CONTE 3
Conte 3
Milclock et les Cinq Petits Roquets
β
Bonne
lecture surtout et encore pardon.
Je
vous aime mes bigorneaux !
C’était la fin d’année dans le vaste
Royaume de Granville-Dutouprèz. La neige avait recouvert les rues et les
trottoirs de la plus grande de ses cités. Les odeurs de pin et de gaufres se mélangeaient
à celles des beignets et des pommes que l’on faisait griller. Les gentils gens
attirés par toutes ces échoppes qui avaient revêtu leurs habits de lumière,
s’empressaient d’acheter le plus beau des jouets, le plus cher des parfums ou
la plus jolie des cravates pour l’offrir à ceux, celles ou celui qu’ils
aimaient le plus qu’ils n’aimeraient jamais. Ils dépensaient sans compter.
Peut-être même que parmi eux un homme en costume blanc construisait le plus
grand parc d’attraction du monde entier. Et lui aussi avait dépensé sans
compter.
Oui,
juste comme ça…euh…je ne sais plus si je vous l’ai précisé que je prends des
médicaments à l’heure actuelle. Et pour être franc ça me fout la tête en vrac
donc...pardon.
Pardon
si tout ça part un peu…en vrille disons…de temps en temps. Voilà. Merci de
votre compréhension. Et pardon pour cette interruption du programme voilà qui
est dit ! Je vous rends l’antenne ! A vous Gonzac KilHégay !
Et on ne voyait que ça partout. Les
gentils gens qui allaient de-ci de-là, les bras chargés de sacs ou de paquets
cadeaux. Tous n’avaient que cela à la bouche. Tous n’avaient que cela en
tête : les fêtes. Les fêtes. Les fêtes ! Durant lesquelles il
faudrait se démarquer par son beau paquet, par son bon diner, par son beau
sapin. Et durant lesquelles il ne faudrait surtout pas, mais alors surtout pas,
agacer la belle-mère ou rendre jaloux les frères, les sœurs et les belles-sœurs
ou les beaux-frères en leur mettant sous le nez la belle vaisselle achetée
là-bas tout là-bas, les photos des dernières vacances à Marmazout-le-Grec ou la
belle et grosse bagnole. Tiens dans ta
gueule, du con ! Encore un bout de bûche ? Elle est bonne
hein ?! J’ai dépensé sans compter…pour que tu t’étouffes avec !
Mais eux, personne ne les voyait
jamais. Ou rarement. Ils étaient un peu comme le Yéti ou le Père Noël. Pendant
un temps, on y croit. Ensuite, on se demande s’ils existent. Puis, on finit par
en douter et plus tard on se fout complètement de leur existence.
Eux étaient comme ça. Aujourd’hui, tout
le monde s’en foutait. Et comme en plus, ils ne venaient pas de terres
lointaines pour fuir une guerre ou un génocide, ils n’avaient aucune chance
d’attirer le regard, la compassion ou la protection. Aucune chance pour eux de
finir dans un bidonville que même les rats finiraient par fuir.
Pourtant, ils étaient là, veillant,
guettant tous ces gentils gens qui allaient de-ci de-là. Et, comme les méchants
petits roquets qu’ils étaient, ils les enviaient. Salivant, bavant, ils
rongeaient leur os patientant, attendant leur moment.
D’un coup, parfois, tels des Morlocks, ils bondissaient hors de leur
tanière pour mordre les mollets des gentils gnous retardataires, de ceux qui
s’étaient trop éloignés du troupeau. Ces gentils gens, tellement surpris,
tellement affolés, en jetaient parfois leurs paquets au sol pour se sauver, meuglant,
beuglant, pleurant, s’agitant dans tous les sens pour qu’on vienne les aider.
Mais souvent, il était bien trop tard car ces petits roquets, déjà, s’en
étaient allés loin, loin, très loin pour se planquer.
Fidèlement, chaque fois, ils s’en
retournaient prestement vers leur maître, le Seigneur de ce Royaume espérant
que ce qu’ils lui rapportaient suffirait encore cette fois. Mais avec ce Roi
rien n’était jamais sûr. Rien n’était jamais certain. Car, bien qu’il ne soit
qu’un petit humain moyen, il était habité d’un appétit d’ogre pour tout ce qui
pouvait s’acheter, se vendre, se louer, se donner, pour tout ce qui avait de la
valeur et, surtout, pour tout ce qui pouvait se voler. Et cet appétit n’était
pratiquement jamais rassasié.
-
« Dâ, dj’aîîîme çô ! Dj’aiiime çô !
Ah-Ah-Ah ! » s’écriait-il quand ce qu’on lui apportait lui
plaisait.
Mais tout son petit royaume, toute sa
petite cour savait, aussi, ce qu’il se passait quand cela ne lui plaisait pas,
quand cela ne marchait pas comme il le voulait. Il était capable d’enfourcher
son plus rapide destrier et de retrouver n’importe qui n’importe où juste pour
le regarder dans les yeux et lui dire :
-
« Dj’ai eu tônt de biene pour toua ! Dj’ai
faist tônt de bonne tchoz pour toua ! Y toua, tou faisk quoua pour
moua ? Tou me vole, tou me trompes moi dje dis none ! Çô faist môl dane mone cœur. Alore toua tou
faire quoua si toua avoir môl comme moua ? Tu vôs vouar Doktor pou qui te
souâgne. Dje viaine vouar toua pour même tchoz ! Dje veusques guérir !
