CONTE 3

 



Conte 3


Milclock et les Cinq Petits Roquets


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Tout d’abord, je tiens à vous dire que je n’ai rien à voir dans cette histoire parce que je…ça fait plusieurs semaines que je n’ai plus écrit parce que vous voyez, je suis sous médicament, ej prends des anxiolytiques et des antidépresseurs et puis j’ai des cachets pour dormir mais ils ne me font pas dormir et ça me fout la tête à l’envers. On dirait que je suis bourré en permanence. Je l’ai dit au docteur mais il a dit que…mais bon…j’ai été…enfin tout ça quoi…je vous embête pas…c’est mon problème…à moi…tout seul…pardon…pardoin…ouh y a la pression qui monte je le sens…ouh !…je vais me sentir mal…je crois…oui…Mon diue àa recommence…je…oh, mon dieu !…ouh…pardon…pardon...ok. Ok, on y va…oui…ouh…c’est pas passé loin hein ! Ouh !

 

Bonne lecture surtout et encore pardon.

 

Je vous aime mes bigorneaux !

 

 

C’était la fin d’année dans le vaste Royaume de Granville-Dutouprèz. La neige avait recouvert les rues et les trottoirs de la plus grande de ses cités. Les odeurs de pin et de gaufres se mélangeaient à celles des beignets et des pommes que l’on faisait griller. Les gentils gens attirés par toutes ces échoppes qui avaient revêtu leurs habits de lumière, s’empressaient d’acheter le plus beau des jouets, le plus cher des parfums ou la plus jolie des cravates pour l’offrir à ceux, celles ou celui qu’ils aimaient le plus qu’ils n’aimeraient jamais. Ils dépensaient sans compter. Peut-être même que parmi eux un homme en costume blanc construisait le plus grand parc d’attraction du monde entier. Et lui aussi avait dépensé sans compter.

 

Oui, juste comme ça…euh…je ne sais plus si je vous l’ai précisé que je prends des médicaments à l’heure actuelle. Et pour être franc ça me fout la tête en vrac donc...pardon.

Pardon si tout ça part un peu…en vrille disons…de temps en temps. Voilà. Merci de votre compréhension. Et pardon pour cette interruption du programme voilà qui est dit ! Je vous rends l’antenne ! A vous Gonzac KilHégay !

 

 

Et on ne voyait que ça partout. Les gentils gens qui allaient de-ci de-là, les bras chargés de sacs ou de paquets cadeaux. Tous n’avaient que cela à la bouche. Tous n’avaient que cela en tête : les fêtes. Les fêtes. Les fêtes ! Durant lesquelles il faudrait se démarquer par son beau paquet, par son bon diner, par son beau sapin. Et durant lesquelles il ne faudrait surtout pas, mais alors surtout pas, agacer la belle-mère ou rendre jaloux les frères, les sœurs et les belles-sœurs ou les beaux-frères en leur mettant sous le nez la belle vaisselle achetée là-bas tout là-bas, les photos des dernières vacances à Marmazout-le-Grec ou la belle et grosse bagnole. Tiens dans ta gueule, du con ! Encore un bout de bûche ? Elle est bonne hein ?! J’ai dépensé sans compter…pour que tu t’étouffes avec !

 

 

Mais eux, personne ne les voyait jamais. Ou rarement. Ils étaient un peu comme le Yéti ou le Père Noël. Pendant un temps, on y croit. Ensuite, on se demande s’ils existent. Puis, on finit par en douter et plus tard on se fout complètement de leur existence.

Eux étaient comme ça. Aujourd’hui, tout le monde s’en foutait. Et comme en plus, ils ne venaient pas de terres lointaines pour fuir une guerre ou un génocide, ils n’avaient aucune chance d’attirer le regard, la compassion ou la protection. Aucune chance pour eux de finir dans un bidonville que même les rats finiraient par fuir.

Pourtant, ils étaient là, veillant, guettant tous ces gentils gens qui allaient de-ci de-là. Et, comme les méchants petits roquets qu’ils étaient, ils les enviaient. Salivant, bavant, ils rongeaient leur os patientant, attendant leur moment.

D’un coup, parfois, tels des Morlocks, ils bondissaient hors de leur tanière pour mordre les mollets des gentils gnous retardataires, de ceux qui s’étaient trop éloignés du troupeau. Ces gentils gens, tellement surpris, tellement affolés, en jetaient parfois leurs paquets au sol pour se sauver, meuglant, beuglant, pleurant, s’agitant dans tous les sens pour qu’on vienne les aider. Mais souvent, il était bien trop tard car ces petits roquets, déjà, s’en étaient allés loin, loin, très loin pour se planquer.

 

 

Fidèlement, chaque fois, ils s’en retournaient prestement vers leur maître, le Seigneur de ce Royaume espérant que ce qu’ils lui rapportaient suffirait encore cette fois. Mais avec ce Roi rien n’était jamais sûr. Rien n’était jamais certain. Car, bien qu’il ne soit qu’un petit humain moyen, il était habité d’un appétit d’ogre pour tout ce qui pouvait s’acheter, se vendre, se louer, se donner, pour tout ce qui avait de la valeur et, surtout, pour tout ce qui pouvait se voler. Et cet appétit n’était pratiquement jamais rassasié.

