CONTE 1
Conte 1 - L'Enfant Roi : Le Petit Prince Da
α
Il y a longtemps, très longtemps, très, très longtemps…allez, à la louche, on va dire en 1989,
comme ça, au hasard…et dans un
royaume très, très, très lointain : La
Puerta sur la Justa Cota, un petit prince naquit…comme ça, un jour.
Pouf !
Neuf mois plus tard environ…et là je dis pas merci la loi Simone Veil
sur l’IVG qui a été voté en 1974 ! A une vingtaine d’années près, il
aurait pu finir dans les chiottes le pauv’ gosse…euh…non, je ne parle pas de
moi là mais de mon personnage…mais non je vous dis, ce n’est pas de moi dont il
s’agit, lâchez-moi avec ça ! Moi je vaux bien mieux que ça ! Vous
allez penser quoi là tout de suite !…Mais euh…bon en même temps c’est vrai
que j’ai certains problèmes avec mes parents : je les hais. Ils ne
voulaient pas de moi vous savez, ces salopards de merde, va !…Enfin, j’ai
ça en moi et ça me bouffe mais ça me bouffe, vous pouvez pas savoir…euh…oui
l’histoire…
Et Boum ! Voilà le petit prince.
La Reine SuçaSienne Ière était tellement heureuse, tellement joyeuse, tellement
ivre de toute cette joie qu’elle avait reçue…et pas qu’un peu, Salope va ! Mais, malheureusement, elle ne
parlait pas très bien français. Quand la sage-femme lui demanda comment elle
allait appeler son petit gars, elle répondit : « Da ! ». C’était à peu
près la seule chose qu’elle savait dire en français…quand elle n’avait pas la
bouche pleine !
Et voilà le gentil petit prince Da
était né. Il grandissit dans une vaste demeure bourré de gens bien qui, tante
ô, n’avaient pas eu de chance, tante ô avaient bien trop d’la chance…si l’on en croit l’un des reportages de TF1…mais
qui, tous, s’étaient fait coincer comme les abrutis de blaireaux qu’ils
étaient.
Il grandissit, là, de dix à douze mois
et, sous le bras de sa mère, sorta de ce vaste le Château qui se nommait la
Santé. Je crois que j’ai fait quelques
fautes parce qu’il a des trucs qui sonnent faux là-dedans mais…tiens-une
idée…allez les enfants, un petit exercice : on va corriger les
fautes ! C’est comme les cahiers de
vacances ! Maman vous donne ça à faire pendant qu’elle va causer au voisin
qui la fait beaucoup rire quand papa il est pas là...euh…mais non i’ vont pas
divorcer ! Pas la peine de chialer ! A votre âge enfin !
Et tous les deux retournèrent dans leur
proche et non moins vaste demeure : El Cabriolenté Roulenté…ok…ok c’était une putain de voiture qui
puait la crevette et la saucisse…quelques fois la moule frites…Et tandis
que les autres petits princes de ce royaume s’en allaient d’ici et de-là
clopin-clopant…non pas clopant…j’ai
arrêté de fumer et c’est encore un sujet sensible pour moi…ça…ma famille…la relation tordue que j’ai eue avec
le pot d’échappement d’une voiture à l’adolescence…il me faisait du mal mais
moi je l’aimais…euh…non je suis hétéro la voiture c’était une fille…je le sais
elle me l’a dit le premier soir…enfin je pense à ça j’ai jamais regardé sous le
capot mais bon…non…c’était une fille je le sais…foutez-moi la paix avec toutes
vos questions, putain !
Lui, le petit prince, il restait, là,
collé à cette voiture qui le bringuebalait au son des cris stridents de la
Reine. Et elle lui donnait les meilleurs conseils qu’une mère puisse donner à
son fils : « soa plus faurte
tchéry Daaaaa » ou encore le rassurer quant il avait peur « Vô-zy toua pô peur tchéry moua pô melade,
Daaaaa ! » ou même lorsque que c’était son anniversaire « Vô-zy tchéry, souffler ta bougie Da, je
t’fé, Da ! ».
Il grandît avec une mère aimante et
abordable, et des tas de pères dévoués qu’ils lui apprirent tous à aimer une
femme et à la respecter, à la comprendre et à discuter avec elle, à la rendre
heureuse à chaque fois qu’ils le pouvaient…la
plupart du temps au début du mois après les histoires avec Bombonne sur les
sous qu’il n’y avait plus sur le compte ça risquait de la foutre mal. Et eux
justement voulaient la foutre bien…enfin...bref…je m’égare encore une
fois…passons !