Y la steul fazone pour çô c’est que toua prenne mone môl ! ».
Généralement, c’était à ce moment qu’il
attrapait une chaise ou se jetait dans un fauteuil comme le bon Roi qu’il était
laissant à ses cerbères le soin de le soigner. Et il aimait regarder ce
seigneur-là.
Il se délectait des hurlements et des
suppliques. Il aimait qu’on le supplie. Il aimait qu’on lui promette monts et
merveilles. Et il aimait par-dessus tout qu’on lui dise, qu’on lui jure qu’il
régnait sur tout et sur tous sans exceptions, qu’on ne le décevrait plus, qu’il
avait droit de vie et de mort sur tous et toutes. Il aimait sentir cette chose
merveilleuse réchauffer son cœur meurtri, cette douce chaleur lui parcourir le
corps, ce délicieux petit pouvoir qui lui donnait cette force, cette toute
puissance. C’était un délice. Pourtant, jamais il ne laissait ses cerbères
aller trop loin. Cela aurait pu attirer l’attention, d’autres seigneurs
d’autres royaumes ou, même, dans le pire des cas, de chevaliers trop prompts à
voir la justice triompher.
Et le Roi ne voulait surtout pas
attirer l’attention. Il voulait juste régner sur son petit royaume, sur son
petit monde en maître absolu. Il ne voulait rien d’autre le Roi. Rien d’autre
que ce que tout le monde voulait obtenir : tout ce qu’il lui faisait envie
sans avoir à en payer le prix.
Et cela dura pour ce Seigneur.
Longtemps, très longtemps.
Mais en cette période de fêtes, il
arrive parfois qu’une chose se passe, une seule petite et infime toute petite
chose pour que tout s’en retrouve bouleversé. Certains pourraient appeler cela
« miracle ». D’autres n’y
verraient, eux, que la bonne providence du destin. Et les derniers, eux, s’en
foutraient royalement.
Ce jour-là, comme chaque jour, le Roi
Pietro Milinckov surnommé Milclock, non pas parce qu’il portait plusieurs
montres au poignet mais parce que son visage était couvert de cloques, venait
de donner ses ordres à Gunz, Milo, Bastide, Tika et Moustik, ses cinq petits
roquets préférés.
Ils lui ramenaient, généralement, tout
ce qu’ils pouvaient choper. Le Roi, en retour, leur offrait protection, pitance
et logis. Et même parfois même quelques cadeaux. Et pour cette fois, leur
salaire, leur récompense serait de participer à un magnifique souper dans l’un
des plus somptueux restaurant de la grande ville, un magnifique restaurant aux
arches dorées.
Cela mit alors ces cinq petits roquets
en joie et, surtout, en appétit.
Comme à leur habitude, ils allèrent se
tapir dans l’ombre de ces jolies rues illuminées de milliers d’ampoules
scintillantes, décorées de sapin et de gros bonshommes rouges. Ils observèrent, guettèrent,
épièrent la proie parfaite en parfait petits prédateurs. Leur patience semblait
de pas avoir de limite. Leurs babines déversaient leur flot de salive gluante
dès qu’ils pensaient à ce qu’ils ingurgiteraient ce soir. Et rien n’aurait pu
les détourner des jolis bâtonnets de purée congelée et fris, de ces délicieux
petits pains ronds qui n’avaient été fabriqués dans aucune boulangerie, de
viandes tendrement hachées et mélangées entre elles somptueusement nappées
d’une sauce dont même en la goutant pendant dix ans on ne pourrait en définir
les ingrédients tellement ils étaient secrets…bref de tant et de tant de mets
tellement bien nommés qu’ils auraient donné envie à n’importe quel pékin
affamé. Et cela était loin d’être un hasard.
Alors ils restèrent là, des heures dans
le froid et dans l’ombre, guettant tous ces gentils gens arpentant cette rue
aux échoppes bien achalandées. Ils guettèrent leurs beaux paquets, leurs jolies
petites bourses bien gonflées. Mais aucun ne satisferait jamais le Roi, leur Seigneur,
leur Maître. Rien.
Au bout de longues heures d’attente,
alors que leur attention baissait et que leur estomac hurlait à la pensée de
ces arches dorées qui s’éloignaient, un jeune homme entra dans leur champ de
vision. Il n’avait rien de particulier. Il n’était qu’un quidam lambda sans le
moindre signe particulier, si ce n’était qu’il tenait un sac. Un beau sac de
papier bleu sur lequel d’étranges symboles avaient été peints : une croix,
un triangle, un rond, un carré tous marqués un grand « V » barré. Et
ces symboles les firent de nouveau saliver car ils savaient ce que ce sac
contenait. Milclock, lui-même, en aurait bavé assurément se disaient-ils en
bons petits roquets.
