CONTE 5

 





Conte 6 

Belinda Laddhyn et le Trèfle Magique      γ

                                                                                                                                   


Pour que ce soit clair entre nous, une fois de plus, je n’ai jamais vécu un truc de ce genre. Autrement, faut être logique je ne serai pas ici en train de perdre mon temps avec vous…euh…enfin je veux dire en train d’écrire ce livre passionnant autant que divertissant, c’est ça que je voulais dire. Me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est dingue que vous soyez comme ça hein ! C’est de ma faute peut-être si vous prenez la mouche à chaque fois que j’ouvre la bouche ! Hein ! Vous croyez que c’est une relation saine, ça ! Hein ? ! Vous croyez que j’ai pas envie d’avoir quelqu’un qui me comprenne, qui fasse des câlins ou qui me gratouille le ventre aussi ! Hein !...bon…bref on arrête là, je veux pas me disputer aujourd’hui, mais avouez hein !…enfin bref… je suis content d’être là, vous aussi, le pape aussi et tout le saint-frusquin aussi ! Nous voilà bien et bien content d’être là ! On est bien là !…Ça fera marcher l’industrie du mouchoir en papier…et croyez-moi vous allez en avoir besoin ! Bon, un petit conseil si vous en avez pas sous la main, du Sopalin ça marche aussi…voilà, voilà…on va y aller hein !...euh…vous croyez pas que je vais vous dire comment faire ! A votre âge ! Enfin ! Je vous laisse regarder sur internet…mais non pas tout de suite ! Enfin ! Prenez le temps ! Savourez ! Installez-vous confortablement ! Voilà, allons-y maintenant !...euh...lavez-vous les mains quand même avant !

 

 

Le 1er juillet 2017. Ce serait un samedi...oui je vous ai pas dit, désolé ça m’a échappé je suis devin. Divin, vous diriez ? Oui, c’est vrai vous avez bien raison. Je vous aime…clin d’œil…clin d’œil…mon p’tit chou, je t’aime ! Tu fais tout pour te rattraper, hein ! Ouh ! Si t’étais là qu’est-ce que je te mettrai !

 

Cette date avait déclenché en elle une alarme. Ce jour-là, tout en elle mourait. Ce jour-là tout pour elle s’arrêterait. Alors elle avait décidé de profiter autant qu’elle pouvait de tout ce qu’elle pouvait. Et ça, parce qu’elle le pouvait. Et elle en profitait la salope ! Oh, putain, vous avez pas idée !...euh…chuuut non, non…chuuuut…non pas de polémiques...chuuut…on est tous des salopes…attention nouveau slogan : « je suis salope ! »...ça vous va comme ça…eh ben, vous êtes pas qu’un peu démago vous ! Jusqu’au fond, hein !

 

Quand elle sortait de son bureau, que ses pas claquaient dans les couloirs de l’école d’infirmière où elle travaillait, où comme conseillère formation elle passait ses journées, où que, de son déhanché, les murs tremblaient, que, dans son chemisier largement décolleté, en rythme, ses seins pointus sautillaient, caleçons et petites culottes se mettaient à tressauter…oh putain je suis déjà fait dessus pas vous ?...euh…pfff, je plaisante pfff ! Franchement ! Pour si peu !

Tous la regardaient…oh, oui, t’es d’la bombe bébé !...Hommes, femmes…euh…y parait qu’il y a un troisième sexe mais je sais pas comment c’est qu’il s’appelle alors pardon si vous êtes né(e) avec ce sexe-là…euh…moi le mien je l’appelle Jean-Paul le Popol…oui il est enchanté de vous rencontrer ! Et même de vous serrer la main je dirai…euh…i’ pousse le bouchon trop loin Maurice ?...euh…pardon…tous se seraient damnées pour pouvoir la toucher, l’embrasser…et pas que…Les lunettes s’embuaient, les caleçons se…Vous avez compris, c’est bien ça ! Que vous devez être fier de vous ! Moi je le suis…bisou, bisou !

 

Mais, bien sûr, sa beauté, sa gentillesse à peine déguisée, sa politesse, son sourire à peine forcé, son masque jamais levé, faisait à dire à tous qu’elle, elle n’était pas comme ça, elle. Elle ne pensait pas qu’à ça, elle. Elle n’en avait pas besoin, elle. Mais lorsque la nuit venait, la volupté l’emportait, ses sens s’exerçaient à la sensualité lorsque son doigt…euh…non espèce de dégueulasse, pas de ça ici hein !...glissait sur l’écran de son portable alors ses démons se réveillaient. Les photos défilaient jusqu’à ce que cela matchait…euh…petite seconde… AAAAAAAAAAAH ! Putain j’en ai marre de ces rimes en « é » j’suis encore une fois coincé ! aaaaaaaaah !...pardon pour ce petit interlude…mais ça commence à me faire chier…aaaah ! Ça va pas me lâcher !....euh…pardon…

 

Et là, pour elle, la soirée commençait. Elle se douchait, s’apprêtait, s’habillait, se maquillait et elle s’en allait...Oh putain, je suis vraiment coincé ! Oh putain qu’est-ce que j’ai ! J’arrive pas à m’arrêter ! S’il vous plait, faut m’aider ! Je suis complètement décâblé ! Pourtant, Yoda j’ai pas bouffé ! Oh Mon Dieu, qu’est-ce qui va m’arriver ? Peut-être qu’avec un marteau la tête je devrais me frapper ? Vous croyez ? Si vous le dites alors j’y vais ! Alors Ok ! Ok !....Attention, j’y vais !...à la une et…à la deux et…et…non mais ça va pas dans votre tête de saleté ! Vous croyez vraiment que je le ferai ?…Mon dieu…mon dieu…euh…sans vouloir trop vous déranger…si une minute vous avez…vous pourriez appeler les pompiers s’il vous plait ? Je crois que je me suis fait bobo dans ma serviette…ça fait mal, ça fait mal tout du coup…mon vieux de Dieu c’est quoi tout ce sang, c’est pas le mien hein ? Dites-moi que ce n’est pas du chien, je vous en soupelette…kites-voi que tu vas bien tout avaler ! Dans mes bras prenez va voi ! vous vlez ? vin !

 

 

Je fais juste une parenthèse ici pour vous informer que je reprends ici, aujourd’hui, l’écriture de ce truc qui me bouffe la santé…enfin...bref…j’ai eu un petit accident de bricolage on va dire...rien de bien grave rassurez-vous…non ça n’a rien à voir avec ce que j’avais écris dans les lignes précédentes c’était juste pour plaisanter…oui, plaisanter…mais juste au cas où…je sais que ça peut peut-être servir certains d’entre vous un peu bricoleur comme moi…euh…comment dire ça…n’écoutez pas les conneries des autres ça va vous foutre dans la merde ! Surtout qu’il y a pas un de ces cons qui a appelé les pompiers ! Et c’est foutu qu’à son portable ça !...Euh...enfin…voilà…c’est dit ! On peut reprendre alors où c’est qu’on en était…mon dieu non je sens que ça va recommencer !

 

Enfin, elle arrivait dans un bar ou dans un autre. Elle entrait, jouant de son déhanché. Elle allait s’asseoir au bar. Et elle commandait un verre, quelque chose de bon et de sucré, genre avec une cerise dénoyautée…je suis désolé mais je vais devoir me flinguer ! Je peux plus le supporter !

Et alors qu’elle dégustait son verre, suçant cette cerise dénoyautée, elle attendait qu’un de ces mecs...sales chiens, va !...vienne à elle croyant la harponner alors que c’était elle qui les pêchait.

