur tellement…il avait l’impression, d’un coup, de ne plus être qu’un zombie qui marchait sur un sol complètement instable. Il se laissa tomber dans le canapé. Il regarda Amanda qui dans son regard avait toute l’innocence et la peur d’un gosse qui se rendait compte que quelque chose n’allait pas.
- « Papa ?! »
Il prit alors l’enveloppe, l’ouvrit. Le trèfle qu’il lui avait offert, tomba sur le sol. Amanda le ramassa aussitôt et le tint serrer dans ses mains
- « Elle est où Nineda ? Hein ?! Papa ! ».
Il ne lui répondit pas. Il la fit s’asseoir sur ses genoux, commença à lire, à haute voix, cette lettre que Belinda leur avait écrite avant de partir et qui lui faisait trembler les mains.
Damian, Amanda, mes deux amours,
Je ne sais pas par où commencer. C’est tellement difficile.
Et il y a tellement de choses que j’aurai à te dire. Tellement de choses que
j’aimerai vous dire à tous les deux. Tellement de chose que j’aurai voulu vivre
avec vous.
J’aurai tellement voulu vieillir et mourir à tes côtés,
dans tes bras. Tu ne peux pas savoir.
Amanda,
Je t’aime très, très fort. De toutes mes forces.
Je ne sais pas si tu te rappelles le premier dimanche qu’on
a passé tous les trois. Tu m’avais montré tes petites figurines et tu m’as dit
qu’on n’avait pas besoin de se ressembler pour être une famille. C’est
tellement vrai. Tu avais tellement raison ma puce, tu ne peux avoir à quel
point tu avais raison.
Tu sais bien que je ne t’ai pas portée. Pourtant, tu es ma
fille et je t’aime autant que si tu étais sortie de mon ventre. Et j’aurai
tellement voulu te voir grandir, te voir devenir une belle jeune fille et te
voir devenir une femme.
J’aurai tellement voulu être une maman pour toi, être la
maman que tu mérites. Mais je ne le pourrais pas ma chérie. Ça n’a rien à voir
avec toi. Tu n’y es pour rien. Et surtout ne sois pas triste parce que tu
mérites tellement mieux que moi. Et j’espère de tout mon cœur qu’un jour tu
auras une maman qui te fera des tonnes de bisous et de câlins, une maman qui
sera toujours là pour toi. J’aurai tellement voulu l’être, tu ne peux pas
savoir mais ce ne sera pas moi. Je ne le pourrais pas. Mais sache que jamais je
ne t’oublierai parce que tu es ma petite puce à moi.
Ne sois pas triste s’il te plaît. Continue de bien travailler
à l’école. Ecoute ce que papa te dit, la plupart du temps en tout cas. Fais de
petites et surtout de grosses bêtises pour faire enrager papa. Amuses-toi bien
avec tes jeux et jouets, avec Miguel. J’espère que tu auras tous les animaux
que tu veux.
Ne m’oublie pas trop vite. Je t’aime tellement fort ma
petite chérie.
Je ne te dis pas au revoir ni adieu parce que tu seras
toujours avec moi. Je te laisse le pendentif que ton papa m’a offert en me
disant qu’il me porterait chance. Il est pour toi. D’abord parce que ce sera un
petit souvenir de moi, d’une dame qui t’as aimée et t’aimeras toujours et de
toutes ses forces. Ensuite, ton papa avait raison, ce pendentif est magique. Il
m’a donné une chance incroyable. J’espère que ce sera pareil pour toi. Et que
quand tu seras grande tu rencontras quelqu’un qui sera aussi gentil que ton
papa et que cette personne te rendra aussi heureuse que je l’ai été avec toi et
ton papa.
Je t’aime Amanda. Ne laisse jamais personne te dire ce que
tu dois penser, faire ou choisir. Tu es libre ne l’oublies jamais
Grâce à vous, tous, j’ai eu la chance d’avoir une famille,
une vraie famille et de vrais amis. Grace à vous, j’ai su ce que cela faisait
de ne pas être seule, ce que c’était d’être véritablement soutenue, aimée. Vous
tous vous m’avez rendue heureuse. Je n’oublierai jamais les soirées, les
restos, les vacances et les sorties qu’on faisait ensemble. Vous me manquerez
tous et je regretterai toujours ces moments.
Merci pour tout ce que vous avez fait. Essayez de ne pas trop
me détester. Et, je sais bien que je n’ai aucun droit de vous demander une
faveur mais s’il vous plaît veillez bien sur Amanda et Damian.
Katy et Nadya : merci pour tout. Profitez bien de ce
que vous avez parce que cela ne dure pas.
Jamais je ne vous oublierai, vous serez toujours dans mon
cœur.
Damian, il faut que tu saches que je t’aime. Je t’aime. Je
t’aime tellement. Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime.
Tu vois je te l’avais dit que je te ferai souffrir. Je ne
t’avais pas menti. Je sais bien que tu dois te demander pourquoi je m’en vais
et que tu dois avoir du mal à comprendre. Hier encore, j’étais persuadée que je
passerai la soirée d’aujourd’hui et toutes celles qui suivraient avec toi et
Amanda, que rien ne changerait. J’avais tort. J’ai cru tellement de choses que
je serai capable de vous rendre fiers de moi. Là-dessus aussi j’avais tort.