Alors ils ne le lâchèrent plus des
yeux. Rien n’aurait pu, maintenant, les arrêter. Ni le fait que ce jeune homme
ait quelques années de plus qu’eux ou qu’il les dépassait tous d’au moins deux
têtes, ni même le fait qu’il tienne fermement de son autre main une petite
fille qui semblait tellement impatiente d’ouvrir ce sac qu’elle ne pouvait
s’empêcher d’y regarder. Qu’elle soit sa sœur, sa fille, sa cousine ou même son
chien, ils n’en avaient rien à foutre. Il leur fallait ce que ceux-là avaient
pour obtenir ce qu’eux voulaient.
Deux de ces roquets les suivirent
pendant que deux autres surveillaient les alentours et que le plus vieux
d’entre eux guettait le bon moment.
Gunz avait les yeux qui parcouraient
cette rue, en long, en large et en travers, attendant, épiant le moindre moment
où ils ne feraient pas attention, guettant le moindre moment où les gentils
gens seraient les moins nombreux, jetant parfois un œil sur ses comparses.
Bastide et Milo, le plus calme et le
plus fougueux, marchaient quelques pas derrière le jeune homme et la petite
fille qui ne se rendaient pas compte qu’ils étaient désormais des proies. Il
regarda ensuite du côté de Tika et Moustik qui faisaient semblant d’attendre au
bout de cette rue, tels deux enfants s’amusant de la neige qui tombait de
nouveau.
Plusieurs minutes s’écoulèrent. Et Gunz
vit enfin le bon moment arriver. Le jeune homme et la petite fille allaient
s’arrêter pour traverser cette rue à moitié déserte. Quelques gentils gens
commencèrent à s’agglutiner autour d’eux attendant que le feu piéton passe au
vert.
Enfin, le petit bonhomme changea de
couleur. Les gentils gens, ce jeune homme et la petite fille s’apprêtaient à
traverser la rue quand, d’un coup, il sentit quelque chose de tellement dur lui
percuter le dos. Il en perdit l’équilibre. Il glissa sur la neige fondue qui
s’était agglutinée dans le ruisseau. Sa tête frappa sèchement le sol. Dans sa
chute, il entraîna la petite fille. Elle hurla de saisissement. Elle s’affala
de tout son long dans la bougnasse neigeuse. Sa joue râpa l’asphalte. Elle se
mit alors à pleurer comme, sans doute, jamais elle ne l’avait fait.
Le jeune homme sentit qu’on essayait de
lui arracher ce sac qu’il tenait. Alors il résista. Mais c’était sans compter
sur l’appétit d’ogre qui dévorait les entrailles des deux garçons qui tirèrent
plus fort sur ce sac, comme des damnés. Et la petite fille hurlait toujours, et
pleurait cette surprise devenue peur affreuse.
Le jeune homme s’y accrochait tellement
fort que le sac commença à s’arracher. D’un coup, comprenant qu’il ne lâcherait
pas, ne leur céderait rien, les jeunes roquets devinrent alors des loups
sauvages, immondes, incontrôlables. Rejoints par les deux autres qui faisaient
le guet au bout de cette rue, tous les quatre se mirent à le frapper.
Leurs baskets dégueulasses lui
frappèrent le visage. Le jeune homme, alors, put sentir l’odeur de la merde qui
en recouvrait les semelles, une fraction de seconde avant de sentir ses dents
craquer les unes sur les autres, ses mâchoires s’entrechoquer. Il sentit le
sang couler de son nez et envahir sa gorge, en exploser comme d’un geyser
rougeoyant. Ils le frappèrent dans le ventre. Il sentit alors leurs pieds
s’enfoncer en lui comme des pieux qui lui ouvraient, lui déchiquetaient les
tripes. Ils le frappèrent dans la poitrine. Il sentit alors ses côtes se
fissurer, une douleur tellement intense qu’il eut l’impression qu’elles lui
transperçaient les poumons. Il sentit son estomac se contracter comme s’il
allait dégueuler. Il sentit son cœur s’emballer comme s’il allait lui sauter
hors de la poitrine.
Ils le frappèrent encore et encore. Le
torse, la tête, dans le dos. Comme si des cancrelats invisibles lui parcouraient
tout le corps et qu’ils essayaient de les écraser. Ils s’acharnèrent sur lui
comme des démens drogués à l’avidité, comme s’ils n’étaient plus que des fous exécutant
une danse macabre autour de ce qui ne devait plus être pour eux qu’un misérable
tas de merde. Et la petite fille, elle, hurlait. Ses cris envahirent tout. Les
têtes, les corps, les cœurs. Ses pleurs auraient pu briser n’importe lequel
d’entre eux. Mais pas celui des gentils gens d’ici. Moins encore les leurs.
D’un coup, l’un des quatre l’attrapa, par le col de son anorak, la souleva du
sol.
-
« FERMES TA PUTAIN DE GUEULE !
SALOPERIE ! » lui hurla-t-il en pleine figure en la secouant.
D’un coup, il l’envoya valdinguer comme
si elle n’était rien.