Un verre vite pris, une caresse sur le zizi…euh…je sais pas on peut dire « zizi » dans un livre…verge ? Pénis ? Couilles ? Bite ? Queue ?...euh…« gland » c’est vulgaire, hein ?…on peut dire tout ça ? Ohlala, je sais pas, moi !

 

Sa recette était invariablement la même.

 

 

 

 

Ma chère Maïté…

 

Prenez un bon gros « moi-je me-la-pète-parce-que-je-fais-de-la-gonflette » de soixante-dix à quatre-vingt dix kilos plutôt bien sapé. Vous en trouverez dans n’importe quel bon bar…sauf en période de confinement ou de reconfinement ou de rereconfinement. Rassurez-vous, vous pouvez vous reporter sur les réseaux sociaux, les sites de rencontre et les applis vous ne serez jamais en manque de ce genre d’ingrédients parfois collant aux dents…Placez deux mamelles bien fermes, bien bronzées et bien gonflées devant lui, laissez mijoter quelques secondes, quelques minutes si vous avez ajouté quelques centilitres de bières. Vous éviterez les jours de foot et de « Game of Throne ».  Une fois que le mélange commence à monter. Souriez et rigolez comme une conne aux blagues et autres jeux de mots débiles…faut pas être trop difficile non plus, ah c’est de la bonne et grosse bouffe, pas de la bouffe gastronomique, ça c’est sûr !…ensuite, il n’y a plus qu’à faire chauffer le four. Pour cela, deux méthodes s’offrent à vous : la vôtre ou la sienne, s’il ne s’y prend pas trop mal. Notez que vous pouvez quand même le guider s’il se trompe de voie ou le remettre sur le quai de la gare s’il s’égare. Tout dépend de vos envies, vous pouvez agrémenter de quelques gouttes de gel si malheureusement le four peine à chauffer. A vous de voir. Ensuite, il n’y a plus à enfourner le tout. Attention cependant, à toujours envelopper votre préparation d’un film protecteur allant au four et normé NF voire CE dans le pire des cas. Sinon votre préparation risquerait de se transformer en petite brioche ou en une grosse cloque cracheuse de pue ce qui risquerait d’endommager vos préparations ultérieures. Une fois tout cela accompli, il ne reste plus à vous placer au-dessus de cette préparation remontée si vous souhaitez la déguster avec plaisir de la façon dont vous le souhaitez ou en dessous si vous voulez être dégustée sans trop de plaisir ou alors par inadvertance de son plein gré. Si bien sûr le soufflet ne retombe pas en cours de route…là je voudrais juste préciser que ça arrive à tout le monde ça un jour ou l’autre…Ensuite, il n’y a plus qu’à savourer ce doux plaisir durant les quelques minutes que cela durera...euh…rassurez-moi, ça doit jamais durer plus que ça, hein ? Quelques minutes ? Enfin quand je dis quelques minutes, bouya ! Je dis ouh-la ! Ouh-la ! Dix minutes, au moins ! Quinze ? Vingt ? Pas trente quand même ! C’est pas possible, C’est pas humain !...euh…s’il vous plait soyez franc !

                                       

 

Et vive Meetoo bien sûr !

 

 

Parfois, même, quand elle avait de la chance, elle tombait sur un mec qui savait s’y prendre. Elle le sentait tout de suite quand elle tenait son sexe dans sa main. Quand elle le caressait. Quand elle le sentait durcir tandis qu‘il se mettait à enfoncer sa langue dans bouche, à presser ses seins et qu’il abaissait son soutien-gorge pour les lécher et les sucer. L’un de ceux-là savait comment s’y prendre pour la caresser. Il enfonçait sa main entre ses jambes, la caressait par-dessus son string, puis y enfonçait sa main. Et tandis qu’elle caressait son sexe, si dur, lui il caressait son clitoris et enfonçait son doigt en elle jusqu’à ce qu’elle mouille. Et elle n’avait alors plus une envie qu’il la prenne. Qu’il caresse son clitoris avec son sexe tellement dur et que, d’un coup, il la pénètre, sauvage, qu’il s’enfonce en elle encore et encore, qu’il la chevauche, qu’il la cogne contre cette cloison ou ce mur jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus, jusqu’à ce qu’elle se mette à gémir, à hurler cette délicieuse douleur. Elle voulait qu’il continue à s’enfoncer en elle plus fort, plus vite. Elle voulait qu’il lui fasse mal, qu’il la déchire. Elle sentait ses couilles frapper sur son clitoris. Elle sentait sa queue entrer en elle, sortir, tellement dure. Si dure, qu’elle avait l’impression d’avoir une barre d’acier en elle. Elle la sentait racler, écarter les parois de son vagin, lui provoquer cette douce douleur. Et elle en voulait encore plus. Encore. Elle voulait jouir. Elle voulait se sentir jouir. Plus fort. Parfois, elle pressait et pinçait tellement fort son clitoris qu’elle se mettait à jouir comme si elle éjaculait. Là, elle se laissait hurler, plus encore, tandis que l’un ou l’autre de ces mecs la secouait toujours, que sa queue était toujours en elle. Qu’elle entrait et sortait d’elle encore et encore. Tellement dure. Tellement fort. Elle hurlait. C’était un délicieux supplice. Elle avait l’impression, parfois, qu’elle allait mourir que son cœur allait s’arrêter. Et elle en redemandait encore et encore jusqu’à ce qu’il en ait terminé...euh…vous voulez des mouchoirs en papier ou ça ira ?...euh...essuyez pas vos doigts dans les pages, c’est dégueu ! Quelqu’un d’autre que vous pourrait avoir envie de lire ce livre…euh...brisez pas mes rêves !

 

Une fois qu’il était reparti vers ce bar et son verre, fier de lui, et de sa prestation qu’il s’empresserait de raconter, elle, elle restait là, seule, regardant parfois le ciel…c’est surtout qu’elle n’était pas sûre de pouvoir marcher tellement elle avait eu son cul de défoncé...enfin parfois parce que d’autres,  elle restait seule dans les chiottes pour en finir…toute seule.

 

Ce soir, elle se sentait soulagée, satisfaite. Elle avait eu ce qu’elle voulait, elle avait le sentiment d’avoir profité de ce qu’elle pouvait. Alors qu’elle regardait ce ciel étoilé, un drôle de sentiment naquit en elle. Elle n’aurait su dire ce que c’était. Mais, comme bien souvent, il ne la quitta plus jusqu’à ce qu’elle soit rentrée chez elle, toujours seule, jusqu’à ce qu’elle se soit déshabillée et ait jeté ses vêtements dans la corbeille de linge sale.

Là, généralement, elle sentait cette odeur dégueulasse sur elle, cette odeur de crevette pourrie qui envahissait chaque pore de sa peau. Elle avait tellement l’impression d’être salie, comme si sa peau cuivrée était recouverte de crasse puante et collante. Parfois, elle se frottait frénétiquement, parfois jusqu’au sang. Ces fois-là, elle finissait au fond de sa douche, recroquevillée sur elle-même attendant que le jour se lève...oh pauvre petite chose qui chiale parce qu’elle s’est faite défoncée comme une grosse salope !...euh...oui…euh…ah tiens ! Je vous ai pas dit qu’elle était à poil ? Autant pour moi. Regardez bien, on voit un petit bout de son sein droit qui pointe un peu comme Milla Jovovich dans « Resident Evil », le premier film, quand elle sort de sa douche avant de passer son peignoir…euh…non je suis pas un pervers…j’ai juste un œil aiguisé et très affûté dans ce domaine…euh…passons…merci…merci Milla !