Et le temps passa encore et encore. Et
tandis que les autres petits princes et les autres petites princesses s’en
allaient, revenaient de l’école, fêtaient leur anniversaire, voulaient un
chien, couinaient comme des petits porcs obèses…non j’ai pas dit ça, vous avez mal lu, continuez donc à lire…pour
un poney, une paire de chaussure, un jouet ou un téléphone portable, lui il les
regardait passer. Et chaque jour, il s’extasiait devant leur mère qui les
écoutait, qui leur obéissait et qui cédait au moindre de leur caprice. Il les
enviait de voir leur père qui applaudissait chacune de leur parole comme si
elle était d’évangile…comme un
journaliste interviewant un gosse de deux ans en croyant qu’il a toutes les
réponses sur les raisons du caca de son pipi car en définitive qui vient avant
le pipi ou le caca d’un journaliste avide de combler son temps de parole ?
Et lui, il les enviait toujours. Jours
après jours. Semaines après semaines. Mois après mois. Ça c’est pour vous faire comprendre que le temps passe… Un jour se
disait-il lui aussi aurait un papa qui l’emmènerait partout où il voulait. Il
lui achèterait tout ce qu’il voulait. Il lui dirait qu’il est le meilleur, le
plus intelligent et le plus fort même s’il était le plus con d’entre tous les
abrutis de petits cons. C’était vrai au fond jamais les enfants ne sont cons,
ils ne sont que le reflet de leurs parents…et
c’est bien pour ça que ce monde va si mal...pauvre monde ! Pauvre
planète ! Pauvre de nous ! Ben faut bien être honnête à un moment
non ?! Les chiens ne font pas des chats…et donc un bon gros con bien
stupide un brin imbécile sur les bords et un peu abruti aux entournures comme
un peu pervers sur les coutures qui ne pense qu’au fric et au cul, ça ne
donnera jamais rien d’autre qu’un bon gros petit con qui pensera à la même
chose en plus de vouloir devenir célèbre le plus rapidement possible…euh…faites
pas attention à ce que je dis ce sont les voix dans ma tête qui me murmurent
tout ça...bref…
Et un jour, alors que la Reine
SuçaSienne hurlait à se rompre la voix dans un parking de supermarché qui ne
vendrait jamais de saucisson comme elle était en train d’en déguster, un
ilotier, dont le service était terminé, se mit à passer. Par ses hurlements
sauvages, il fut attiré. Cavalcade et cavalier, aussitôt, il se précipitait là
vers d’où ces hurlements venaient. Et là quelle surprise ne lui fut pas fait...euh…faites pas attention c’est pour la rime…Le
policier cavalier qui cavalait fut trop choqué de voir une baleine blanche
géante astiquer le petit vermisseau mais
vraiment tout petit alors…bou-aie-aie…pauvre mec, va !...d’un gros
asticot maigre et laid mais ami de Maigret.
En voyant, ce policier cavalier dont
les insignes argentées reflétaient la lumière de ce supermarché, le jeune
prince Da, « PAPA ! »
se mit à crier. Parce que sa salope de
mère lui avait toujours dit que son papa était un palefrenier dont le bleu
qu’il portait était bardé de décoration « pô argent, Da » et toujours
elle se mettait à rire. J’avais jamais compris pourquoi…jusqu’à maintenant…je
crois que, là, je fais un bon travail sur moi-même…mon psy m’a dit que c’était
ce que je devais faire si je voulais avancer dans ma vie professionnelle et
personnelle au niveau des relations que j’entretien avec les femmes…et ma
salope de mère !...Pardon…je ne devrais pas dire ça…mais pardon…
« Papa » s’émerveilla alors le jeune Da voyant en ce policier un chatoyant chevalier.
-
« Oh-là,
doucement Gamin ! Moi chuis pas au courant, je viens d’arriver, là !
J’vais appeler eul collègue peut-être qui sait lui qui que c’est ton
père ! Parce que moi chais que c’est pas moi ! ».
Il décrocha alors son arme d’ardent chevalier défenseur de l’ordre et de la
justice…mais surtout du PSG
- « Papa ? » lui réclama alors le jeune Da, suppliant.