Là, le jeune homme lâcha le sac. Et bien
que tout son corps lui fasse mal, il réussit à bondir pour rattraper la petite
fille, juste avant que le sol ne vienne la frapper.
Alors, les quatre roquets s’enfuirent
sous l’œil attentif de Gunz en retrait. Il observait que personne ne les suive
ou ne les filme ou que, peut-être, pris d’une sorte d’héroïsme mal placé, ne
leur donne la chasse.
Mais tous les gentils gens de cette rue
continuèrent leur chemin comme si rien ne se passait, comme des aveugles, des
sourds à toute autre souffrance, à toute autre peine que la leur. Aveugles et
sourds à tout ce qui ne les concernait pas ou qui pourrait mettre en péril leur
petite vie bien tranquille d’hommes courageux et de femmes indomptables, Tous
prêts à se dresser contre la moindre injustice, à combattre le mal sous toutes
ses formes du moment que ce soient les autres qui s’impliquent, qui le fassent
avant tout et surtout pour eux et pour elles.
Le jeune homme resta, là, un moment,
allongé dans cette boue de neige noire et grise, le sang ruisselant sur son
visage, la petite fille serrée contre lui. Elle hurlait toujours cette peur
qui, d’un coup, l’avait surprise, envahie. Cette peur qui lui avait pris ce
sourire, cette joie, cet enthousiasme qui était encore sien quelques secondes
plus tôt. Et les gentils gens passaient à côté d’eux sans même leur jeter un
coup d’œil, sans même leur tendre la main pour les aider à se relever ou ne
serait-ce que leur demander comment ils allaient.
Le jeune homme regarda ces quatre
roquets qui s’enfuyaient à toutes jambes hurlant et criant leur fierté et leur
joie. Il se redressa de ce sol, demanda à la petite fille si elle allait bien,
lui essuya la joue, le fin filet de sang qui y coulait et se releva. La neige
boueuse et l’eau glacée mêlée à son sang ruisselèrent son visage, sur ses
vêtements. Et alors qu’il tenait la petite fille sanglotant dans ses bras, il
regarda de nouveau ces quatre petits roquets qui disparaissaient dans la brume
neigeuse. Il commença alors à ressentir cette forme de rancœur que l’on ressent
lorsque quelqu’un vous prend, vous enlève, vous prive de ce qui est à vous, de
ce que vous avez, de ce que vous aimez. Très vite sa rancœur devint alors
colère puis haine et rage. Une rage qui appela deux vieilles amies nommée
Vengeance et Souffrance. La première murmura alors à l’oreille de l’autre qu’un
jour, très prochainement, leurs destins se croiseraient de nouveau. Très
bientôt. Mais pour le moment, il y avait plus important. Sans penser à sa
propre douleur, il serra très fort la petite fille contre lui pour la consoler.
Pour lui, il n’y avait qu’elle qui comptait.
-
« Casses-toi pauv’ con ! » lui
envoya-t-on depuis l’habitacle d’un véhicule, pressé.
Alors le jeune homme bien docilement
s’exécuta. Il traversa la rue claudiquant tenant la petite fille bien serrée
contre lui. Dans cette rue, le calme revint. Les gentils gens passaient et
repassaient comme si rien de ce qu’ils n’avaient pas voulu voir n’était arrivé.
-
« Hep-là ! » l’interpella-t-on
aussitôt eut-il le pied posé sur le trottoir d’en face.
Le jeune homme se retourna pour voir,
deux francs chevaliers accourant vers lui la main sur leur arme de service.
-
« On nous a dit qu’on vous avait
tabassé ? Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?! »
-
« Les gens ont mal vus : je suis tombé,
Monsieur »
-
« C’est pour ça que vot’ visage est en sang et
que vot’ petite sœur pleure de cette façon, on a dit qu’elle hurlait que… »
-
« Ma fille…a eu peur…et je crois que moi-même
je lui ai fait très peur et peut-être même un peu mal en tombant. On va soigner
ça et ça ira mieux après, pas vrai ? ». La petite fille ne
répondit pas, elle se serra contre lui.
-
« Ça va, petite ? » lui demanda
alors l’un des deux chevaliers tendant la main vers elle comme pour la toucher.
-
« Ne vous approchez pas d’elle et ne la
touchez jamais sans mon autorisation… » s’interposa aussitôt le jeune
homme « si vous vouliez faire autre
chose que rester planqués c’était il y a cinq minutes pas maintenant…si vous
permettez, j’aimerai soigner ma fille ». A son regard, froid qui, pour
eux, en disait long sur ce que ce jeune homme devait penser, ils reculèrent.
-
« Si on a des questions à… »
-
« Je
suis simplement tombé et vous, vous avez des questions à me poser…ok…soit vous m’emmenez
et là vous devrez expliquer pourquoi vous n’avez rien fait alors que vous étiez
sur le coin en train de regarder comme tous les autres soit je m’en vais et
rien de tout ça n’est arrivé. Vous choisissez quoi ? ».
Les deux francs chevaliers se regardèrent et n’écoutant que leur courage infini
l’un des deux répondit :
-
« Le sol est glissant par endroit soyez
prudent ! »
Le jeune homme, tenant bien serrée sa
petite fille contre lui, s’en alla et disparut parmi tous ces gentils gens bien intentionnés.