 

Elle savait que tout ça, ce n’était qu’une illusion. Une illusion qu’elle s’était créée pour avoir l’impression de décider de son destin, de sa vie. Une illusion pour avoir l’impression d’exister…là je dis merci à mon psy : le contrôle est une illusion qui m’a dit…euh…ça marche pas si on est en voiture…faut pas lâcher le volant ! Jamais !...Bientôt, dans quelques mois, elle ne déciderait plus de sa vie. Elle ne serait plus libre de ses choix, de ses envies. Bientôt, elle ne choisirait même plus les vêtements qu’elle porterait ou ce qu’elle mangerait. Elle n’aurait plus son mot à dire. Elle n’aurait plus qu’à subir ce qu’on voudrait bien lui faire subir. Bientôt, elle ne serait plus qu’une marchandise, vendue par son propre père. Vendue à un homme lui grimperait dessus quelques heures, à peine, après l’avoir rencontrée sans qu’elle ne soit vraiment consentante et sans même chercher à lui donner un peu de plaisir. Elle ne serait alors plus qu’un trou où sa queue rentrerait, dès qu’il en aurait envie et d’où les gosses sortiraient. Des gosses qui la traiteraient comme une merde s’ils étaient des garçons ou à qui elle devrait apprendre à fermer leur gueule, à faire la bouffe et écarter les jambes si elles étaient des filles. Peut-être même qu’elle devrait accepter de les laisser se faire mutiler pour plaire à leur père et au futur mari qu’il leur choisirait en fonction de ce que les futurs beaux-parents voudraient bien lui larguer…fric, chèvres, chameaux, Yala ! C’est cadeau !...euh…pour éviter toute polémique non je ne suis pas raciste...et puis la loi est claire en France : tout ça, ça n’existe pas puisque le mariage forcé est illégal donc…y a pas de soucis ! Non ?! Tout va bien, c’est que de la fiction ! Un peu comme la prostitution ou le trafic de stupéfiant…ben quoi ! C’est vrai tout ça, ça n’existe pas ! Par contre, et je ne crois pas me tromper en disant que le Yeti, lui, il existe ! Il a même chouravé le chat de la mère Michelle, pour vous dire ! Hein ! Cet enfoiré ! Mais bon comme c’était pas avant les élections c’est pas grave ! Tout le monde s’en fout !

 

Et tous ces cons qui la zyeutaient, tous ceux qui se caressaient le zgeg en la croisant, tous ceux qu’elle avait baisés, tous ceux qu’elle recevait en entretien, tous ces pauvres cons à la ramasse, ne sauraient jamais ce que c’était. Ils ne sauraient jamais ce que cela faisait de n’être qu’une marchandise dont tout le monde se foutait. Tous n’étaient, pour elle, qu’un tas de cons incapables de comprendre. De la comprendre. Comme ce pauvre connard de merde à la gueule défaite et déconfite assis sur cette chaise qui attendait comme un pauvre imbécile qu’elle ne le reçoive pour l’écouter chialer sur son pauvre sort de merde….euh…dites donc ma chère petite Dame, que vous allez vite en besogne vous alors !…euh…j’aurai du mieux choisir mes mots, je suis maladroit quand même. Je me tais, promis !

 

Connard !

 

-          « Monsieur Hayllon ? Enchantée. Je suis Belinda Laddhyn, je suis conseillère formation…c’est moi qui vous reçois aujourd’hui. On y va ?» lui dit-elle de son plus beau sourire.

 

Lui était là parce qu’il voulait devenir infirmier. Il avait tout fait pour cela. Il avait tout fait pour enfin être là. Et maintenant qu’il y était, un nouvel obstacle se dressait sur sa route alors même qu’elle n’était pas encore assisse sur sa chaise de bureau. Son sourire narquois, son regard, sa façon de se comporter, d’être, tout lui disait qu’elle le ferait chier autant qu’elle le pourrait juste parce qu’elle avait ce petit pouvoir…d’emmerder le monde ! Peut-être même, juste, parce que cela l’amusait.

 

Et il n’eut pas tort. Trop fort mon pote comment t’assure !

 

Elle lui sortit alors tout un baratin sur son âge, sur son parcours professionnel, sur le fait qu’il n’avait pas les capacités de passer le concours…sans oser dire les capacités cognitives…moi aussi j’en connais des mots savants, pétasse !...en gros que c’était un con pour vous mettre les points sur les « i »…et certainement pas pour suivre la formation et exercer ce métier, qu’ils n’en avaient pas les moyens matériels…cette feignasse de merde aux poches retournées, profiteur de ceux qui bossent ! Vas-y, dis-le poufiasse !

Mais en était-il seulement conscient ? Etait-il conscient qu’il n’était qu’un pauvre imbécile, façon de parler, incapable de prendre une bonne décision ? Etait-il seulement conscient qu’il n’avait rien à faire là ? Etait-il seulement conscient que son odeur de merde de sans-le-sou empuantissait son bureau ? Elle voulait simplement lui faire entendre raison avant qu’il ne se plante comme le gros connard de merde qu’il était. Elle, elle était aussi là pour ça. C’était son travail, aussi !

Mais elle va fermer sa gueule la grognasse de merde. Elle va laisser mon copain tranquille ! Il lui a rien fait, salope va ! Hein ! Lui il a une fille à élever hein ! Et même bientôt une vache ! Une vache, merde ! Et tout ce qu’il a fait, ça compte pas, hein ! Tous les sacrifices ! Et toutes les fois où…non mais oh ! Pétasse ! Retire les doigts de ton cul ça te bouche les artères du cerveau ! Tête de con, va !...euh…désolé je me suis laissé emporter, c’est comme ça quand on s’attache à ses personnages, vous ne pouvez pas comprendre vous n’écrivez pas vous !...euh…salope, va !...désolé y en avait encore un à la traîne…voilà tout fini y a plus de gros mots dans la bouche du monsieur…euh…non…ouais c’est bon…on y retourne…  

 

-           « …j’espère que vous êtes conscient de tout ça ? »

-          « Et vous ? Vous avez conscience des sacrifices que j’ai dû faire ? »

-          « J’ai… »

-          « S’il vous plait, j’ai écouté votre baratin, ayez au moins la courtoisie d’écouter le mien…rassurez-vous, je suis bien conscient comme vous dites, que vous n’en avez rien à foutre de ce que je peux dire ou de ce que j’ai pu faire. Je sais très bien que si vous pouviez me faire crever vous le feriez, juste parce que vous pensez pouvoir en décider et que vous vous dites que je n’ai qu’à subir vos petites manigances ou mesquineries, que je n’ai qu’à me soumettre à votre petit pouvoir juste parce que ça vous arrange…juste parce que je ne suis qu’un bon à rien, un incapable »

-          « Je n’ai… »