« Eh-oh !
OOOOH ! T’arrêtes-là ! Moi j’vais t’emmener au poste hein !
OOOOH ! Putain ! Ah ! Allô, Collègue ! Le Tiot que sa mère
c’est la pute i’croit que chuis son père qu’est-ce que j’dois faire ?! ».
« Enlèves-y ta queue de sa mère et p’t-être, j’dis bien p’t-être, qu’i’comprendra ! » lui répondit-on amicalement.
Le rutilant chevalier dont le teint
blême vira à l’encore plus blême s’approcha, alors, de la grosse baleine qui
finissait de vider l’asticot maigre et laid.
-
« Oh Madame ! Faut arrêter là !
J’crois qu’i’ va plus rien rester du m’sieur à ce tarif-là ! »
-
« Moa pô tcher moa te faire affaire à toa
après ! »
-
« Aaaaaah ! Pas eud ça dans la Police Nationale
M’dame ! Allez faut finir
maintenant, allez ! Ou je vous verbalise, hein ! Ok ! ».
Quelques dizaines de minutes plus tard,
ce tranquille parking de supermarché se transforma en un déluge de lumières orangées…allez ça va les rimes maintenant j’arrive
plus à m’en sortir. Le jeune prince Da fut tellement émerveillé par toutes
ses lumières colorées qu’il ne vit pas que les méchants hommes venus par la
marée et mal chaussés…si, si c’est comme
ça qu’on dit…emmenaient loin de lui sa douce et ravissante mère la Reine.
Ce fut alors que l’un des nombreux
chevaliers vint le voir. Il lui expliqua alors, avec le plus grand ménagement
du monde, et la plus grande délicatesse que sa mère c’était une grosse pute,
qu’elle allait passer un moment en cage comme une guenon à la rondelle
défoncée. Lui ils allaient le placer à
la DASS parce qu’en gros ils ne savaient pas quoi en foutre et que ça les
faisait chier de chercher une autre solution…enfin les termes étaient un peu plus crus mais je ne peux pas raconter
ça comme ça ici ce serait bien trop vulgaire ! Je sais bien les policiers ont
tant de problèmes de fins de mois difficiles. Que bien faire leur boulot ça
leur demande un gros effort qu’ils ne peuvent pas fournir puisqu’ils ne partent
pas en vacances du fait qu’on leur paie pas leur RTT. Et en plus de tout ça,
ils sont tous mariés à des femmes qui pensent qu’ils sont tous commissaires
alors qu’ils ne sont même pas encore titulaires…tout ça, ça leur donne du
stress surtout pour payer les traites du joli et grand pavillon de banlieue et
du gros 4x4…euh…je suis désolé Vive les héros de la République !
-
« Allez p’tit, courage, un jour on se
reverra ! » lui lança le chevalier à la besogne bien torchée en
confiant le jeune Da à une femme grande et blafarde tout droit sortie d’un film
de Tim Burton.
Et celle-là l’emmena avec elle loin, loin de la Reine SuçaSienne.
Cette méchante sorcière dont le pâle
sourire aurait effrayé la plupart des gens, n’effraya pourtant pas le jeune
prince Da. N’écoutant que son courage et sa bravoure, il la suivit bien
docilement dans son carrosse blanc qu’elle mania d’une main ogre jusqu’à une
grande bâtisse. Le jeune Prince Da crut un instant qu’elle n’était faite que de
chocolat. Mais il vit vite que cela n’était pas le cas car l’odeur ne
ressemblait pas à celle du chocolat…euh…vous
comprendre Da ? Non ?! Tu m’étonnes !…Putain ! Faut tout
vous dire !
Les jours passèrent et passèrent. Le
jeune Da, car ici il n’était plus ni prince ni futur Roi, seulement Da, un
gars, un pauvre gars, se rendit vite compte que la vie sans mère, que la vie
sans père et que la vie sans frère, sans sœur, sans oncle ou tante, sans que
quelqu’un ne sache que vous existiez, respiriez…bande de cons regardez-moi je suis là, j’existe aussi
putain !…euh…j’en parlerai à mon psy rassurez-vous…Sans quelqu’un pour
vous aimer sans quelqu’un à aimer était impossible…c’est trop triste ça on dirait du Walt Disney…par ici la monnaie !