Plus tard, dans la soirée, le jeune
homme et la petite fille étaient rentrés chez eux, dans l’un des nombreux
immeubles de cette grande ville. Un bel immeuble jadis, qu’on laissait pourrir
aujourd’hui. Car ceux qui y logeaient n’étaient pas dignes du moindre intérêt,
de la moindre compassion. Ils n’étaient là que pour payer un loyer, justifier
de sa perception. Parfois, ils permettaient de satisfaire la volonté du
bailleur qui n’en était propriétaire que lorsque celui-ci devait justifier de
sa conformité auprès d’assurance peu regardante.
Et dans ce petit appartement meublé
confortablement même si les meubles dataient. Dans cette mignonne petite
chambre où les licornes régnaient en maîtresse absolue sur le rose qui en
recouvrait, généralement, les rêves, le jeune homme était agenouillé sur le
sol. Appuyé sur le bord de ce petit lit, il caressait affectueusement le visage
rougi de sa fille. Ses yeux encore humides trahissaient la peur et l’angoisse,
sa déception, son chagrin. Elle ne parlait plus de son cadeau que les quatre
petits roquets lui avaient volée. Elle ne parlait plus des jeux auxquels elle
voudrait jouer, des films qu’ils pourraient regarder ou des après-midi qu’ils
pourraient avoir tous les deux à jouer à la console comme elle ne cessait de le
répéter quelques heures plutôt. Elle ne parlait plus tout simplement.
Son regard, ce regard qu’elle avait
maintenant, il ne lui connaissait pas. Il avait l’impression d’avoir une autre
petite fille devant lui. Une petite fille dont on avait extrait, volé la petite
lumière qu’elle avait dans les yeux et qu’on l’avait remplacée par une sorte
d’affreuse obscurité.
-
« Tu vas pas me laisser toute seule ? »
-
« Tu sais bien que jamais je ne ferai ça…[il
lui caressa le visage]…tu sais quand je
t’ai vue pour la première fois, instantanément tu as tout changé comme ça, d’un
coup…[il lui effleura le bout du nez du doigt]…Pouf !...Tu avais l’air si fragile. On aurait dit une toute
petite poupée avec de gros yeux tout bleu…et moi tu sais je n’étais pas…[il
baissa la tête]…mais tu as tout changé.
Et…je t’ai dit que tu avais l’air d’être tellement fragile mais…mais…c’est pas
toi qui l’étais c’était moi. Et d’un coup, comme ça, sans que je comprenne
pourquoi ou…comment, tu m’as donné une force que je n’avais pas, que je croyais
ne pas avoir…que je n’aurai jamais eu si tu n’avais pas été là…et…depuis, tous
les jours tu me rends plus fort, meilleur. Et je ferai tout pour te protéger.
Tu es tout ce que j’aie, tu es ma petite toute petite princesse et je t’aime de
toutes mes forces…[il lui caressa alors délicatement la joue comme si elle
était le plus grand des trésors que le monde n’ait jamais porté]…jamais je ne laisserai quelqu’un te faire
du mal et si jamais quelqu’un y arrive quand même alors crois-moi il le paiera,
ça je te le jure ».
La petite fille se pelotonna alors
contre lui.
-
« Tu crois que le Père Noël i’ va me ramener
une autre console ? »
-
« Tu perds pas le nord toi, hein !».
Il lui fit alors un gros poutou dans le
cou, qu’il la fit sourire puis rire. Même si ce rire n’était tout à fait pas
celui qui était le sien, il n’avait pas disparu. Et c’était à lui qu’il
appartenait de faire en sorte qu’il ne disparaisse pas, qu’il ne disparaisse
jamais.
Et alors qu’elle s’endormait dans ses
bras, le regard de ce jeune homme et jeune père, aujourd’hui, changea. Il passa
du regard d’un homme qui regardait un ange à celui d’un homme qui se laissait
envahir par le démon.
Toute cette nuit-là alors que la petite
fille dormait, lui il resta derrière la fenêtre de cette chambre fixant les
lumières nocturnes de cette grande ville. Cogitant, réfléchissant, il revivait
cette journée encore et encore pour tenter de revoir leur visage, de comprendre
comment ils avaient fait, comment ils faisaient parce qu’ils n’en étaient pas à
leur coups d’essai. C’étaient certainement des habitués. Et ils allaient
forcément recommencer peut-être pas tout de suite. Peut-être pas dans la même
rue. Mais ils allaient recommencer. Il lui faudrait, seulement, être un peu
patient.
Dans les jours qui suivirent, il
arpenta les rues de ce beau royaume, de cette grande ville. Il parcourut les
échoppes illuminées, croisant le regard de tous ces gentils gens, qui ne lui
inspirait que l’indifférence le plus souvent de la répulsion. Il guetta dans
l’ombre, observa.
Et en cherchant…
Au détour d’une rue, alors que ses
blessures étaient pratiquement guéries, qu’eux avaient oublié depuis
bien longtemps ce qu’ils lui avaient fait, il croisa le regard d’un jeune
garçon qu’il ne pouvait oublier.