-          « S’il vous plait !... » l’interrompit-il aussitôt, calmement, sans même élever la voix     « Si vous aviez bien lu mon dossier vous vous seriez rendu compte que je n’ai pas repris des études puisque je n’en ai jamais faites. Mais que j’ai passé le bac en candidat libre, que je m’y suis préparé en prenant des cours à distance et que je l’ai obtenu avec mention. Je ne l’ai pas fait en me disant « tiens je vais passer le bac ça va m’occuper, comme ça quand je serai convoqué à Pole Emploi j’aurai quelque chose à leur dire à ces connards »…non je l’ai fait parce que j’avais un objectif et pour l’atteindre j’ai dû faire des sacrifices…[elle l’écoutait parler plus ou moins, le regardant parfois. Et son regard hurlait que tout ça l’ennuyait profondément et qu’elle s’en foutait royalement]…que je me suis posé mille et une questions sur ce que j’aimerai faire, sur quel métier j’aimerai exercer. Je me suis bougé pour aller voir des gens qui occupaient ces métiers, voir comment ça se passait…la plupart du temps je me suis fait envoyer chier comme une pauvre merde ou alors on se foutait ouvertement de ma gueule. J’ai dû passer des bilans de compétences et des tests, participer à des réunions et tout un tas d’ateliers à la con qui m’ont fait perdre un temps que je n’avais pas à perdre…je suis venu vous voir il y a quelques mois et vous avez refusé de me recevoir. Vous m’avez dit que je n’avais qu’à regarder sur internet. Et que si je ne savais pas ce que c’était que le métier d’infirmier à mon âge, il valait peut-être mieux que je n’essaie pas de l’exercer. Je sais bien que vous m’avez oublié mais pas moi…et maintenant vous voulez me donner un cours sur le fait que je ne suis pas conscient de ce que je fais, de ce pourquoi je me bats…vous ne m’avez même pas essayé de savoir si j’étais motivé ou pas ou pourquoi je voulais exercer ce métier. Vous m’avez juste dit que je ne le pouvais pas parce que, juste comme ça dans un coin de votre tête vous l’avez décidé…parce que c’est comme ça, que je dois me soumettre à votre volonté, vous obéir parce que vous êtes derrière un bureau. Mais ce bureau ne vous rend pas meilleur que moi. Vous n’avez pas plus de droit que moi. Ce n’est pas à vous de décider pour moi ou m’obliger un faire un choix que je ne veux pas faire. Peut-être que je vais me planter, j’en sais rien…mais je ne vous laisserai pas en décider à ma place »

-          « On ne fait pas toujours ce qu’on veut… » se murmura-t-elle « on n’a pas toujours le choix »

-          « Temps qu’on respire, on peut se battre alors dire qu’on n’a pas le choix c’est de la lâcheté » lui rétorqua-t-il en la regardant, elle, droit dans les yeux, sûr, tellement certain.

 

Elle sentit alors tout son corps se glacer comme si son regard était chargé de milliers de lances de glace qui vinrent la transpercer. Puis, d’un coup, aussitôt, elle se retrouva envahie d’une sorte de chaleur d’une intensité incroyable. Une intensité qu’elle n’avait jamais ressentie. Aussitôt, elle sentit son cœur se mettre à battre fort dans sa poitrine. Ce con devant elle, elle se mit à le haïr en une fraction de seconde. La colère, la rage monta en elle. Elle aurait pu se lever de sa chaise et lui planter son talon dans l’œil, elle l’aurait fait sans hésiter. Connard, va !

 

-          « Ecoutez…vous voulez passer ce foutu concours, vous voulez vous planter c’est pas mon temps, c’est pas mon fric, c’est pas ma vie…[elle appuya sur une touche du clavier de son ordinateur]...voilà c’est fait vous êtes inscrit ! Monsieur est satisfait ! »

-          « Je ne vous demandais rien d’autre que de me laisser ma chance…[Calmement, il se leva de sa chaise et se dirigea vers la porte de ce bureau]…je peux vous poser une question, Madame ?Que diriez-vous si quelqu’un n’avez qu’à appuyer sur une touche pour changer toute votre vie sans que cela ne lui coute quelque chose et qu’il ne le fasse pas ? Que lui diriez-vous ? ».

 

Si elle avait pu lui sauter dessus et lui arracher la gorge rien que pour voir sang en jaillir et le voir crever lentement, elle l’aurait fait. Sans aucune hésitation.

 

-          « Au revoir, Monsieur Hayllon ».

 

Il sourit, vu la gueule qu’elle tirait, il avait touché un point sensible.

 

-          « A bientôt, Madame Laddhyn…je…à bientôt ».     

 

Oh putain ! Ça, c’est mon pote ! Comment qu’il l’a défoncée la grognasse !...euh pardon…euh…je ne dirai plus de gros mots…

 

La colère grondait en elle comme lui.

 

Elle aurait pris tout ce qui lui tombait sous la main et l’aurait envoyé là où ça voulait voler. Mais cela ne l’aurait pas calmée. Elle aurait voulu se dire qu’il avait raison qu’on avait toujours le choix. Mais elle, elle ne l’avait pas. Elle ne l’avait jamais eu. Ce connard de merde, il ne savait pas ce que c’était. Il ne savait pas ce que c’était que d’être condamnée à vivre une vie de soumission. Il ne savait pas ce que c’était que d’être rabaissée, que d’être humiliée, que d’être prise pour une moins que rien, pour une incapable, de ne pas avoir le droit de décider de sa propre vie et d’être terrorisée à l’idée du temps qui passe. De se dire chaque jour, que celui qui venait de passer la rapprochait de plus en plus de sa propre fin, que c’était un jour de moins à vivre et que quoi qu’elle fasse rien n’empêcherait ce jour qui commençait de finir. Il ne savait rien de tout ça. Il ne savait rien de la peur. La peur de cet avenir qui arriverait inexorablement et qui détruirait tout. Le peu de bon qu’il y avait. Il ne savait rien de ce qu’on ressentait à être humiliée, bafouée, avilie. D’être prise pour moins que rien. Un bout de viande. Juste bonne à être vendue. Il n’avait aucune idée de ce que c’était et il ne le saurait jamais. Jamais il ne comprendrait. Il ne le pourrait pas, il était un homme. Et ce serait ti pas qu’elle serait lesbienne la grognasse refoulée de la chatte !...euh…pardon…je sais j’ai beaucoup de problèmes et j’essaie de les résoudre je vous le jure…mais…franchement les bonnes femmes hein ?! C’est des salopes hein ?! Vous êtes d’accord avec moi quand même, monsieur ?! Je suis quand même pas le seul à qui elles en ont fait voir de toutes les couleurs !...euh…me dites pas que ça vient de moi…euh…non, c’est pas possible ! IM-POS-SIBLE !

 

Mais ce qu’il lui avait dit tourna en boucle dans sa tête tout le reste de cette journée…bien fait pour ta gueule salope !...euh…anh ! Merde ! Je vais pas m’excuser en plus !...

Cette phrase : « Dire qu’on n’a pas le choix c’est de la lâcheté » revenait en elle en permanence.

 

Enfin, sa journée prit fin. Enfin elle pourrait se changer les idées et se taper un bon quatre-vingt kilos de barbaque…saucisse comprise ?

Mais, ce soir, il y avait quelque chose de différent. Ses mots résonnaient toujours en elle comme une ritournelle qui revenait et revenait et revenait, encore et encore...euh oui je sais que c’est le principe de la ritournelle…euh…pour quoi vous me prenez ? Je suis pas con hein ! Dans « ritournelle », y a « ritour » ce qui en arabe ça veut dire « retour ». Vous me prenez pour qui ! Y a pas que vous qui avez un peu culture générale !

