CONTE 1

 


Conte 1 - L'Enfant Roi : Le Petit Prince Da

α


Il y a longtemps, très longtemps, très, très longtemps…allez, à la louche, on va dire en 1989, comme ça, au hasard…et dans un royaume très, très, très lointain : La Puerta sur la Justa Cota, un petit prince naquit…comme ça, un jour. Pouf !

 

Enfin…c’est pas vraiment comme ça que ça s’est passé, en fait. Mais comme c‘est un peu glauque, je préfère éviter de raconter ça ici, surtout pour les âmes sensibles et puritaines…et surtout à l’heure du MeeToo…bon ok…ok…y a juste un homme qui a culbuté une femme. Mais bon ça je crois que tout le monde s’en doutait un peu…Mais bon c’était pas vraiment contre sa volonté. Ni à elle ni à lui. Bon, c’est sûr ils étaient beurrés tous les deux. Elle, elle dégueulait dans le ruisseau, lui venait de se taper à un bon gros...euh…une cigarette qui fait rire. Et boum ! Y avait du verglas, il a glissé et ils se sont rentrés dedans…bon ok pas de chance, elle n’avait pas de culotte et lui pas de pantalon…en même temps un SDF et une pute…euh…j’avais pas précisé ? Ah ! Ma faute alors ! Bon ce sont des choses qui arrivent…arrivaient à l’époque. Les années quatre-vingt - quatre-vingt-dix ! C’était particulier ! Maintenant tout ça, ça ne se fait plus…ou alors dans la plus stricte intimité des réseaux sociaux. Mais bon ça s’est une autre histoire…peut-être même pour un autre conte tiens ! C’est pas con ça ! J’verrai ! Euh…oui l’histoire…donc…bref.

 

Neuf mois plus tard environ…et là je dis pas merci la loi Simone Veil sur l’IVG qui a été voté en 1974 ! A une vingtaine d’années près, il aurait pu finir dans les chiottes le pauv’ gosse…euh…non, je ne parle pas de moi là mais de mon personnage…mais non je vous dis, ce n’est pas de moi dont il s’agit, lâchez-moi avec ça ! Moi je vaux bien mieux que ça ! Vous allez penser quoi là tout de suite !…Mais euh…bon en même temps c’est vrai que j’ai certains problèmes avec mes parents : je les hais. Ils ne voulaient pas de moi vous savez, ces salopards de merde, va !…Enfin, j’ai ça en moi et ça me bouffe mais ça me bouffe, vous pouvez pas savoir…euh…oui l’histoire…

 

Et Boum ! Voilà le petit prince. La Reine SuçaSienne Ière était tellement heureuse, tellement joyeuse, tellement ivre de toute cette joie qu’elle avait reçue…et pas qu’un peu, Salope va ! Mais, malheureusement, elle ne parlait pas très bien français. Quand la sage-femme lui demanda comment elle allait appeler son petit gars, elle répondit : « Da ! ». C’était à peu près la seule chose qu’elle savait dire en français…quand elle n’avait pas la bouche pleine !

 

Et voilà le gentil petit prince Da était né. Il grandissit dans une vaste demeure bourré de gens bien qui, tante ô, n’avaient pas eu de chance, tante ô avaient bien trop d’la chance…si l’on en croit l’un des reportages de TF1…mais qui, tous, s’étaient fait coincer comme les abrutis de blaireaux qu’ils étaient.

Il grandissit, là, de dix à douze mois et, sous le bras de sa mère, sorta de ce vaste le Château qui se nommait la Santé. Je crois que j’ai fait quelques fautes parce qu’il a des trucs qui sonnent faux là-dedans mais…tiens-une idée…allez les enfants, un petit exercice : on va corriger les fautes !  C’est comme les cahiers de vacances ! Maman vous donne ça à faire pendant qu’elle va causer au voisin qui la fait beaucoup rire quand papa il est pas là...euh…mais non i’ vont pas divorcer ! Pas la peine de chialer ! A votre âge enfin !

 

Et tous les deux retournèrent dans leur proche et non moins vaste demeure : El Cabriolenté Roulenté…ok…ok c’était une putain de voiture qui puait la crevette et la saucisse…quelques fois la moule frites…Et tandis que les autres petits princes de ce royaume s’en allaient d’ici et de-là clopin-clopant…non pas clopant…j’ai arrêté de fumer et c’est encore un sujet sensible pour moi…ça…ma  famille…la relation tordue que j’ai eue avec le pot d’échappement d’une voiture à l’adolescence…il me faisait du mal mais moi je l’aimais…euh…non je suis hétéro la voiture c’était une fille…je le sais elle me l’a dit le premier soir…enfin je pense à ça j’ai jamais regardé sous le capot mais bon…non…c’était une fille je le sais…foutez-moi la paix avec toutes vos questions, putain !