A ce moment-là, les petits prédateurs
devinrent proies. Il ne les lâcha plus des yeux. Lorsqu’ils agressèrent une femme
et sa fille pour leur portable et qu’ils leur arrachèrent leurs sacs les
laissant à terre sur le trottoir. Il ne broncha pas. Lorsqu’ils s’enfuirent. Il
ne fit que les suivre. Lorsque marchant dans les rues ou traversant une friche
industrielle, que l’un fanfaronnait, lui ne fit que les observer. Loin. Dans
l’ombre. Il ne les quittait plus des yeux. Eux qui se croyaient prédateurs,
forts et puissants n’étaient déjà plus que proies sanguinolentes et
agonisantes.
Il les suivit jusqu’à un HLM de
banlieue, aussi pourri que celui qu’il occupait avec sa fille. Ils y entrèrent
en petits roquets et caïds. Il les y suivit et entra alors dans ce vaste
royaume qu’était celui du Roi, du Seigneur Milclock.
Ils prirent l’ascenseur jusqu’au
septième. Il attendit là au rez-de-chaussée sous le regard d’autres jeunes qui
se demandaient bien qui il pouvait être et ce qu’il avait à les fixer comme ça.
Mais aucun n’eut le courage de venir lui poser la question. Son regard était
tellement froid, tellement vide qu’il aurait fait peur à n’importe qui, et
surtout à la plus téméraire de ces petites brutes qui devait encore faire pipi
au lit.
Aucun ne vint le voir. Aucun n’osa le
regarder plus de deux secondes et lorsqu’il monta dans l’ascenseur, tous eurent
ce sentiment d’avoir échappé à quelque chose. Mais cela ne les empêcha pas de
rigoler en prétendant qu’ils lui auraient bien cassé sa putain gueule
d’enfoiré.
Alors que cet ascenseur bringuebalant,
grinçant, claquant, montait inexorablement, un autre que lui en aurait eu le
cœur affolé, les tripes retournées. Et avant qu’il ne soit arrivé à destination,
il serait redescendu pour faire machine arrière. Mais lui non. Ce n’était pas
dans ses intentions. Depuis longtemps, il ne ressentait plus ce genre de chose.
Plus de peur, plus de culpabilité, plus de regrets, pas de remords. Uniquement
de l’amour pour sa fille et de la haine pour tous les autres. Et eux, ici,
tous, quels qu’ils soient lui avaient fait du mal. Sa haine n’avait pas de nom,
sa colère n’en était plus. Mais sa détermination grandissait à chaque étage
comme son envie de les voir souffrir, saigner, hurler pour ce qu’ils lui
avaient fait, à elle.
Il savait qu’ils n’auraient pas affaire
qu’à des petits roquets surexcités. Certainement à des rottweilers dopés à la
testostérone, sans doute à quelques pitbulls adeptes du combat de rue peut-être
aussi. Mais ils étaient tous sous le contrôle d’un seul et même un maître. Ils
ne faisaient qu’obéir comme des abrutis sans conscience à leur grand et bon
Roi. Mais lui aussi était, désormais et depuis fort longtemps, un Roi.
Enfin, il arriva au septième. Un autre
que lui ce serait sans doute dit que sortir de cet ascenseur serait un point de
non retour, qu’à partir du moment où il ferait un pas à l’extérieur de cette boite
métallique, il devrait aller jusqu’au bout, quoi qu’il arrive et quoi qu’il lui
en coûte. Mais lui non. Il ne se posait pas ce genre de question. Il n’avait
pas ce genre de réflexion.
Lorsque l’ascenseur stoppa, il en sortit.
Aussitôt, un petit aboyeur en survêtement et casquette retournée essaya de lui
parler, de lui demander ce qu’il foutait là, putain !
Mais il n’en eut pas le temps. Comme il
n’eut pas le temps de voir la lame qui lui trancha net la gorge. Il eut
seulement le temps se sentir le sang jaillir de son cou, de sentir la vie le
quitter aussi vite que le sang pissait hors de lui. Il s’écroula sur le sol
baignant dans son propre sang.
Le jeune homme avança dans le couloir.
Une voix hurla qu’on venait de buter l’un des roquets. Une ombre surgit
derrière lui. Le jeune homme se retourna. La lame de son couteau se planta dans
le visage de ce petit roquet-là qui en perdit aussitôt sa casquette. Le jeune
homme regarda la lame de son couteau qui traversait les joues de ce jeune
garçon, sa langue. Il le regarda dans ses yeux écarquillés. L’autre convulsait,
tremblait de partout. D’un coup sec, il enleva cette lame de son visage. Avant
que ce jeune roquet ne touche le sol, sa langue y tomba s’entortillant sur
elle-même.
Lui, ce jeune homme, continua sa route
vers cet appartement qui embaumait tout le couloir des effluves acres qui s’en
dégageaient.
-
« Tu veux quoi, toi ! Là ! »
lui lança encore l’un de ces jeunes roquets.