 

Comme tous les soirs, elle prît une douche. Et, sans même manger quelque chose, elle se prépara à sortir, rejoindre un bar comme tous les autres soirs. Plus le moment de partir approchait, plus elle avait cette sensation de brûlure à l’estomac qui s’intensifiait. Ce n’était que du stress, un peu d’anxiété peut-être se disait-elle à cause de l’autre pauvre connard qui lui avait foutu la tête en vrac. Bien fait ! Vous remarquerez que je n’ai pas ajouté « pour ta gueule grognasse de merde de putain de ta race qui me sort par les yeux », j’essaie d’être poli. Pour vous, je fais des efforts. Pour vous je ferai tout ! Tout !

Elle savait ce qu’elle voulait. Elle savait ce qu’elle faisait et elle savait ce qui l’attendait. Rien ne l’aurait arrêtée. Mais alors qu’elle se maquillait, brusquement elle s’arrêta. Elle se regarda dans le miroir de sa salle de bains. Sa brosse à cil se mit à trembler dans sa main. Sa respiration faisait gonfler sa poitrine. Elle avait l’impression d’être serrée, que ses narines ne laissaient plus suffisamment passer l’air. Cet air tellement essentiel qui commençait à lui manquer.

 

-          « Putain de salope ! » lança-t-elle à son reflet, agressive et froide.

 

Bien décidée, à rejoindre un bar, et se faire tringler par le premier mec qui passerait, elle descendit de chez elle, grimpa dans sa voiture et mit le contact. Mais elle ne démarra pas. D’un coup, elle sentit son cœur s’emballer. Elle n’arrivait plus du tout à respirer. Elle avait l’impression que tout s’accélérait autour d’elle, que tout tournait autour d’elle, qu’elle était en train de perdre le contrôle d’elle-même, de son corps, des événements, de sa vie. D’un coup, tout en elle se mit à trembler. Elle aurait voulu sortir de cette voiture, se réfugier chez elle, à l’abri. Mais jamais ses jambes n’auraient pu la supporter. Elle allait crever.

D’un coup, elle sentit cette douleur en elle exploser comme jamais elle ne l’avait fait. Ce mal qui avait grandi en elle toute cette après-midi, qui avait grandi en elle depuis tellement longtemps. Elle s’écroula sur son tableau de bord pleurant sa souffrance, hurlant sa détresse, sa colère frappa et frappa ce foutu de volant de m… j’ai été poli hein ? Vous êtes fier de moi ? Dites-le moi je vous en supplie ! J’ai tellement besoin qu’on me dise de gentilles choses.

 

 

Ce soir-là, comme les soirs suivants, elle ne sortit plus. Elle resta devant cette télé dans son appartement où il n’y avait que le strict nécessaire, un frigo, une table, une chaise, cette petite télé, un canapé, un lit. Les murs n’étaient ni peints ni tapissés ni même décorés. L’appartement de passage de quelqu’un qui n’était pas là pour y rester. Son téléphone avait beau lui signaler que son profil était tagué, plusieurs fois, sur l’application de rencontre d’un soir qu’elle utilisait, elle s’en foutait. Qu’ils se servent d’une autre pour se branler !

 

Ce pauvre connard de merde, il lui avait fait quelque chose. Ce qu’il lui avait dit, l’obsédait. Chaque jour, elle y pensait. Chaque jour, elle entendait sa voix prononcer ces mots. Chaque jour, elle le revoyait debout devant elle, la regardant. Ce regard qu’il avait eu sur elle à cet instant-là l’avait mise en colère, l’avait perturbée et la perturbait encore. Ce connard de merde, il lui avait fait quelque chose. Plusieurs fois, elle avait essayé de se remettre à sortir, à se trouver un mec, histoire de…Mais elle n’arrivait même plus à se faire baiser sans se mettre à chialer comme la grosse conne qu’elle était. J’interviens juste pour vous faire remarquer que ce n’est pas moi qui suis mal poli c’est elle…pas moi ! Si elle revoyait ce connard de merde, si elle le croisait dans un couloir, elle lui casserait sa putain de gueule. Il lui avait bousillé la tête, ce con !

 

 

La rentrée suivante, déjà, était là. Pour tous les élèves de cette école d’infirmière, pour tous les profs, et même les femmes de ménage ça n’avait pas d’importance, ce n’était que le temps qui passe. Mais pour elle, chaque jour la rapprochait de plus en plus de sa propre fin, c’était un jour de moins à vivre. Mais quel talent j’ai envie de dire ! Quelle tournure de phrase ! Allez-y vous ! Faites-en autant !...euh…nan j’ai pas dit ça, y a moins de deux minutes  !...mais…mais je vous en dis moi des choses comme ça ! Pensez donc à Notre-Dame ça va vous calmer !...Comment vous pouvez me dire ça ! Moi qui fais tout pour vous divertir, vous faire oublier votre vie de merde, misérable, paumée dans un bled pourri ! Fini, je ne vous parle plus ! Fini ! Terminé ! Plus jamais de la vie ! Mais sachez que je souffre ! Je souffre terriblement et que vous en êtes responsable ! Adieu !...Et vous ne me retenez même pas ! C’est dégueulasse ! Dégueulasse !

 

Et un jour, comme ça, par le plus grand des hasards de la vie, du destin en allant chercher son café, elle croisa sur cette ancienne connaissance qu’elle avait réussi à éviter jusque-là. Elle ne lui planta pas son talon dans l’œil. Elle ne lui cassa pas sa putain de gueule. Le gobelet de café qu’elle tenait dans sa main se mit à trembler alors qu’il ne faisait rien d’autre que la croiser du regard. Et ce regard lui fit bien comprendre qu’il ne l’avait pas oubliée, lui non plus. Bien que le temps soit passé, il avait toujours cet effet sur elle, il la faisait trembler. Il lui foutait une boule à l’estomac et il lui donnait des envies de meurtre, ce pauvre connard.

Plusieurs fois, ils se croisèrent à ce distributeur, ce qui avait l’air de bien amusé cette connasse de Nadya Lacazias. Elle était con comme un balai, cette andouille. Heureusement que son père était pharmacien. Autrement, elle aurait fini pute sur un quai de gare en Espagne ! Cette connasse, elle avait toujours l’air de se foutre de sa gueule. Elle n’avait jamais vu personne se prendre un café ou quoi ! Et ce pauvre connard, il avait l’air d’être bien copain avec elle. Peut-être même plus qui sait ! Bande d’enfoirés ! Si elle l’avait pu, elle leur aurait sauté à la gorge. Deux cons ensemble ! Même si elle refusait de se l’avouer c’était bien ça qui la mettait en colère : qu’ils soient ensemble. Ça la…elle aurait…elle n’en savait rien. Mais ça l’emmerdait qu’ils soient ensemble ceux-là.

 

 

Un jour, cette saleté de distributeur refusa de lui donner son café de l’après-midi et l’autre con derrière, il allait bien se foutre de sa gueule. Ce pauvre connard. Elle en avait marre de cette putain de vie. Rien ne marchait. Rien n’allait pour elle. Elle n’avait que de la merde. Et bientôt, elle n’aurait plus rien du tout. Plus le droit de rien. Elle n’aurait même plus le droit de se prendre un putain de café sans demander la permission. La plupart du temps, tout ça la foutait en colère. Mais aujourd’hui…pas aujourd’hui.

Elle passa alors, sa colère, sa frustration, sur cette machine qui refusait obstinément de lui donner cette saleté café.

 

-          « Putain de machine de merde ! » se grogna-t-elle entre les dents avant de s’en aller sans son café avant que l’autre connard ne se foute complètement de sa gueule.