 

Lui, le petit prince, il restait, là, collé à cette voiture qui le bringuebalait au son des cris stridents de la Reine. Et elle lui donnait les meilleurs conseils qu’une mère puisse donner à son fils : « soa plus faurte tchéry Daaaaa » ou encore le rassurer quant il avait peur « Vô-zy toua pô peur tchéry moua pô melade, Daaaaa ! » ou même lorsque que c’était son anniversaire « Vô-zy tchéry, souffler ta bougie Da, je t’fé, Da ! ».

Il grandît avec une mère aimante et abordable, et des tas de pères dévoués qu’ils lui apprirent tous à aimer une femme et à la respecter, à la comprendre et à discuter avec elle, à la rendre heureuse à chaque fois qu’ils le pouvaient…la plupart du temps au début du mois après les histoires avec Bombonne sur les sous qu’il n’y avait plus sur le compte ça risquait de la foutre mal. Et eux justement voulaient la foutre bien…enfin...bref…je m’égare encore une fois…passons !

 

Et le temps passa encore et encore. Et tandis que les autres petits princes et les autres petites princesses s’en allaient, revenaient de l’école, fêtaient leur anniversaire, voulaient un chien, couinaient comme des petits porcs obèses…non j’ai pas dit ça, vous avez mal lu, continuez donc à lire…pour un poney, une paire de chaussure, un jouet ou un téléphone portable, lui il les regardait passer. Et chaque jour, il s’extasiait devant leur mère qui les écoutait, qui leur obéissait et qui cédait au moindre de leur caprice. Il les enviait de voir leur père qui applaudissait chacune de leur parole comme si elle était d’évangile…comme un journaliste interviewant un gosse de deux ans en croyant qu’il a toutes les réponses sur les raisons du caca de son pipi car en définitive qui vient avant le pipi ou le caca d’un journaliste avide de combler son temps de parole ?

 

Et lui, il les enviait toujours. Jours après jours. Semaines après semaines. Mois après mois. Ça c’est pour vous faire comprendre que le temps passe… Un jour se disait-il lui aussi aurait un papa qui l’emmènerait partout où il voulait. Il lui achèterait tout ce qu’il voulait. Il lui dirait qu’il est le meilleur, le plus intelligent et le plus fort même s’il était le plus con d’entre tous les abrutis de petits cons. C’était vrai au fond jamais les enfants ne sont cons, ils ne sont que le reflet de leurs parents…et c’est bien pour ça que ce monde va si mal...pauvre monde ! Pauvre planète ! Pauvre de nous ! Ben faut bien être honnête à un moment non ?! Les chiens ne font pas des chats…et donc un bon gros con bien stupide un brin imbécile sur les bords et un peu abruti aux entournures comme un peu pervers sur les coutures qui ne pense qu’au fric et au cul, ça ne donnera jamais rien d’autre qu’un bon gros petit con qui pensera à la même chose en plus de vouloir devenir célèbre le plus rapidement possible…euh…faites pas attention à ce que je dis ce sont les voix dans ma tête qui me murmurent tout ça...bref…

 

Et un jour, alors que la Reine SuçaSienne hurlait à se rompre la voix dans un parking de supermarché qui ne vendrait jamais de saucisson comme elle était en train d’en déguster, un ilotier, dont le service était terminé, se mit à passer. Par ses hurlements sauvages, il fut attiré. Cavalcade et cavalier, aussitôt, il se précipitait là vers d’où ces hurlements venaient. Et là quelle surprise ne lui fut pas fait...euh…faites pas attention c’est pour la rime…Le policier cavalier qui cavalait fut trop choqué de voir une baleine blanche géante astiquer le petit vermisseau mais vraiment tout petit alors…bou-aie-aie…pauvre mec, va !...d’un gros asticot maigre et laid mais ami de Maigret.