 

-          « Dâ, dj’aîîîme çô ! Dj’aiiime çô ! Ah-Ah-Ah ! » s’écriait-il quand ce qu’on lui apportait lui plaisait.

 

Mais tout son petit royaume, toute sa petite cour savait, aussi, ce qu’il se passait quand cela ne lui plaisait pas, quand cela ne marchait pas comme il le voulait. Il était capable d’enfourcher son plus rapide destrier et de retrouver n’importe qui n’importe où juste pour le regarder dans les yeux et lui dire :

 

-          « Dj’ai eu tônt de biene pour toua ! Dj’ai faist tônt de bonne tchoz pour toua ! Y toua, tou faisk quoua pour moua ? Tou me vole, tou me trompes moi dje dis none ! Çô  faist môl dane mone cœur. Alore toua tou faire quoua si toua avoir môl comme moua ? Tu vôs vouar Doktor pou qui te souâgne. Dje viaine vouar toua pour même tchoz ! Dje veusques guérir ! Y la steul fazone pour çô c’est que toua prenne mone môl ! ».

 

Généralement, c’était à ce moment qu’il attrapait une chaise ou se jetait dans un fauteuil comme le bon Roi qu’il était laissant à ses cerbères le soin de le soigner. Et il aimait regarder ce seigneur-là.

Il se délectait des hurlements et des suppliques. Il aimait qu’on le supplie. Il aimait qu’on lui promette monts et merveilles. Et il aimait par-dessus tout qu’on lui dise, qu’on lui jure qu’il régnait sur tout et sur tous sans exceptions, qu’on ne le décevrait plus, qu’il avait droit de vie et de mort sur tous et toutes. Il aimait sentir cette chose merveilleuse réchauffer son cœur meurtri, cette douce chaleur lui parcourir le corps, ce délicieux petit pouvoir qui lui donnait cette force, cette toute puissance. C’était un délice. Pourtant, jamais il ne laissait ses cerbères aller trop loin. Cela aurait pu attirer l’attention, d’autres seigneurs d’autres royaumes ou, même, dans le pire des cas, de chevaliers trop prompts à voir la justice triompher.

Et le Roi ne voulait surtout pas attirer l’attention. Il voulait juste régner sur son petit royaume, sur son petit monde en maître absolu. Il ne voulait rien d’autre le Roi. Rien d’autre que ce que tout le monde voulait obtenir : tout ce qu’il lui faisait envie sans avoir à en payer le prix.

 

Et cela dura pour ce Seigneur. Longtemps, très longtemps.

 

Mais en cette période de fêtes, il arrive parfois qu’une chose se passe, une seule petite et infime toute petite chose pour que tout s’en retrouve bouleversé. Certains pourraient appeler cela « miracle ». D’autres n’y verraient, eux, que la bonne providence du destin. Et les derniers, eux, s’en foutraient royalement.

 

Ce jour-là, comme chaque jour, le Roi Pietro Milinckov surnommé Milclock, non pas parce qu’il portait plusieurs montres au poignet mais parce que son visage était couvert de cloques, venait de donner ses ordres à Gunz, Milo, Bastide, Tika et Moustik, ses cinq petits roquets préférés.

Ils lui ramenaient, généralement, tout ce qu’ils pouvaient choper. Le Roi, en retour, leur offrait protection, pitance et logis. Et même parfois même quelques cadeaux. Et pour cette fois, leur salaire, leur récompense serait de participer à un magnifique souper dans l’un des plus somptueux restaurant de la grande ville, un magnifique restaurant aux arches dorées.

 

Cela mit alors ces cinq petits roquets en joie et, surtout, en appétit.

 

Comme à leur habitude, ils allèrent se tapir dans l’ombre de ces jolies rues illuminées de milliers d’ampoules scintillantes, décorées de sapin et de gros bonshommes rouges.                Ils observèrent, guettèrent, épièrent la proie parfaite en parfait petits prédateurs. Leur patience semblait de pas avoir de limite. Leurs babines déversaient leur flot de salive gluante dès qu’ils pensaient à ce qu’ils ingurgiteraient ce soir. Et rien n’aurait pu les détourner des jolis bâtonnets de purée congelée et fris, de ces délicieux petits pains ronds qui n’avaient été fabriqués dans aucune boulangerie, de viandes tendrement hachées et mélangées entre elles somptueusement nappées d’une sauce dont même en la goutant pendant dix ans on ne pourrait en définir les ingrédients tellement ils étaient secrets…bref de tant et de tant de mets tellement bien nommés qu’ils auraient donné envie à n’importe quel pékin affamé. Et cela était loin d’être un hasard.

 

 

Alors ils restèrent là, des heures dans le froid et dans l’ombre, guettant tous ces gentils gens arpentant cette rue aux échoppes bien achalandées. Ils guettèrent leurs beaux paquets, leurs jolies petites bourses bien gonflées. Mais aucun ne satisferait jamais le Roi, leur Seigneur, leur Maître. Rien.