  

Elle sortit alors à l’extérieur, histoire de prendre un peu l’air, un peu de distance avec tout ça. Elle s’assit sur un petit muret. C’était un jour comme ça. Un jour où elle s’apitoierait sur son pauvre petit sort avant de se dire que, de toute façon, elle n’avait pas le choix et d’essayer de rependre une vie à peu près normale. Une vie qui n’était de toute façon qu’une illusion elle aussi. Elle devait arrêter de se voiler la face. Elle n’aurait jamais rien. Rien de tout ce qu’eux tous pouvaient avoir. Rien de tout ce qu’eux avaient le droit d’avoir. Elle n’avait le droit de rien, elle. Et elle n’aurait jamais le droit de rien.

 

Là, ce pauvre connard arriva vers elle deux cafés à la main.

 

-          « Tenez, j’ai…[il la regarda en lui tendant le gobelet de café. Elle le leva les yeux vers lui]…je n’ai pas mis de poison dedans vous pouvez être tranquille »

-          « Ça m’arrangerait ! » se murmura-t-elle assez fort pour qu’il l’entende tout en prenant ce gobelet en en buvant une gorgée, sentant son cœur qui frappait fort dans sa poitrine.

 

Il resta là comme un imbécile sans vraiment savoir s’il devait rester ou pas. Il attendait quoi. Durant ces quelques secondes, elle sentit son regard sur elle. C’était bizarre et en même temps agréable. Il ne la regardait pas comme un objet juste comme une personne. Elle n’osa plus lever les yeux vers lui. Elle préféra l’ignorer et retourner à ses sombres pensées. Et comme elle s’acharnait à l’ignorer, alors il tourna les talons. Mais tout à coup, il s’arrêta et se retourna vers elle.

-          « Si je peux me permettre, vous allez bien ? »

-          « Remonter le temps vous pouvez ? » lui lança-t-elle

-          « J’ai laissé ma De Loréane chez moi mais si vous en avez besoin je vous la prête, faudra juste faire le plein avant de la ramener ! »

-          « J’ai pas envie de rire ! »

-          « Je ne sais pas ce qui vous arrive mais…ça va bien finir par passer »

-          « Vous êtes Medium ! »

-          « Non, mais j’ai été assez souvent dans la merde pour le savoir…écoutez, je sais bien qu’on ne se connait pas et qu’on n’est pas parti du bon pied tous les deux et je ne sais même pas si j’ai le droit vous dire ça mais…je ne crois pas me tromper en disant que quoi qu’il vous arrive vous êtes capable de l’affronter…[elle soupira en avalant une gorgé de son café, Monsieur du Courrier du Cœur !]…peut-être que je me trompe. Mais franchement je ne crois pas. Vous êtes plus forte que vous ne le croyez...[elle leva les yeux vers lui]…ça se voit…bon pas là comme ça…mais quand on se croise et que vous avez ce regard de tueuse en série qui doit se retenir pour ne pas m’arracher la tête croyez-moi, là, ça se voit…même si je ne crois pas que ce soit la tête que vous vouliez m’arracher…[elle esquissa un léger sourire]…vous voyez !...Je vous laisse tranquille »

-          « Merci » lui dit-elle

-          « De quoi !...Vous rendez pas malade pour ce qui vous arrive ça ne sert à rien, croyez-moi je suis spécialiste de la question ».

 

 

Les jours se suivirent. Ils se croisèrent encore à la machine à café échangeant simplement un furtif sourire puis un minuscule « bonjour » puis quelques mots parfois, quelques sourires puis discutèrent ensemble durant leur pause.

 

De plus en plus, elle comme lui attendaient l’heure des pauses du matin et de l’après-midi durant lesquelles ils pourraient discuter de tout et de rien parfois sous le regard moqueur de cette Nadya qui ne pouvait s’empêcher de sourire.

 

Un jour, bien sûr, boire un café en vitesse devant un distributeur ne leur suffît plus. Lui se demanda comment il pourrait faire, comment il allait faire avec sa gamine. Il ne pouvait pas l’inviter directement chez lui. Et il était hors de questions de laisser Amanda seule chez eux. En plus, comment lui dire que son papa allait sortir avec une dame, cela faisait des années que cela ne lui était plus arrivé. Elle aurait peut-être du mal à comprendre. Elle lui en voudrait peut-être.

 

Elle, elle se demandait ce qu’il penserait si c’était elle qui faisait le premier pas parce qu’il n’était pas du genre des hommes qu’elle avait pu rencontrer avant, ça se voyait. Si cela avait été le cas, il aurait joué au plus grand des héros pour qui elle était la plus belle des femmes qu’il n’avait jamais vue rien que pour tenter de la sauter. Mais ce n’était pas son genre. Il y avait bien quelque chose en lui qui l’intriguait mais…il n’était pas ce genre d’homme. Même si elle était sûre qu’il y avait déjà pensé puisqu’elle aussi. Et souvent même.

 

 

Comme lorsque l’eau de sa douche du soir ruisselait sur sa peau cuivrée. L’odeur vanillée de son shampoing et du gel douche, avec lequel elle se lavait, parfumait toute sa salle de bain. Elle sentait ses mains parcourir son corps, la mousse crépiter sur sa peau, l’eau glisser sur son cou, sur ses seins, entre ses seins, sur son dos, sur ses fesses. Parfois, elle s’imaginait qu’il était là avec elle, sous cette douche, que ses propres mains étaient les siennes. Qu’elles la caressaient comme elle se caressait en se savonnant. Elle sentait alors son sexe s’ouvrir, cette irrésistible sensation qui, parfois, l’envahissait. Elle s’imaginait alors qu’il était là contre elle. Elle sentait sa chaleur, ses lèvres contre les siennes. Son torse contre ses seins. Son ventre contre le sien. Son sexe durcir contre le sien. Elle avait l’impression de le sentir se serrer contre elle. Elle avait l’impression de sentir ses mains parcourir son corps, la caresser, caresser son dos, ses hanches, son ventre, remonter jusqu’à ses seins. Puis descendre doucement jusqu’à son sexe. Sentir sa main sur son clitoris, le caresser de petits mouvements circulaires tandis que sa langue entrait doucement dans sa bouche caressant la sienne, s’enroulant autour de la sienne. Elle se sentait sa respiration se faire plus rapide, elle sentait son désir grandir. Elle avait l’impression de sentir sa main sur son sexe. Elle laissait alors généralement son propre doigt la pénétrer. Puis elle se caressait de nouveau le clitoris, écartant ses lèvres, le frottant de plus en plus fort, laissant son doigt la pénétrer de plus en plus rapidement. Elle sentait son cœur battre plus fort, sa respiration s’accélérer encore. Elle se retenait alors de gémir sous les assauts de sa main et de son doigt. Elle sentait grandir en elle cette douce sensation alors qu’elle faisait tourner son doigt en elle, le frottant contre les parois de son vagin. Son ventre gonflait et rentrait. Elle se mettait alors à pousser de petits gémissements tandis que son envie de jouir grandissait. Elle caressait alors de plus en plus rapidement son clitoris, son doigt la pénétrait de plus en plus rapidement. Elle se retenait de jouir. Pas tout de suite. Pas encore. Elle gémissait. Et ses gémissements ne l’excitaient que davantage. De plus en plus fort, elle agitait la main sur son clitoris. L’eau qui coulait sur elle, sur ses seins, sur son ventre jusqu’à sa main, dans son dos, sur ses fesses, ne faisait que l’exciter davantage. Elle n’en pouvait plus. Elle s’écarta alors ses lèvres et se laissa jouir. Elle vit le jet sortir d’elle. Elle glissa une dernière fois son doigt en elle, caressa, doucement, encore un peu son clitoris gardant encore un peu de cette sensation en elle qui, doucement, s’évapora le temps que sa respiration redevienne normale.