Mais cette maison au caca chocolat lui
trouva vite un foyer à aimer. Un foyer où il recevrait beaucoup d’amour, où
l’on s’occuperait bien de lui tous les jours. Où on l’aimerait tellement fort
que parfois cela lui ferait mal, où on l’éduquerait pour qu’il comprenne que ce
monde n’était pas tendre, où on lui montrerait comment utiliser ses poings, ses
pieds, comment se soigner et où on lui donnerait toutes les chances d’avoir un
avenir comme tous les autres petits princes et petites princesses bien nés.
Et la chance de Da…et l’incompétence d’un agent de l’Etat qui n’était que là par un pur
hasard…enfin…non pas par hasard. Son papa et sa maman y travaillent aussi donc
ils l’ont fait entrer surtout qu’il ne branlait rien à l’école…enfin…si…mais
c’est pas le problème…il était, seulement, en avance pour son âge c’est tout,
ok !…euh…c’est une autre histoire. Je vous promets, je vais me taire
promis !...Mais moi aussi j’ai droit à la parole !...bref…
La chance de Da disais-je et ce con de fonctionnaire…le fit arriver dans un foyer
aimant, câlin, d’une affection sans limite, reconnu par tous pour ses méthodes
d’éducation qui avaient, jadis, fait leur preuve.
C’est là qu’il fit la connaissance de
la princesse Sahyra. Jamais il n’avait cru possible de rencontrer quelqu’un
comme elle. Elle était tellement gentille avec lui. Tous les jours, elle lui
apporter un nouvel espoir, chaque jour elle lui disait que ça irait…les jeux de mots c’est pas votre truc à
vous hein ?! Bon je me tais maintenant à vous de comprendre...
Chaque jour, elle lui faisait croire
que demain serait différent, plus beau, plus tendre. Chaque jour, elle lui
disait que demain il partirait loin, qu’il verrait d’autres royaumes, d’autres
mondes, d’autres gens. Et il attendait ce demain avec impatience. Car chaque
nuit, il devait affronter ce dragon à la corne affûtée, dure comme le fer. Et
chaque jour, il croisait le regard de cette gargouille immonde aux chicots
pourris et baignant dans sa graisse. Parfois, elle bondissait de son siège pour
l’attraper et l’emmener dans un monde qui n’était que souffrance au moindre de
ses mots.
Alors le jeune prince Da apprit à vivre
de cette façon, étreignant en lui le moindre rayon de soleil, la moindre
parcelle de douceur. Jamais il ne se plaignit. Jamais il n’ouvrit la bouche
pour dire autre chose que « merci ». Mais en son cœur grandissait un
démon qui en vint à se nommer Destruction.
Au fil du temps, il donna naissance à
deux enfants, deux filles, aussi sombre l’une que l’autre Vengeance et
Souffrance, toutes deux liées par la rage.
Un soir, longtemps après avoir oublié
le visage de la Reine, après avoir oublié le son de sa douce voix, après
qu’elle-même ait oublié qu’elle eut un jour un fils, le jeune prince Da qui
avait bien grandi s’apprêtait à affronter les démons de cette nuit. Encore.
Comme toutes les nuits. Mais ce soir, il le sentait, était différent des
autres. Lui était différent. Son royaume était désormais bien différent.
Quelque chose avait changé, avait disparu peut-être, s’était effacé, peut-être,
comme ça, d’un coup. Peut-être même que quelque chose en lui était né.
Etait-ce le sort d’un quelconque mage
ou d’une belle enchanteresse, il n’aurait pu le dire. Mais il savait que, ce
soir, ce dragon viendrait encore et toujours. Et cette fois, il ne subirait
plus ses violents assauts. Il le combattrait car il était prince, bientôt roi.
Il devait défendre ce royaume qu’il avait vu et qui, d’un coup, l’avait bouleversé.
Alors tapi dans les ténèbres, il
attendit que le dragon vienne à lui. Il guetta son ombre, son souffle putride.
Lorsqu’il arriva à sa portée, pour la première fois Da l’étreignit. Le dragon
en fut alors surpris. Il ne sut comment réagir à cet instant. Tout à coup, il
sentit entrer en lui une chose froide, tellement froide que tout son corps se
mit à trembler.