 

 

Au bout de longues heures d’attente, alors que leur attention baissait et que leur estomac hurlait à la pensée de ces arches dorées qui s’éloignaient, un jeune homme entra dans leur champ de vision. Il n’avait rien de particulier. Il n’était qu’un quidam lambda sans le moindre signe particulier, si ce n’était qu’il tenait un sac. Un beau sac de papier bleu sur lequel d’étranges symboles avaient été peints : une croix, un triangle, un rond, un carré tous marqués un grand « V » barré. Et ces symboles les firent de nouveau saliver car ils savaient ce que ce sac contenait. Milclock, lui-même, en aurait bavé assurément se disaient-ils en bons petits roquets.

 

Alors ils ne le lâchèrent plus des yeux. Rien n’aurait pu, maintenant, les arrêter. Ni le fait que ce jeune homme ait quelques années de plus qu’eux ou qu’il les dépassait tous d’au moins deux têtes, ni même le fait qu’il tienne fermement de son autre main une petite fille qui semblait tellement impatiente d’ouvrir ce sac qu’elle ne pouvait s’empêcher d’y regarder. Qu’elle soit sa sœur, sa fille, sa cousine ou même son chien, ils n’en avaient rien à foutre. Il leur fallait ce que ceux-là avaient pour obtenir ce qu’eux voulaient.

 

Deux de ces roquets les suivirent pendant que deux autres surveillaient les alentours et que le plus vieux d’entre eux guettait le bon moment.

Gunz avait les yeux qui parcouraient cette rue, en long, en large et en travers, attendant, épiant le moindre moment où ils ne feraient pas attention, guettant le moindre moment où les gentils gens seraient les moins nombreux, jetant parfois un œil sur ses comparses.

Bastide et Milo, le plus calme et le plus fougueux, marchaient quelques pas derrière le jeune homme et la petite fille qui ne se rendaient pas compte qu’ils étaient désormais des proies. Il regarda ensuite du côté de Tika et Moustik qui faisaient semblant d’attendre au bout de cette rue, tels deux enfants s’amusant de la neige qui tombait de nouveau.

 

Plusieurs minutes s’écoulèrent. Et Gunz vit enfin le bon moment arriver. Le jeune homme et la petite fille allaient s’arrêter pour traverser cette rue à moitié déserte. Quelques gentils gens commencèrent à s’agglutiner autour d’eux attendant que le feu piéton passe au vert.     

 

Enfin, le petit bonhomme changea de couleur. Les gentils gens, ce jeune homme et la petite fille s’apprêtaient à traverser la rue quand, d’un coup, il sentit quelque chose de tellement dur lui percuter le dos. Il en perdit l’équilibre. Il glissa sur la neige fondue qui s’était agglutinée dans le ruisseau. Sa tête frappa sèchement le sol. Dans sa chute, il entraîna la petite fille. Elle hurla de saisissement. Elle s’affala de tout son long dans la bougnasse neigeuse. Sa joue râpa l’asphalte. Elle se mit alors à pleurer comme, sans doute, jamais elle ne l’avait fait.

Le jeune homme sentit qu’on essayait de lui arracher ce sac qu’il tenait. Alors il résista. Mais c’était sans compter sur l’appétit d’ogre qui dévorait les entrailles des deux garçons qui tirèrent plus fort sur ce sac, comme des damnés. Et la petite fille hurlait toujours, et pleurait cette surprise devenue peur affreuse. 

Le jeune homme s’y accrochait tellement fort que le sac commença à s’arracher. D’un coup, comprenant qu’il ne lâcherait pas, ne leur céderait rien, les jeunes roquets devinrent alors des loups sauvages, immondes, incontrôlables. Rejoints par les deux autres qui faisaient le guet au bout de cette rue, tous les quatre se mirent à le frapper.

Leurs baskets dégueulasses lui frappèrent le visage. Le jeune homme, alors, put sentir l’odeur de la merde qui en recouvrait les semelles, une fraction de seconde avant de sentir ses dents craquer les unes sur les autres, ses mâchoires s’entrechoquer. Il sentit le sang couler de son nez et envahir sa gorge, en exploser comme d’un geyser rougeoyant. Ils le frappèrent dans le ventre. Il sentit alors leurs pieds s’enfoncer en lui comme des pieux qui lui ouvraient, lui déchiquetaient les tripes. Ils le frappèrent dans la poitrine. Il sentit alors ses côtes se fissurer, une douleur tellement intense qu’il eut l’impression qu’elles lui transperçaient les poumons. Il sentit son estomac se contracter comme s’il allait dégueuler. Il sentit son cœur s’emballer comme s’il allait lui sauter hors de la poitrine. 

Ils le frappèrent encore et encore. Le torse, la tête, dans le dos. Comme si des cancrelats invisibles lui parcouraient tout le corps et qu’ils essayaient de les écraser. Ils s’acharnèrent sur lui comme des démens drogués à l’avidité, comme s’ils n’étaient plus que des fous exécutant une danse macabre autour de ce qui ne devait plus être pour eux qu’un misérable tas de merde. Et la petite fille, elle, hurlait. Ses cris envahirent tout. Les têtes, les corps, les cœurs. Ses pleurs auraient pu briser n’importe lequel d’entre eux. Mais pas celui des gentils gens d’ici. Moins encore les leurs. D’un coup, l’un des quatre l’attrapa, par le col de son anorak, la souleva du sol.