Généralement, elle prenait ensuite le flacon de gel douche, en versait quelques gouttes dans sa main et lavait son sexe sentant cette douce odeur de gel douche autour d’elle. Puis, elle y passait, délicatement, le jet d’eau pour se rincer. Elle aurait tellement voulu qu’il soit là encore, avec elle.

 

 

Ce midi-là, elle le rejoignit au restaurant où il l’avait invitée. Ce n’était pas le genre de restaurant où on allait en jeans et baskets. Le cadre était intime presque romantique même pour un midi. Lorsqu’elle se présenta à la réception, une serveuse en costume impeccable l’accompagna à sa table après avoir pris son long manteau. Il était déjà là, bien habillé. Il l’attendait sans rien d’autre qu’un verre d’eau devant lui. Lorsqu’elle passa dans cette salle, elle regarda tout autour d’elle. Les tables étaient très joliment décorées, les murs ornés de tableau, le sol brillait comme un miroir, les gens qui étaient là était pratiquement tous habillés en costume cravate ou en tailleur. Elle se demanda comment quelqu’un comme lui, qui n’avait pas un sou, pouvait se payer cet endroit. Lorsqu’il la vit arriver un sourire se dessina son visage, comme sur le sien à elle. Il se leva.

Ils parlèrent, commandèrent, mangèrent, discutèrent de tout, de rien, rigolèrent, évoquèrent des souvenirs. Lui parla de sa fille, elle de son enfance à la campagne. Personne n’aurait pu alors dire, dans ce restaurant, que quelques semaines plus tôt, ils s’étaient envoyés balader et s’ils l’avaient pu, ils se seraient volontiers étripés.

 

Ce moment effaça un court instant le fait qu’un jour, dans peu de temps tout en elle mourait.

 

Après un café qui se termina bien trop vite, ils allèrent marcher un peu alors que la neige commençait à tomber. Elle s’arrêta et regarda un flocon flotter devant elle, tomber dans sa main et le regarda y fondre. Lui, il la regarda, elle.

Il n’avait jamais vu combien elle était belle avant aujourd’hui, elle sentait tellement bon. Et ce n’était pas que son physique, que son regard ou ses yeux d’un marron presque noir ou même son visage. Il ne l’avait jamais vue comme il la voyait aujourd’hui, à ce moment-là. C’était aussi et surtout cette douceur qu’elle avait en elle, dans sa façon de parler, dans son sourire, dans son regard, dans chacun de ses gestes. Elle contrastait avec ce qu’il avait pu voir d’elle quelques temps plus tôt. Jamais il n’aurait imaginé qu’elle pouvait être aussi douce, aussi gentille, aussi calme. Et il y avait cette force et cette tristesse qui émanaient parfois de son regard. Son sourire était incroyable. Il n’avait jamais ressenti ça. Il n’avait jamais ressenti cette envie pratiquement irrépressible de la prendre dans ses bras et de l’embrasser. De véritablement l’embrasser elle. Rien qu’elle.

Il dut alors rassembler toutes ses forces et toute sa volonté pour ne pas le faire, pour se contrôler. Elle leva les yeux vers lui. Son sourire illumina son visage. Ils se remirent à marcher sans un mot. Ils se promenèrent dans le centre ville croisant badauds et autres quidams qu’ils ne virent pas, regardèrent quelques vitrines de magasins pour faire en sorte de prolonger ce moment. Puis, ils continuèrent jusqu’à chez elle.

 

Lorsqu’ils arrivèrent au bas de son immeuble. Elle se tourna vers lui.

 

-          « On y est » sembla-t-elle regretter de déjà y être.

-          « Tu t’es pas trop ennuyée ? Je suis pas quelqu’un qui parle beaucoup. J’ai plutôt l’habitude d’écouter une petite fille de six ans…je sais bien que ça aurait été mieux de sortir un soir mais… »

-          « Non, t’inquiètes pas. J’ai passé un bon moment. Et je te l’ai dit je sais que tu as une fille…je comprends tout ça »

-          « Ok…ok… ».

Il savait que le moment de l’embrasser était arrivé. Autrement elle tournerait les talons et ce serait foutu. C’était l’une des choses les plus difficiles qu’il eut à faire. Il ne s’agissait que d’un pas vers elle. Un simple pas. Mais cela lui foutait une trouille indescriptible. C’était tellement dur.

-          « Bon… je vais te laisser rejoindre Amanda elle doit attendre son papa… »

-          « Elle voudra tout savoir… »

-          « Je me doute…alors ?...On se voit lundi…à la machine à café » dit-elle sans vraiment s’en aller.

-          « Ok » acquiesça-t-il.

-          « Ok…A lundi, alors » se dit-elle voyant qu’il ne bougeait pas.

 

Elle se tourna pour commencer à marcher vers l’entrée de son bâtiment. Il ne fit que la regarder s’en aller, s’éloigner. Là, la plus grande des peurs l’envahit alors. Il ne l’avait pas embrassée. Il était en train de laisser passer sa chance, leur chance. Elle se retourna vers lui qui la regardait

 

-          « Belinda !...[elle s’arrêta. Il s’avança d’un coup vers elle pour la rattraper]…me frappes pas, s’il te plait ».

 

Il la prit alors dans ses bras, se serra alors contre elle, effleura ses lèvres des siennes, leurs regards se capturèrent l’un l’autre. Et ils s’embrassèrent.

Ce baiser ne fut pas le plus long ou le meilleur qu’ils partageraient. Mais il effaça tout ce qu’il y avait autour d’eux. Durant ce court instant, il n’y eut plus qu’eux. Seuls.

Doucement, il se recula d’elle, ses yeux dans les siens. Elle regardait, ce n’était pas le plus beau des hommes, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent. Mais il avait ce don de la mettre dans tous ses états. Et c’était pire maintenant. Elle tremblait de partout. Son cœur allait exploser tout comme sa petite culotte. Elle avait l’impression un foutu tyrannosaure était subitement né dans son ventre et que, maintenant, il cherchait à en sortir par tous les moyens. Elle avait l’impression qu’elle allait tomber dans les pommes. Et pourtant elle ne s’était jamais sentie aussi bien que là, à cet instant.

Lui, il ne pouvait pas s’empêcher de la regarder, son visage, son sourire, ses yeux. Son cœur frappait dans sa poitrine. Il sentit tout à coup ses mains trembler, ses bras, et tout son corps. Et lorsqu’elle se serra contre lui, qu’il referma ses bras sur elle, qu’il se serra contre elle, tout s’effaça.

 

Elle leva la tête vers lui.

 

-          « Tu…tu…tu veux monter ? » lui demanda-t-elle, la gorge nouée.

-          « Je…oui…non…bien sûr que oui…je…c’est pas ça…c’est pas que j’ai pas envie tu sais…c’est pas ça, tu vois…mais…non…mais non…je…attends je vais me calmer un peu là parce que…je vais tourner de l’œil…[il ferma les yeux, souffla. Elle sourit]…c’est pas que je n’en ai pas envie, c’est pas ça…mais...tu sais, je veux plus que ça…que…monter avec toi, tu vois…je dis pas que j’en ai pas envie, ou que j’y ai jamais pensé mais tu sais… »

-          « Tu veux plus que ça ». Il acquiesça.