Aussitôt, ce dragon essaya de s’enfuir
et de crier. Mais sa gorge était nouée comme elle ne l’avait jamais été. Aucun
son ne sortit de sa bouche. Il se tourna alors vers ce jeune prince qui se
tenait debout face à lui. Là, il vit alors son propre sang couler de cette lame
qui, d’un coup, le frappa et le frappa et le frappa encore. Le dragon tenta de
supplier le jeune prince qui aurait pu lui accorder clémence ou même pardon.
Mais il avait succombé à la noirceur et les ténèbres, qui émanaient de la
vicieuse créature, l’avaient envahi. Il le frappa tant de fois que ce dragon n’eut plus de visage.
Le prince sentit, alors, ce doux nectar
couler dans ses veines. Cette délicieuse sensation le parcourut. Vengeance
était satisfaite. Mais Souffrance réclamait, elle aussi, son dû. Alors il se
dirigea vers cette gargouille qui ne quittait plus son siège pour que s’asseoir
sur le trône. Lentement, doucement, il s’approcha d’elle dévorant et
déchiquetant les entrailles d’une volaille des quelques chicots qui lui
restaient encore. Doucement, il se pencha. Lentement, il s’approcha de son
oreille pour lui murmurer ces mots qu’il avait tant de fois entendus :
-
« Tais-toi mon enfant, ne dis mots. Car les
mots sont traîtres. Ils peuvent faire souffrir, ils peuvent déchirer, ils
peuvent écraser, ils peuvent soumettre n’importe quelle volonté. Alors tais-toi,
mon enfant, si tu ne veux pas en être déchiré...tu sais quoi, sale monstre, les
mots libèrent. Ils hurlent la vérité, la souffrance. Ils font comprendre et ils
font apprendre. C’est sûr qu’ils font mal. Mais c’est un mal nécessaire…Alors
jamais plus je ne me tairai. Et je ferai en sorte que ses mots puissent s’envoler.
Pas les tiens ».
Et le jeune prince leva son glaive
encore dégoulinant du sang de l’autre créature des ténèbres et en frappa cette
immonde gargouille dont la graisse et les entrailles se répandirent sur le sol.
Ce fut alors que le jeune prince Da se
sentit soulager car enfin il avait trouvé le courage de faire ce qui était
nécessaire. Peut-être injuste. Peut-être inconcevable. Peut-être impardonnable
pour tant et tant de biens pensants. Mais, lui, il savait qu’il avait bien agi
car ce n’était pas lui qu’il avait protégé. Il était bien trop tard pour lui.
La sorcière, quelques heures plus tôt,
était venue apportée aux démons, une autre victime à torturer. Et le jeune
prince Da, lorsqu’il croisa le regard de cette petite fille qui devait encore
croire aux contes de fées, sut qu’il ne pourrait laisser faire, laisser les
démons agir à leur guise sans intervenir. Il ne vaudrait alors pas mieux qu’eux
et il serait alors aussi coupable qu’eux.
Et, dans cette histoire, il n’était pas
le coupable.
Alors il devint le chevalier que
d’autres auraient dû être pour lui, et décida alors de faire ce que personne
n’avait jamais fait pour lui : protéger. Protéger ce qui doit l’être.
Protéger l’innocence. Protéger les rêves et les songes.
Dans tout le royaume, durant des
semaines et des mois, on chercha le prince pour le mener sur l’échafaud,
faisant d’un innocent un coupable, tronquant la réalité pour ne pas être
accusés. Personne ne le trouva jamais. Et personne ne sut jamais ce qu’il
advint de lui et de la petite fille qu’il avait emmenée avec lui.
Certains dirent qu’ils étaient
probablement morts quelque part et qu’on finirait par les retrouver dévorés par
d’autres démons. D’autres, au contraire, dirent que le prince se trouvait dans
un royaume où jamais personne n’aurait l’idée de le chercher.
Peut-être même qu’il est à vos côtés et
que jamais vous ne le connaîtrez ni le reconnaîtrez…si ne vous tendez pas
l’oreille pour l’écouter.
L’invisible n’est jamais inaudible. L’incroyable
n’est jamais impensable.
La peur n’est jamais courage quant on
choisit de ne pas voir, quant on choisit de ne pas croire, quant on choisit de
laisser faire et de se taire.
La
moralité ? Sérieux ?! Vous en trouvez une ici ?...Euh… je
vous conseille d’aller vous faire soigner !