 

-          « FERMES TA PUTAIN DE GUEULE ! SALOPERIE ! » lui hurla-t-il en pleine figure en la secouant.

 

D’un coup, il l’envoya valdinguer comme si elle n’était rien.

 

Là, le jeune homme lâcha le sac. Et bien que tout son corps lui fasse mal, il réussit à bondir pour rattraper la petite fille, juste avant que le sol ne vienne la frapper.

 

Alors, les quatre roquets s’enfuirent sous l’œil attentif de Gunz en retrait. Il observait que personne ne les suive ou ne les filme ou que, peut-être, pris d’une sorte d’héroïsme mal placé, ne leur donne la chasse.

Mais tous les gentils gens de cette rue continuèrent leur chemin comme si rien ne se passait, comme des aveugles, des sourds à toute autre souffrance, à toute autre peine que la leur. Aveugles et sourds à tout ce qui ne les concernait pas ou qui pourrait mettre en péril leur petite vie bien tranquille d’hommes courageux et de femmes indomptables, Tous prêts à se dresser contre la moindre injustice, à combattre le mal sous toutes ses formes du moment que ce soient les autres qui s’impliquent, qui le fassent avant tout et surtout pour eux et pour elles.

 

Le jeune homme resta, là, un moment, allongé dans cette boue de neige noire et grise, le sang ruisselant sur son visage, la petite fille serrée contre lui. Elle hurlait toujours cette peur qui, d’un coup, l’avait surprise, envahie. Cette peur qui lui avait pris ce sourire, cette joie, cet enthousiasme qui était encore sien quelques secondes plus tôt. Et les gentils gens passaient à côté d’eux sans même leur jeter un coup d’œil, sans même leur tendre la main pour les aider à se relever ou ne serait-ce que leur demander comment ils allaient.

 

Le jeune homme regarda ces quatre roquets qui s’enfuyaient à toutes jambes hurlant et criant leur fierté et leur joie. Il se redressa de ce sol, demanda à la petite fille si elle allait bien, lui essuya la joue, le fin filet de sang qui y coulait et se releva. La neige boueuse et l’eau glacée mêlée à son sang ruisselèrent son visage, sur ses vêtements. Et alors qu’il tenait la petite fille sanglotant dans ses bras, il regarda de nouveau ces quatre petits roquets qui disparaissaient dans la brume neigeuse. Il commença alors à ressentir cette forme de rancœur que l’on ressent lorsque quelqu’un vous prend, vous enlève, vous prive de ce qui est à vous, de ce que vous avez, de ce que vous aimez. Très vite sa rancœur devint alors colère puis haine et rage. Une rage qui appela deux vieilles amies nommée Vengeance et Souffrance. La première murmura alors à l’oreille de l’autre qu’un jour, très prochainement, leurs destins se croiseraient de nouveau. Très bientôt. Mais pour le moment, il y avait plus important. Sans penser à sa propre douleur, il serra très fort la petite fille contre lui pour la consoler. Pour lui, il n’y avait qu’elle qui comptait.

-          « Casses-toi pauv’ con ! » lui envoya-t-on depuis l’habitacle d’un véhicule, pressé.

 

Alors le jeune homme bien docilement s’exécuta. Il traversa la rue claudiquant tenant la petite fille bien serrée contre lui. Dans cette rue, le calme revint. Les gentils gens passaient et repassaient comme si rien de ce qu’ils n’avaient pas voulu voir n’était arrivé.

 

-          « Hep-là ! » l’interpella-t-on aussitôt eut-il le pied posé sur le trottoir d’en face.

 

Le jeune homme se retourna pour voir, deux francs chevaliers accourant vers lui la main sur leur arme de service.

 

-          « On nous a dit qu’on vous avait tabassé ? Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?! »

-          « Les gens ont mal vus : je suis tombé, Monsieur »

-          « C’est pour ça que vot’ visage est en sang et que vot’ petite sœur pleure de cette façon, on a dit qu’elle hurlait que… »

-          « Ma fille…a eu peur…et je crois que moi-même je lui ai fait très peur et peut-être même un peu mal en tombant. On va soigner ça et ça ira mieux après, pas vrai ? ». La petite fille ne répondit pas, elle se serra contre lui.

-          « Ça va, petite ? » lui demanda alors l’un des deux chevaliers tendant la main vers elle comme pour la toucher.

-          « Ne vous approchez pas d’elle et ne la touchez jamais sans mon autorisation… » s’interposa aussitôt le jeune homme « si vous vouliez faire autre chose que rester planqués c’était il y a cinq minutes pas maintenant…si vous permettez, j’aimerai soigner ma fille ». A son regard, froid qui, pour eux, en disait long sur ce que ce jeune homme devait penser, ils reculèrent.