-
« Je veux voir ton chef, j’ai quelque chose
pour lui »
-
« Alors tu m’ le donnes ! Compris !
Là ! »
-
« C’est toi qui vois ».
D’un coup, ce jeune roquet sentit une
douleur atroce venir se planter dans son menton. Il sentit sa mâchoire se
serrer. Il sentit ses dents se racler les unes les autres. Il aurait voulu
hurler mais il ne pouvait plus desserrer les lèvres. Il ne sentait plus que le
goût du sang dans sa bouche. Il ne sentait plus rien d’autre que ce liquide
épais et visqueux envahir sa gorge. Et la douleur fut encore plus insupportable
quant il sentit cette lame tourner et l’attirer avec elle.
Dans cet appartement envahi par la
fumée de mauvaises clopes, par les effluves de transpirations mêlées aux odeurs
acres des pétards et des putes en chaleur dont la moiteur des cuisses aurait pu
éteindre n’importe quel incendie, ce jeune homme entra. Là, dans ce royaume
d’une quarantaine de mètres carrés, utilisant son couteau comme un joystick
pour diriger le jeune roquet devant lui, il le jeta au sol, comme le présent
d’un roi à un autre.
-
« Ôh, mô quéske ! Putaine !... » s’écria le Roi
Milclock qui, d’un coup, se pétrifia de voir le sang de l’un de ses jeunes
roquets remplir ses vieilles savates trouées.
L’un des nombreux petits roquets
présents dans cet appartement se jeta sur le jeune homme. Il s’empala d’un coup
sec sur la lame du couteau. Le jeune roquet se mit à trembler de tout son corps
avant qu’un flot de sang noir ne se dégueule de sa bouche, et qu’un flot de
pisse ne se répande sur le sol.
Voyant cela, l’un des autres petits
roquets se mit à reculer et d’un coup à fuir cet appartement. Bientôt, il fut
imité par un autre, puis un autre, puis encore un autre jusqu’à ce que tous
ceux qui entouraient le bon Roi l’abandonnent. Ce fut alors que, fuyant, croisant
ce jeune homme, l’un d’eux, d’un coup, sentit une pression sur sa gorge. Il
sentit ses doigts s’enfoncer dans son cou. Il n’arrivait plus à respirer. Il
essayait d’happer de l’air. Mais rien n’entrait plus dans sa gorge.
-
« Toi tu ne vas nulle part on va causer après »
lui murmura alors le jeune homme juste avant de lui calquer la tête contre la
table en formica sur laquelle trônaient bières, chit et clopes.
Le roi de ce vaste domaine sentant son
pouvoir décliner et, d’un coup, ruisseler entre ses couilles, hurla au molosse
encore à ses côtés d’aller mordre ce « pouti
enefoiré ! ». Mais son regard se figea. Le jeune homme tendait la
main droit devant lui. On aurait dit qu’il voulait attraper quelque chose
d’imaginaire, peut-être même se prenait-il pour un Jedi. Etait-il complètement taré se demanda le Roi Milclock sur le
visage duquel commença à se dessiner un large sourire.
Mais soudain, il entendit des sortes de
gargouillis qui venaient d’à côté de lui. Il tourna alors la tête, regarda son
molosse qui se tenait la gorge. Des bulles de sang éructaient de sa bouche. Le
molosse tomba alors à genoux devant son bon roi qui se recroquevilla sur sa
chaise, son trône. Alors le molosse vomit la lame qui s’était plantée dans son
cou, son sang ruissela jusqu’à ses pieds. Il s’écroula.
-
« Quoua tou veusques ! Dje dône tou à
toua !... » hurla sa royale majesté Milclock « quoua tu veusques ! Quoua que
t’es ! »
-
« J’étais un petit pantin de bois et une
petite fée a fait de moi un vrai petit garçon. Comme le génie de la lampe j’ai
promis d’exaucer le moindre de ses désirs pour que jamais elle n’ait à
souffrir. Mais toi et tes bébés chihuahuas, vous l’avez plongée dans les
ténèbres. Sa douleur, sa tristesse ont réveillé le démon qui y sommeillait. Et
je suis ce démon »
-
« Dje peux éder toua…si, si, dje assoure toua,
dje peux éder. Dje peux éder toua. Je croua que toua tres melade dans tone
tête ! »
-
« On a tout fait pour ça, Tovaritch ! ».
Le jeune homme laissa alors glisser la
lame de son couteau sur la poitrine du Roi qui transpirait à grosses gouttes.
-
« Fé pô sta ! Fé pô sta !... »
lui implorait le Roi sentant cette lame appuyer contre sa peau « dje peux faire toua ritche, bôcoup ritche ».
-
« C’est vrai ce que tu dis ? »
-
« Oué, oué, dje montre à toua ! Dje
montre à toua ! » acquiesçait frénétiquement Milclock repoussant
doucement la lame de sa poitrine.
D’un coup, il hurla. Le sang gicla de
sa main. Cette lame venait de lui sectionner trois de ses doigts.