En voyant, ce policier cavalier dont les insignes argentées reflétaient la lumière de ce supermarché, le jeune prince Da, « PAPA ! » se mit à crier. Parce que sa salope de mère lui avait toujours dit que son papa était un palefrenier dont le bleu qu’il portait était bardé de décoration « pô argent, Da » et toujours elle se mettait à rire. J’avais jamais compris pourquoi…jusqu’à maintenant…je crois que, là, je fais un bon travail sur moi-même…mon psy m’a dit que c’était ce que je devais faire si je voulais avancer dans ma vie professionnelle et personnelle au niveau des relations que j’entretien avec les femmes…et ma salope de mère !...Pardon…je ne devrais pas dire ça…mais pardon…

 

           « Papa » s’émerveilla alors le jeune Da voyant en ce policier un chatoyant chevalier.

-          « Oh-là, doucement Gamin ! Moi chuis pas au courant, je viens d’arriver, là ! J’vais appeler eul collègue peut-être qui sait lui qui que c’est ton père ! Parce que moi chais que c’est pas moi ! ». Il décrocha alors son arme d’ardent chevalier défenseur de l’ordre et de la justice…mais surtout du PSG

-          « Papa ? » lui réclama alors le jeune Da, suppliant.


« Eh-oh ! OOOOH ! T’arrêtes-là ! Moi j’vais t’emmener au poste hein ! OOOOH ! Putain ! Ah ! Allô, Collègue ! Le Tiot que sa mère c’est la pute i’croit que chuis son père qu’est-ce que j’dois faire ?! ».

    « Enlèves-y ta queue de sa mère et p’t-être, j’dis bien p’t-être, qu’i’comprendra ! » lui répondit-on amicalement.

 

Le rutilant chevalier dont le teint blême vira à l’encore plus blême s’approcha, alors, de la grosse baleine qui finissait de vider l’asticot maigre et laid.

 

-          « Oh Madame ! Faut arrêter là ! J’crois qu’i’ va plus rien rester du m’sieur à ce tarif-là ! »

-          « Moa pô tcher moa te faire affaire à toa après ! »

-          « Aaaaaah ! Pas eud ça dans la Police Nationale M’dame !  Allez faut finir maintenant, allez ! Ou je vous verbalise, hein ! Ok ! ».

 

Quelques dizaines de minutes plus tard, ce tranquille parking de supermarché se transforma en un déluge de lumières orangées…allez ça va les rimes maintenant j’arrive plus à m’en sortir. Le jeune prince Da fut tellement émerveillé par toutes ses lumières colorées qu’il ne vit pas que les méchants hommes venus par la marée et mal chaussés…si, si c’est comme ça qu’on dit…emmenaient loin de lui sa douce et ravissante mère la Reine.

Ce fut alors que l’un des nombreux chevaliers vint le voir. Il lui expliqua alors, avec le plus grand ménagement du monde, et la plus grande délicatesse que sa mère c’était une grosse pute, qu’elle allait passer un moment en cage comme une guenon à la rondelle défoncée.  Lui ils allaient le placer à la DASS parce qu’en gros ils ne savaient pas quoi en foutre et que ça les faisait chier de chercher une autre solution…enfin les termes étaient un peu plus crus mais je ne peux pas raconter ça comme ça ici ce serait bien trop vulgaire ! Je sais bien les policiers ont tant de problèmes de fins de mois difficiles. Que bien faire leur boulot ça leur demande un gros effort qu’ils ne peuvent pas fournir puisqu’ils ne partent pas en vacances du fait qu’on leur paie pas leur RTT. Et en plus de tout ça, ils sont tous mariés à des femmes qui pensent qu’ils sont tous commissaires alors qu’ils ne sont même pas encore titulaires…tout ça, ça leur donne du stress surtout pour payer les traites du joli et grand pavillon de banlieue et du gros 4x4…euh…je suis désolé Vive les héros de la République !

 

-          « Allez p’tit, courage, un jour on se reverra ! » lui lança le chevalier à la besogne bien torchée en confiant le jeune Da à une femme grande et blafarde tout droit sortie d’un film de Tim Burton.

 

Et celle-là l’emmena avec elle loin, loin de la Reine SuçaSienne.

Cette méchante sorcière dont le pâle sourire aurait effrayé la plupart des gens, n’effraya pourtant pas le jeune prince Da. N’écoutant que son courage et sa bravoure, il la suivit bien docilement dans son carrosse blanc qu’elle mania d’une main ogre jusqu’à une grande bâtisse. Le jeune Prince Da crut un instant qu’elle n’était faite que de chocolat. Mais il vit vite que cela n’était pas le cas car l’odeur ne ressemblait pas à celle du chocolat…euh…vous comprendre Da ? Non ?! Tu m’étonnes !…Putain ! Faut tout vous dire !