-          « Si on a des questions à… »

-          « Je suis simplement tombé et vous, vous avez des questions à me poser…ok…soit vous m’emmenez et là vous devrez expliquer pourquoi vous n’avez rien fait alors que vous étiez sur le coin en train de regarder comme tous les autres soit je m’en vais et rien de tout ça n’est arrivé. Vous choisissez quoi ? ». Les deux francs chevaliers se regardèrent et n’écoutant que leur courage infini l’un des deux répondit :

-          « Le sol est glissant par endroit soyez prudent ! »

 

 

Le jeune homme, tenant bien serrée sa petite fille contre lui, s’en alla et disparut parmi tous  ces gentils gens bien intentionnés.

 

Plus tard, dans la soirée, le jeune homme et la petite fille étaient rentrés chez eux, dans l’un des nombreux immeubles de cette grande ville. Un bel immeuble jadis, qu’on laissait pourrir aujourd’hui. Car ceux qui y logeaient n’étaient pas dignes du moindre intérêt, de la moindre compassion. Ils n’étaient là que pour payer un loyer, justifier de sa perception. Parfois, ils permettaient de satisfaire la volonté du bailleur qui n’en était propriétaire que lorsque celui-ci devait justifier de sa conformité auprès d’assurance peu regardante.

 

Et dans ce petit appartement meublé confortablement même si les meubles dataient. Dans cette mignonne petite chambre où les licornes régnaient en maîtresse absolue sur le rose qui en recouvrait, généralement, les rêves, le jeune homme était agenouillé sur le sol. Appuyé sur le bord de ce petit lit, il caressait affectueusement le visage rougi de sa fille. Ses yeux encore humides trahissaient la peur et l’angoisse, sa déception, son chagrin. Elle ne parlait plus de son cadeau que les quatre petits roquets lui avaient volée. Elle ne parlait plus des jeux auxquels elle voudrait jouer, des films qu’ils pourraient regarder ou des après-midi qu’ils pourraient avoir tous les deux à jouer à la console comme elle ne cessait de le répéter quelques heures plutôt. Elle ne parlait plus tout simplement.

Son regard, ce regard qu’elle avait maintenant, il ne lui connaissait pas. Il avait l’impression d’avoir une autre petite fille devant lui. Une petite fille dont on avait extrait, volé la petite lumière qu’elle avait dans les yeux et qu’on l’avait remplacée par une sorte d’affreuse obscurité.

 

-          « Tu vas pas me laisser toute seule ? »

-          « Tu sais bien que jamais je ne ferai ça…[il lui caressa le visage]…tu sais quand je t’ai vue pour la première fois, instantanément tu as tout changé comme ça, d’un coup…[il lui effleura le bout du nez du doigt]…Pouf !...Tu avais l’air si fragile. On aurait dit une toute petite poupée avec de gros yeux tout bleu…et moi tu sais je n’étais pas…[il baissa la tête]…mais tu as tout changé. Et…je t’ai dit que tu avais l’air d’être tellement fragile mais…mais…c’est pas toi qui l’étais c’était moi. Et d’un coup, comme ça, sans que je comprenne pourquoi ou…comment, tu m’as donné une force que je n’avais pas, que je croyais ne pas avoir…que je n’aurai jamais eu si tu n’avais pas été là…et…depuis, tous les jours tu me rends plus fort, meilleur. Et je ferai tout pour te protéger. Tu es tout ce que j’aie, tu es ma petite toute petite princesse et je t’aime de toutes mes forces…[il lui caressa alors délicatement la joue comme si elle était le plus grand des trésors que le monde n’ait jamais porté]…jamais je ne laisserai quelqu’un te faire du mal et si jamais quelqu’un y arrive quand même alors crois-moi il le paiera, ça je te le jure ».

 

La petite fille se pelotonna alors contre lui.

 

-          « Tu crois que le Père Noël i’ va me ramener une autre console ? »

-          « Tu perds pas le nord toi, hein !».

 

Il lui fit alors un gros poutou dans le cou, qu’il la fit sourire puis rire. Même si ce rire n’était tout à fait pas celui qui était le sien, il n’avait pas disparu. Et c’était à lui qu’il appartenait de faire en sorte qu’il ne disparaisse pas, qu’il ne disparaisse jamais.

 

Et alors qu’elle s’endormait dans ses bras, le regard de ce jeune homme et jeune père, aujourd’hui, changea. Il passa du regard d’un homme qui regardait un ange à celui d’un homme qui se laissait envahir par le démon.

 

 

Toute cette nuit-là alors que la petite fille dormait, lui il resta derrière la fenêtre de cette chambre fixant les lumières nocturnes de cette grande ville. Cogitant, réfléchissant, il revivait cette journée encore et encore pour tenter de revoir leur visage, de comprendre comment ils avaient fait, comment ils faisaient parce qu’ils n’en étaient pas à leur coups d’essai. C’étaient certainement des habitués. Et ils allaient forcément recommencer peut-être pas tout de suite. Peut-être pas dans la même rue. Mais ils allaient recommencer. Il lui faudrait, seulement, être un peu patient.