T’embête pas avec tout ça. Ce n’est pas ce qui est
important. Ce qui l‘est par contre c’est toi, c’est nous, ce qu’on a vécu
ensemble. Ce sont des moments que je chérirais jusqu’à ma mort, tu peux me
croire quand je te dis ça, ce ne sont pas des paroles en l’air. Ce sont des
moments que je chérirais toujours. Je sais bien que tu vas me détester et
probablement certains jours tu vas me haïr. Tu en as totalement le droit et
tant mieux si cela te fait du bien. Et je ne vais pas te demander de me
pardonner. D’abord parce que je n’ai rien à me faire me pardonner et surtout
parce que je ne veux pas que tu m’oublies. Et moi je ne t’oublierais jamais.
Te quitter n’a jamais été dans mes intentions. Je ne vais
pas te dire que j’ai toujours su que tu étais l’homme de ma vie. Non ce serait
faux.
La première fois dans mon bureau, je t’ai détesté, je t’ai
haï. Tu as foutu un sacré bordel dans ma tête. Et c’est rien de le dire. Tu as
tout chamboulé, tout ce en quoi je croyais, tout ce que je pensais, tout ce que
je croyais être tout ce que je croyais savoir, tu as tout changé ce jour-jà
d’un coup comme ça. Et pendant des semaines je t’en ai voulu parce que
Jamais personne d’autre que toi ne m’as foutue en colère de
cette façon. Et jamais personne d’autre que toi ne m’as terrifiée à ce
point-là.
Jamais personne d’autre que toi ne m’as fait ressentir ce
que tu m’as fait ressentir. Quand je t’ai rencontré je n’étais qu’une gamine
trouillarde qui ne savait pas ce qu’elle voulait, et tu as fait de moi une
femme. Tu m’as rendu tellement heureuse, jamais je ne pourrais te remercier de
tout ce bonheur que tu m’as donné, de tout cet amour, de cette confiance. De
tout de ce que tu m’as donnée.
Damian, je veux que tu saches que je ne quitte pas pour un
autre homme parce que c’est impossible, il n’y en a aucun autre comme toi. Et
je ne dis pas ça pour te réconforter ou quoi que ce soit d’autre. Je te dis la
vérité. Pour moi, il n’y a personne d’autre et il n’y aura jamais personne
d’autre que toi.
Mon cœur et mon âme sont à toi à tout jamais.
Je sais bien que je n’en ai aucun droit de te demander
quelque chose mais pourtant je ne te le demande : ne me cherche pas. Ne
cherches surtout pas à me retrouver. Tout est bien comme ça. Crois-moi. Tout va
bien et tout ira bien pour moi. Ne t’en fais pas.
Par contre, et je ne t’en laisse pas le choix, je veux que
tu sois heureux pour toi et pour moi. Je veux que tu fasses ta vie avec une
femme qui te rendra heureux, avec qui tu pourras avoir des enfants, avec qui tu
pourras avoir une grande maison pleine d’animaux. Une maison pleine d’amour.
Je te le souhaite de tout mon cœur. Je veux que tu sois
heureux. Comme ça, quelque part, je le serai moi aussi.
Je t’aime et je t’aimerai toujours de toutes mes forces de
tout mon cœur et de toute mon âme.
S’il te plaît garde un petit peu de moi quelque part en
toi, dans un petit coin de ta tête et de ton cœur parce que dès que j’aurai
refermé la porte de chez nous, il ne restera rien de moi. Il ne restera plus
rien en moi juste l’amour que j’ai pour toi et pour Amanda, tout le reste
disparaitra.
Je t’aime.
Je vous aime tellement et pour toujours.
Adieu.
Belinda
La petite fille regardait son père qui lisait cette lettre, la voix chevrotante. Ses yeux, à chaque mot, ces poignards qu’il prononçait, se remplissaient de larmes. Elle ressentait son chagrin, elle sentait cette peur et cette tristesse grandir en elle.
Elle ne pouvait détacher les yeux de son père. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Il avait toujours été, essayé d’être fort pour elle, pour eux deux. Et là, elle le voyait faible comme un petit enfant. Elle avait peur. Tellement peur. Et elle était triste. Tellement triste.
Lorsque Damian eut terminé de lire, il remplia soigneusement cette lettre, la replaça dans son enveloppe et la posa sur la table de salon. Il regarda alors Amanda, prit le pendentif qu’elle tenait serré dans ses mains et lui passa autour du cou.
- « Et Nineda ? Papa ?! Elle va revenir hein ? »
- « Elle ne reviendra pas Amanda. Elle est partie…partie ».
Il serra alors la petite fille contre lui. Elle se mit à pleurer et hurla qu’elle voulait qu’elle revienne. Tous les deux restèrent là, dans ce salon, seuls, pleurant comme deux enfants abandonnés dont la vie, une fois de plus, se retrouvait bouleversée.
Ils restèrent là, seuls. Brisés.