 

Les jours passèrent et passèrent. Le jeune Da, car ici il n’était plus ni prince ni futur Roi, seulement Da, un gars, un pauvre gars, se rendit vite compte que la vie sans mère, que la vie sans père et que la vie sans frère, sans sœur, sans oncle ou tante, sans que quelqu’un ne sache que vous existiez, respiriez…bande de cons regardez-moi je suis là, j’existe aussi putain !…euh…j’en parlerai à mon psy rassurez-vous…Sans quelqu’un pour vous aimer sans quelqu’un à aimer était impossible…c’est trop triste ça on dirait du Walt Disney…par ici la monnaie !

 

Mais cette maison au caca chocolat lui trouva vite un foyer à aimer. Un foyer où il recevrait beaucoup d’amour, où l’on s’occuperait bien de lui tous les jours. Où on l’aimerait tellement fort que parfois cela lui ferait mal, où on l’éduquerait pour qu’il comprenne que ce monde n’était pas tendre, où on lui montrerait comment utiliser ses poings, ses pieds, comment se soigner et où on lui donnerait toutes les chances d’avoir un avenir comme tous les autres petits princes et petites princesses bien nés.

 

Et la chance de Da…et l’incompétence d’un agent de l’Etat qui n’était que là par un pur hasard…enfin…non pas par hasard. Son papa et sa maman y travaillent aussi donc ils l’ont fait entrer surtout qu’il ne branlait rien à l’école…enfin…si…mais c’est pas le problème…il était, seulement, en avance pour son âge c’est tout, ok !…euh…c’est une autre histoire. Je vous promets, je vais me taire promis !...Mais moi aussi j’ai droit à la parole !...bref…

 

La chance de Da disais-je et ce con de fonctionnaire…le fit arriver dans un foyer aimant, câlin, d’une affection sans limite, reconnu par tous pour ses méthodes d’éducation qui avaient, jadis, fait leur preuve.

 

C’est là qu’il fit la connaissance de la princesse Sahyra. Jamais il n’avait cru possible de rencontrer quelqu’un comme elle. Elle était tellement gentille avec lui. Tous les jours, elle lui apporter un nouvel espoir, chaque jour elle lui disait que ça irait…les jeux de mots c’est pas votre truc à vous hein ?! Bon je me tais maintenant à vous de comprendre...

 

Chaque jour, elle lui faisait croire que demain serait différent, plus beau, plus tendre. Chaque jour, elle lui disait que demain il partirait loin, qu’il verrait d’autres royaumes, d’autres mondes, d’autres gens. Et il attendait ce demain avec impatience. Car chaque nuit, il devait affronter ce dragon à la corne affûtée, dure comme le fer. Et chaque jour, il croisait le regard de cette gargouille immonde aux chicots pourris et baignant dans sa graisse. Parfois, elle bondissait de son siège pour l’attraper et l’emmener dans un monde qui n’était que souffrance au moindre de ses mots.

 

Alors le jeune prince Da apprit à vivre de cette façon, étreignant en lui le moindre rayon de soleil, la moindre parcelle de douceur. Jamais il ne se plaignit. Jamais il n’ouvrit la bouche pour dire autre chose que « merci ». Mais en son cœur grandissait un démon qui en vint à se nommer Destruction.

Au fil du temps, il donna naissance à deux enfants, deux filles, aussi sombre l’une que l’autre Vengeance et Souffrance, toutes deux liées par la rage.

 

Un soir, longtemps après avoir oublié le visage de la Reine, après avoir oublié le son de sa douce voix, après qu’elle-même ait oublié qu’elle eut un jour un fils, le jeune prince Da qui avait bien grandi s’apprêtait à affronter les démons de cette nuit. Encore. Comme toutes les nuits. Mais ce soir, il le sentait, était différent des autres. Lui était différent. Son royaume était désormais bien différent. Quelque chose avait changé, avait disparu peut-être, s’était effacé, peut-être, comme ça, d’un coup. Peut-être même que quelque chose en lui était né.

Etait-ce le sort d’un quelconque mage ou d’une belle enchanteresse, il n’aurait pu le dire. Mais il savait que, ce soir, ce dragon viendrait encore et toujours. Et cette fois, il ne subirait plus ses violents assauts. Il le combattrait car il était prince, bientôt roi. Il devait défendre ce royaume qu’il avait vu et qui, d’un coup, l’avait bouleversé.

Alors tapi dans les ténèbres, il attendit que le dragon vienne à lui. Il guetta son ombre, son souffle putride. Lorsqu’il arriva à sa portée, pour la première fois Da l’étreignit. Le dragon en fut alors surpris. Il ne sut comment réagir à cet instant. Tout à coup, il sentit entrer en lui une chose froide, tellement froide que tout son corps se mit à trembler.