 

Dans les jours qui suivirent, il arpenta les rues de ce beau royaume, de cette grande ville. Il parcourut les échoppes illuminées, croisant le regard de tous ces gentils gens, qui ne lui inspirait que l’indifférence le plus souvent de la répulsion. Il guetta dans l’ombre, observa.

 

Et en cherchant…

 

Au détour d’une rue, alors que ses blessures étaient pratiquement guéries, qu’eux avaient oublié depuis bien longtemps ce qu’ils lui avaient fait, il croisa le regard d’un jeune garçon qu’il ne pouvait oublier.

A ce moment-là, les petits prédateurs devinrent proies. Il ne les lâcha plus des yeux. Lorsqu’ils agressèrent une femme et sa fille pour leur portable et qu’ils leur arrachèrent leurs sacs les laissant à terre sur le trottoir. Il ne broncha pas. Lorsqu’ils s’enfuirent. Il ne fit que les suivre. Lorsque marchant dans les rues ou traversant une friche industrielle, que l’un fanfaronnait, lui ne fit que les observer. Loin. Dans l’ombre. Il ne les quittait plus des yeux. Eux qui se croyaient prédateurs, forts et puissants n’étaient déjà plus que proies sanguinolentes et agonisantes.

 

Il les suivit jusqu’à un HLM de banlieue, aussi pourri que celui qu’il occupait avec sa fille. Ils y entrèrent en petits roquets et caïds. Il les y suivit et entra alors dans ce vaste royaume qu’était celui du Roi, du Seigneur Milclock.

Ils prirent l’ascenseur jusqu’au septième. Il attendit là au rez-de-chaussée sous le regard d’autres jeunes qui se demandaient bien qui il pouvait être et ce qu’il avait à les fixer comme ça. Mais aucun n’eut le courage de venir lui poser la question. Son regard était tellement froid, tellement vide qu’il aurait fait peur à n’importe qui, et surtout à la plus téméraire de ces petites brutes qui devait encore faire pipi au lit.

Aucun ne vint le voir. Aucun n’osa le regarder plus de deux secondes et lorsqu’il monta dans l’ascenseur, tous eurent ce sentiment d’avoir échappé à quelque chose. Mais cela ne les empêcha pas de rigoler en prétendant qu’ils lui auraient bien cassé sa putain gueule d’enfoiré.

 

Alors que cet ascenseur bringuebalant, grinçant, claquant, montait inexorablement, un autre que lui en aurait eu le cœur affolé, les tripes retournées. Et avant qu’il ne soit arrivé à destination, il serait redescendu pour faire machine arrière. Mais lui non. Ce n’était pas dans ses intentions. Depuis longtemps, il ne ressentait plus ce genre de chose. Plus de peur, plus de culpabilité, plus de regrets, pas de remords. Uniquement de l’amour pour sa fille et de la haine pour tous les autres. Et eux, ici, tous, quels qu’ils soient lui avaient fait du mal. Sa haine n’avait pas de nom, sa colère n’en était plus. Mais sa détermination grandissait à chaque étage comme son envie de les voir souffrir, saigner, hurler pour ce qu’ils lui avaient fait, à elle.

Il savait qu’ils n’auraient pas affaire qu’à des petits roquets surexcités. Certainement à des rottweilers dopés à la testostérone, sans doute à quelques pitbulls adeptes du combat de rue peut-être aussi. Mais ils étaient tous sous le contrôle d’un seul et même un maître. Ils ne faisaient qu’obéir comme des abrutis sans conscience à leur grand et bon Roi. Mais lui aussi était, désormais et depuis fort longtemps, un Roi.

 

Enfin, il arriva au septième. Un autre que lui ce serait sans doute dit que sortir de cet ascenseur serait un point de non retour, qu’à partir du moment où il ferait un pas à l’extérieur de cette boite métallique, il devrait aller jusqu’au bout, quoi qu’il arrive et quoi qu’il lui en coûte. Mais lui non. Il ne se posait pas ce genre de question. Il n’avait pas ce genre de réflexion.

Lorsque l’ascenseur stoppa, il en sortit. Aussitôt, un petit aboyeur en survêtement et casquette retournée essaya de lui parler, de lui demander ce qu’il foutait là, putain !

Mais il n’en eut pas le temps. Comme il n’eut pas le temps de voir la lame qui lui trancha net la gorge. Il eut seulement le temps se sentir le sang jaillir de son cou, de sentir la vie le quitter aussi vite que le sang pissait hors de lui. Il s’écroula sur le sol baignant dans son propre sang.

Le jeune homme avança dans le couloir. Une voix hurla qu’on venait de buter l’un des roquets. Une ombre surgit derrière lui. Le jeune homme se retourna. La lame de son couteau se planta dans le visage de ce petit roquet-là qui en perdit aussitôt sa casquette. Le jeune homme regarda la lame de son couteau qui traversait les joues de ce jeune garçon, sa langue. Il le regarda dans ses yeux écarquillés. L’autre convulsait, tremblait de partout. D’un coup sec, il enleva cette lame de son visage. Avant que ce jeune roquet ne touche le sol, sa langue y tomba s’entortillant sur elle-même.

Lui, ce jeune homme, continua sa route vers cet appartement qui embaumait tout le couloir des effluves acres qui s’en dégageaient.