Puis, lentement, elle reprit son chemin
sur sa poitrine tandis que le Roi hurlait suppliant, assurant le jeune
homme qu’il pourrait faire de lui un homme riche. Mais il n’en avait rien à
faire de son fric. Ce qu’il voulait c’était que ce lâche qui utilisait des
enfants pour obtenir ce qu’ils voulaient, qui avait été jusqu’à blessé sa fille
pour ça, pour une console de jeux souffrait autant qu’elle. Elle, qui avait
espéré ces dernières semaines, elle qui avait fait des efforts à l’école pour
ça. Il voulait qu’il souffre comme elle avait souffert. Et rien au monde
n’aurait pu le détourner de ça.
Sa lame alors s’arrêta sur la gorge du
grand et bon Seigneur qui, désormais, n’en était plus un. Il pleurait et
pleurait, suppliait et suppliait.
D’un coup, la lame s’enfonça dans sa
joue, racla ses dents, déchira la chair de son visage en un flot de sang. Le
bon Seigneur tomba alors de son trône essayant de crier, de dire quelque chose.
Il se traina sur le sol, vers sa cuisine que sa petite cour avait déserté. Il
n’y avait plus, là, que la douleur pour lui.
Il se mit à ramper sur le sol. D’un
coup, il sentit la lame du couteau s’enfoncer dans son dos, le labourer comme
une charrue un champ. Une fois. Deux fois. Encore et encore. Et pourtant,
malgré ses gémissements sourds, il continuait à ramper sur ce sol qui se
couvrait de son sang.
Peut-être voulait-il attraper une arme.
Peut-être voulait-il autre chose. Peut-être y avait-il là-bas dans cette
cuisine quelque chose qui, pensait-il, pouvait encore sauver sa vie.
Tout à coup, il sentit un poids peser
sur lui. Il sentit alors entre ses jambes la froideur de cette lame se glisser,
s’insinuer. Et le Roi pleura. Il hurla alors d’un coup sentant ses couilles se
détacher de lui.
-
« Pleures pas. elles ne te servaient à rien de
toute façon…[le jeune homme se souleva de lui, fit quelques pas pour
s’accroupir devant ce roi hurlant]…je
crois que tu as compris maintenant : c’est ton dernier jour. Tu vas
mourir. Ta souffrance va bientôt s’arrêter. Mais celle que tu as infligée aux
autres va te survivre. Elle va vivre en eux très longtemps, peut-être même
toute leur vie…c’est ce que tu laisses au monde, tu crois que ça en valait le
coup ? Dis-moi ? ».
-
« Dje…Aaaah !...Dje… »
-
« Les gens comme toi ne comprennent jamais
même quant il est trop tard. C’est sûr ils regrettent…sur leur lit de mort. Ils
demandent pardon. Ils crient. Ils pleurent. Mais ils ne méritent rien de tout
ça parce qu’ils pètent de trouille. Tu n’es qu’un lâche, un pauvre lâche de
merde qui se traine sur le sol d’une cuisine minable où il va crever tout seul ».
Le Roi Milclock pleura alors à chaudes
larmes, pleura toutes les larmes de son corps, pleura sa souffrance, hurla sa
douleur.
D’un coup, la lame du couteau se planta
dans sa tête, cassa ses os, déchira sa chair jusque dans cette bouche qui avait
ordonné et fait tant de mal. Sur le sol de cette cuisine, le Roi s’affala, son
corps inerte déversant le peu de sang qu’il contenait encore.
Le jeune homme regarda la vie s’enfuir
hors de lui, éteindre son regard.
Enfin, comme Souffrance juste avant
elle, Vengeance fut satisfaite. Il n’éprouva rien d’autre que du soulagement
devant ce corps inerte. Jamais plus ce triste roi ne ferait de mal à quiconque.
Plus jamais.
Tout à coup, le jeune homme sentit un
poids se ruer sur lui. Gunz tenta de le frapper mais cette fois le jeune homme
était prêt. Il bloqua son coup et le retourna contre lui. Il l’envoya
valdinguer. Son corps se fracassa contre les vieux éléments de cette cuisine.
Gunz tomba alors au sol. D’un coup, ces éléments se décrochèrent du mur. Ils
déversèrent des liasses de billets de cinquante euros. Ces liasses grâce
auxquelles Milclock pensait avoir la vie sauve. Mais elles ne firent que se
répandre dans le sang et la pisse.
Le jeune garçon se releva du sol,
attrapa un couteau et regarda le jeune homme devant lui qui lui dit :
-
« Réfléchis bien à ce que tu vas faire
maintenant. Soit tu lâches ce couteau et tu vis pour tenter de devenir
quelqu’un de bien ou de pas trop mal dans ton cas soit tu finis comme lui. Ici
et maintenant. A toi de choisir ! ».
Il resta là à le regarder, à lui
laisser le choix. Gunz regardait ce fric. Tout ce putain de fric par terre. Il
pourrait l’emporter. Il pourrait être, lui aussi, un roi. Un roi putain !
Il leva les yeux vers ce jeune homme, devant lui, qui le regardait, froid, dur,
prêt à le terrasser, prêt à le détruire. Gunz soutint alors son regard, serra
la main sur le manche du couteau qu’il tenait. Prêt.