Aussitôt, ce dragon essaya de s’enfuir et de crier. Mais sa gorge était nouée comme elle ne l’avait jamais été. Aucun son ne sortit de sa bouche. Il se tourna alors vers ce jeune prince qui se tenait debout face à lui. Là, il vit alors son propre sang couler de cette lame qui, d’un coup, le frappa et le frappa et le frappa encore. Le dragon tenta de supplier le jeune prince qui aurait pu lui accorder clémence ou même pardon. Mais il avait succombé à la noirceur et les ténèbres, qui émanaient de la vicieuse créature, l’avaient envahi. Il le frappa tant de fois que  ce dragon n’eut plus de visage.

 

Le prince sentit, alors, ce doux nectar couler dans ses veines. Cette délicieuse sensation le parcourut. Vengeance était satisfaite. Mais Souffrance réclamait, elle aussi, son dû. Alors il se dirigea vers cette gargouille qui ne quittait plus son siège pour que s’asseoir sur le trône. Lentement, doucement, il s’approcha d’elle dévorant et déchiquetant les entrailles d’une volaille des quelques chicots qui lui restaient encore. Doucement, il se pencha. Lentement, il s’approcha de son oreille pour lui murmurer ces mots qu’il avait tant de fois entendus :

 

-          « Tais-toi mon enfant, ne dis mots. Car les mots sont traîtres. Ils peuvent faire souffrir, ils peuvent déchirer, ils peuvent écraser, ils peuvent soumettre n’importe quelle volonté. Alors tais-toi, mon enfant, si tu ne veux pas en être déchiré...tu sais quoi, sale monstre, les mots libèrent. Ils hurlent la vérité, la souffrance. Ils font comprendre et ils font apprendre. C’est sûr qu’ils font mal. Mais c’est un mal nécessaire…Alors jamais plus je ne me tairai. Et je ferai en sorte que ses mots puissent s’envoler. Pas les tiens ».

 

Et le jeune prince leva son glaive encore dégoulinant du sang de l’autre créature des ténèbres et en frappa cette immonde gargouille dont la graisse et les entrailles se répandirent sur le sol.

 

Ce fut alors que le jeune prince Da se sentit soulager car enfin il avait trouvé le courage de faire ce qui était nécessaire. Peut-être injuste. Peut-être inconcevable. Peut-être impardonnable pour tant et tant de biens pensants. Mais, lui, il savait qu’il avait bien agi car ce n’était pas lui qu’il avait protégé. Il était bien trop tard pour lui.

La sorcière, quelques heures plus tôt, était venue apportée aux démons, une autre victime à torturer. Et le jeune prince Da, lorsqu’il croisa le regard de cette petite fille qui devait encore croire aux contes de fées, sut qu’il ne pourrait laisser faire, laisser les démons agir à leur guise sans intervenir. Il ne vaudrait alors pas mieux qu’eux et il serait alors aussi coupable qu’eux.

 

Et, dans cette histoire, il n’était pas le coupable.

 

Alors il devint le chevalier que d’autres auraient dû être pour lui, et décida alors de faire ce que personne n’avait jamais fait pour lui : protéger. Protéger ce qui doit l’être. Protéger l’innocence. Protéger les rêves et les songes.

 

Dans tout le royaume, durant des semaines et des mois, on chercha le prince pour le mener sur l’échafaud, faisant d’un innocent un coupable, tronquant la réalité pour ne pas être accusés. Personne ne le trouva jamais. Et personne ne sut jamais ce qu’il advint de lui et de la petite fille qu’il avait emmenée avec lui.

 

Certains dirent qu’ils étaient probablement morts quelque part et qu’on finirait par les retrouver dévorés par d’autres démons. D’autres, au contraire, dirent que le prince se trouvait dans un royaume où jamais personne n’aurait l’idée de le chercher.

 

Peut-être même qu’il est à vos côtés et que jamais vous ne le connaîtrez ni le reconnaîtrez…si ne vous tendez pas l’oreille pour l’écouter.

  

 

L’invisible n’est jamais inaudible. L’incroyable n’est jamais impensable.

La peur n’est jamais courage quant on choisit de ne pas voir, quant on choisit de ne pas croire, quant on choisit de laisser faire et de se taire. 

 

 

La moralité ? Sérieux ?! Vous en trouvez une ici ?...Euh… je vous conseille d’aller vous faire soigner !