 

-          « Tu veux quoi, toi ! Là ! » lui lança encore l’un de ces jeunes roquets.

-          « Je veux voir ton chef, j’ai quelque chose pour lui »

-          « Alors tu m’ le donnes ! Compris ! Là ! »

-          « C’est toi qui vois ».

 

D’un coup, ce jeune roquet sentit une douleur atroce venir se planter dans son menton. Il sentit sa mâchoire se serrer. Il sentit ses dents se racler les unes les autres. Il aurait voulu hurler mais il ne pouvait plus desserrer les lèvres. Il ne sentait plus que le goût du sang dans sa bouche. Il ne sentait plus rien d’autre que ce liquide épais et visqueux envahir sa gorge. Et la douleur fut encore plus insupportable quant il sentit cette lame tourner et l’attirer avec elle.

 

Dans cet appartement envahi par la fumée de mauvaises clopes, par les effluves de transpirations mêlées aux odeurs acres des pétards et des putes en chaleur dont la moiteur des cuisses aurait pu éteindre n’importe quel incendie, ce jeune homme entra. Là, dans ce royaume d’une quarantaine de mètres carrés, utilisant son couteau comme un joystick pour diriger le jeune roquet devant lui, il le jeta au sol, comme le présent d’un roi à un autre.

 

-          « Ôh, mô quéske ! Putaine !... » s’écria le Roi Milclock qui, d’un coup, se pétrifia de voir le sang de l’un de ses jeunes roquets remplir ses vieilles savates trouées.

 

L’un des nombreux petits roquets présents dans cet appartement se jeta sur le jeune homme. Il s’empala d’un coup sec sur la lame du couteau. Le jeune roquet se mit à trembler de tout son corps avant qu’un flot de sang noir ne se dégueule de sa bouche, et qu’un flot de pisse ne se répande sur le sol.

 

Voyant cela, l’un des autres petits roquets se mit à reculer et d’un coup à fuir cet appartement. Bientôt, il fut imité par un autre, puis un autre, puis encore un autre jusqu’à ce que tous ceux qui entouraient le bon Roi l’abandonnent. Ce fut alors que, fuyant, croisant ce jeune homme, l’un d’eux, d’un coup, sentit une pression sur sa gorge. Il sentit ses doigts s’enfoncer dans son cou. Il n’arrivait plus à respirer. Il essayait d’happer de l’air. Mais rien n’entrait plus dans sa gorge.

 

-          « Toi tu ne vas nulle part on va causer après » lui murmura alors le jeune homme juste avant de lui calquer la tête contre la table en formica sur laquelle trônaient bières, chit et clopes.

 

Le roi de ce vaste domaine sentant son pouvoir décliner et, d’un coup, ruisseler entre ses couilles, hurla au molosse encore à ses côtés d’aller mordre ce « pouti enefoiré ! ». Mais son regard se figea. Le jeune homme tendait la main droit devant lui. On aurait dit qu’il voulait attraper quelque chose d’imaginaire, peut-être même se prenait-il pour un Jedi. Etait-il complètement taré se demanda le Roi Milclock sur le visage duquel commença à se dessiner un large sourire.

Mais soudain, il entendit des sortes de gargouillis qui venaient d’à côté de lui. Il tourna alors la tête, regarda son molosse qui se tenait la gorge. Des bulles de sang éructaient de sa bouche. Le molosse tomba alors à genoux devant son bon roi qui se recroquevilla sur sa chaise, son trône. Alors le molosse vomit la lame qui s’était plantée dans son cou, son sang ruissela jusqu’à ses pieds. Il s’écroula.

 

-          « Quoua tou veusques ! Dje dône tou à toua !... » hurla sa royale majesté Milclock « quoua tu veusques ! Quoua que t’es ! »

-          « J’étais un petit pantin de bois et une petite fée a fait de moi un vrai petit garçon. Comme le génie de la lampe j’ai promis d’exaucer le moindre de ses désirs pour que jamais elle n’ait à souffrir. Mais toi et tes bébés chihuahuas, vous l’avez plongée dans les ténèbres. Sa douleur, sa tristesse ont réveillé le démon qui y sommeillait. Et je suis ce démon »

-          « Dje peux éder toua…si, si, dje assoure toua, dje peux éder. Dje peux éder toua. Je croua que toua tres melade dans tone tête ! »

-          « On a tout fait pour ça, Tovaritch ! ».

 

Le jeune homme laissa alors glisser la lame de son couteau sur la poitrine du Roi qui transpirait à grosses gouttes.

 

-          « Fé pô sta ! Fé pô sta !... » lui implorait le Roi sentant cette lame appuyer contre sa peau « dje peux faire toua ritche, bôcoup ritche ».

-          « C’est vrai ce que tu dis ? »

-          « Oué, oué, dje montre à toua ! Dje montre à toua ! » acquiesçait frénétiquement Milclock repoussant doucement la lame de sa poitrine.

 

D’un coup, il hurla. Le sang gicla de sa main. Cette lame venait de lui sectionner trois de ses doigts.

Puis, lentement, elle reprit son chemin sur sa poitrine tandis que le Roi hurlait suppliant, assurant le jeune homme qu’il pourrait faire de lui un homme riche. Mais il n’en avait rien à faire de son fric. Ce qu’il voulait c’était que ce lâche qui utilisait des enfants pour obtenir ce qu’ils voulaient, qui avait été jusqu’à blessé sa fille pour ça, pour une console de jeux souffrait autant qu’elle. Elle, qui avait espéré ces dernières semaines, elle qui avait fait des efforts à l’école pour ça. Il voulait qu’il souffre comme elle avait souffert. Et rien au monde n’aurait pu le détourner de ça.

 

Sa lame alors s’arrêta sur la gorge du grand et bon Seigneur qui, désormais, n’en était plus un. Il pleurait et pleurait, suppliait et suppliait.

D’un coup, la lame s’enfonça dans sa joue, racla ses dents, déchira la chair de son visage en un flot de sang. Le bon Seigneur tomba alors de son trône essayant de crier, de dire quelque chose. Il se traina sur le sol, vers sa cuisine que sa petite cour avait déserté. Il n’y avait plus, là, que la douleur pour lui.

Il se mit à ramper sur le sol. D’un coup, il sentit la lame du couteau s’enfoncer dans son dos, le labourer comme une charrue un champ. Une fois. Deux fois. Encore et encore. Et pourtant, malgré ses gémissements sourds, il continuait à ramper sur ce sol qui se couvrait de son sang.

Peut-être voulait-il attraper une arme. Peut-être voulait-il autre chose. Peut-être y avait-il là-bas dans cette cuisine quelque chose qui, pensait-il, pouvait encore sauver sa vie.

Tout à coup, il sentit un poids peser sur lui. Il sentit alors entre ses jambes la froideur de cette lame se glisser, s’insinuer. Et le Roi pleura. Il hurla alors d’un coup sentant ses couilles se détacher de lui.

 

-          « Pleures pas. elles ne te servaient à rien de toute façon…[le jeune homme se souleva de lui, fit quelques pas pour s’accroupir devant ce roi hurlant]…je crois que tu as compris maintenant : c’est ton dernier jour. Tu vas mourir. Ta souffrance va bientôt s’arrêter. Mais celle que tu as infligée aux autres va te survivre. Elle va vivre en eux très longtemps, peut-être même toute leur vie…c’est ce que tu laisses au monde, tu crois que ça en valait le coup ? Dis-moi ? ».

-          « Dje…Aaaah !...Dje… »

-          « Les gens comme toi ne comprennent jamais même quant il est trop tard. C’est sûr ils regrettent…sur leur lit de mort. Ils demandent pardon. Ils crient. Ils pleurent. Mais ils ne méritent rien de tout ça parce qu’ils pètent de trouille. Tu n’es qu’un lâche, un pauvre lâche de merde qui se traine sur le sol d’une cuisine minable où il va crever tout seul ».

 

Le Roi Milclock pleura alors à chaudes larmes, pleura toutes les larmes de son corps, pleura sa souffrance, hurla sa douleur.

 

D’un coup, la lame du couteau se planta dans sa tête, cassa ses os, déchira sa chair jusque dans cette bouche qui avait ordonné et fait tant de mal. Sur le sol de cette cuisine, le Roi s’affala, son corps inerte déversant le peu de sang qu’il contenait encore.

 

Le jeune homme regarda la vie s’enfuir hors de lui, éteindre son regard.

 

Enfin, comme Souffrance juste avant elle, Vengeance fut satisfaite. Il n’éprouva rien d’autre que du soulagement devant ce corps inerte. Jamais plus ce triste roi ne ferait de mal à quiconque. Plus jamais. 

 

Tout à coup, le jeune homme sentit un poids se ruer sur lui. Gunz tenta de le frapper mais cette fois le jeune homme était prêt. Il bloqua son coup et le retourna contre lui. Il l’envoya valdinguer. Son corps se fracassa contre les vieux éléments de cette cuisine. Gunz tomba alors au sol. D’un coup, ces éléments se décrochèrent du mur. Ils déversèrent des liasses de billets de cinquante euros. Ces liasses grâce auxquelles Milclock pensait avoir la vie sauve. Mais elles ne firent que se répandre dans le sang et la pisse.

 

Le jeune garçon se releva du sol, attrapa un couteau et regarda le jeune homme devant lui qui lui dit :

 

-          « Réfléchis bien à ce que tu vas faire maintenant. Soit tu lâches ce couteau et tu vis pour tenter de devenir quelqu’un de bien ou de pas trop mal dans ton cas soit tu finis comme lui. Ici et maintenant. A toi de choisir ! ».

 

Il resta là à le regarder, à lui laisser le choix. Gunz regardait ce fric. Tout ce putain de fric par terre. Il pourrait l’emporter. Il pourrait être, lui aussi, un roi. Un roi putain ! Il leva les yeux vers ce jeune homme, devant lui, qui le regardait, froid, dur, prêt à le terrasser, prêt à le détruire. Gunz soutint alors son regard, serra la main sur le manche du couteau qu’il tenait. Prêt.