-          « C’est toi…c’est toi que je veux, tout toi pas juste…je veux dire…si on passait la nuit ensemble demain matin je serai incapable de te préparer ton petit déjeuner parce que je ne sais pas ce que tu prends ou même si tu prends un petit déjeuner tu vois…on ne se connait pas. Ben…c’est sûr qu’on ne va pas attendre des années mais…je crois qu’il faut quand même se connaitre un minimum avant de…tu vois…et puis…ce qui se passe entre nous c’est une chance, une vraie chance et…il ne faut pas la gâcher…je veux pas la gâcher, c’est con ce que je dis hein ? »

-          « Non, c’est pas con, je comprends ce que tu veux dire. Et t’es bien le premier à me dire tout ça tu sais…je…t’es pas comme les autres. Et…je sais pas comment tu fais pour me foutre autant la trouille et en même temps me donner autant envie de t’embrasser…bon j’ai aussi envie de t’en coller une mais…il y a une chose de sûre c’est que t’es pas comme la plupart des mecs »

-          « Je suis pire tu verras…tu vas probablement te sauver quand tu t’en rendras compte »

-          « Je crois pas ».

 

Elle posa alors sa main sur son visage et tandis qu’elle caressait sa joue, elle vit son visage changer comme s’il avait été touché par la grâce ou par un ange. Elle n’était pas un ange, loin de là, mais pour lui elle l’était. Déjà. Elle l’embrassa alors comme elle n’avait jamais embrassé un homme. C’était le genre de baiser dont on ne veut pas qu’il s’arrête. Jamais. Celui qui vous fait comprendre que l’autre est celui ou celle qui vous complète, celui qui comble tous les vides, celui qui efface tout ce qui vous a blessé ou meurtri, celui qui répare les choses cassées en vous.

 

Et ce moment fut le premier qu’ils passèrent véritablement ensemble.

 

De longues minutes plus tard, qui, pour eux, n’avaient été que quelques secondes, elle se recula de lui. Il avait ce regard sur elle. C’était elle qu’il regardait et rien qu’elle. Et cela lui donna la chair de poule.

 

 

Vendredi 19 décembre 2014.

 

C’était un jour particulier pour elle. C’était son anniversaire. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle ne le passait pas seule et peut-être même, qui sait, qu’elle le fêterait. Bien sûr, il n’y avait pas longtemps qu’ils étaient ensemble, à peine un mois et demi. Mais elle attendait déjà tellement de lui, elle espérait tellement de lui. Que ce soit une petite attention comme aujourd’hui ou plus…

 

Elle se leva tôt comme chaque jour. La première chose qu’elle fit fut de regarder son portable. Mais il n’y avait pas de messages. Il était encore de bonne heure se dit-elle. Elle se doucha, s’habilla, se fit chauffer un mug de chocolat au micro-onde comme à son habitude. Et toujours pas de messages. La déception commença à naître en elle. Il avait dû oublier. En même temps, il n’y avait pas longtemps qu’ils étaient ensemble. Il fallait peut-être qu’elle n’en attende pas trop non plus. Et puis ce n’était pas si grave que ça. Pas si grave.

Elle prépara ses affaires pour la journée, rejoignit sa voiture et se dirigea vers son bureau comme tous les jours, comme à chaque fois. Mais ce portable la torturait comme il ne l’avait jamais fait. Il ne sonnait pas, n’émettait aucun ding. C’était foutu, il avait oublié. Ce que ça faisait chier le monde ça !

Enfin, elle arriva devant l’école d’infirmière. Avant de descendre de sa voiture consulta encore son portable. Zéro message mais cinquante notifications de mecs qu’elle ne connaissait pas. Elle en supprima l’application.

Elle descendit alors de sa voiture. Le pas pressé, elle se dirigea vers son bureau, déçue.

 

Comme toujours, elle y entra. Là, son visage s’éclaira. Un petit paquet joliment emballé l’attendait sur son bureau. Aussitôt, sans même se demander comme il avait fait pour le déposer là, elle referma la porte et se précipita dessus. Aussitôt, se dessina un large sourire sur son visage. Il n’avait pas oublié. Et peu lui importait ce que ce paquet contenait. Il n’avait pas oublié, c’était tout ce qui comptait. Elle regarda ce paquet sur toutes les coutures. Elle était partagée entre l’envie de l’ouvrir et celle de ne pas l’ouvrir, de garder ce paquet comme il était, comme un souvenir, le premier. Mais après tout se dit-elle, c’était son anniversaire. Elle l’ouvrit et éclata de rire. C’était un porte-clefs. Le truc totalement bidon. On aurait dit un cornet de glace, un truc comme ça. Et il y avait un petit mot décoré d’un petit dessin d’enfant « La miss et moi on te souhaite un joyeux anniversaire, on se voit ce midi. Ps : ce que tu tiens dans les mains c’est une petite lampe torche en forme de flambeau ce n’est pas un cornet de glace, n’essaie pas de le lécher ! A la rigueur tu peux peut-être essayer de la frotter et qui sait, peut-être, qu’un bon génie apparaitra ! ».

Elle avait un sourire jusque derrière les oreilles. Elle prit son portable et alla écrire un message mais elle n’en fit rien. Elle attendrait de le voir ce midi pour le remercier. Elle prit alors ce petit porte-clefs, le regarda sur toutes les coutures. Et elle remarqua un petit bouton poussoir sur le côté, l’actionna. Le flambeau s’alluma en rose fuchsia et se mit à tourner sur lui-même. Elle resta là à le regarder avec ce sourire qui ne la quitta plus.

 

Les midis arrivèrent et elle s’apprêtait à le voir arriver d’une minute à l’autre. Et là encore personne. Elle se doutait qu’il préparait quelque chose mais quoi. Elle se dit qu’elle verrait bien. Elle se leva de son bureau, prit son manteau et là on frappa à sa porte. Il ne fallait pas être très futée pour savoir qui tapait. Lorsqu’elle ouvrit son visage s’éclaira de nouveau. Il était là tenant Amanda par la main. La petite fille lui sauta au cou comme s’il y avait des années qu’elle la connaissait. Comme si elle ne l’avait pas vue depuis fort longtemps, elle lui fit quelques gros bisous. Lui, il la regarda. Elle, elle lui donna alors un gros baiser sur les lèvres.

 

-          « Merci »

-          « Tu sais que c’était pour plaisanter ce truc »

-          « Je le garde de toute façon… » lui dit-elle en lui montrant ses clefs de voiture sur lequel trônait déjà la petite torche.

 

Tous les trois s’en allèrent vers le restaurant qu’il avait réservé pour eux trois ce midi. Là, la petite fille lui offrit le gobelet à stylo qu’elle lui avait fait en pâte à sel pour mettre sur son bureau et bien sûr il y avait une belle licorne qui y siégeait…bien qu’il soit un peu bancal.

Lui, il offrit une belle boite de chocolat. Ils mangèrent tous les trois, ensemble. Il avait même réservé un gâteau avec des bougies dessus, qu’elle souffla aidée de la petite fille qui en avait profité pour lui grimper sur les genoux.

Puis, le temps de repartir au bureau arriva. Déjà. Elle le regretta. Si elle avait pu rester avec eux, elle l’aurait volontiers fait. Mais il n’y avait que quelques heures à attendre pour les retrouver.

 

 

La nuit était déjà tombée lorsqu’elle en sortit enfin. Elle ne devrait pas y revenir avant le début d’année prochaine et la fin des vacances scolaires. Et cela n’était pas fait pour lui déplaire.

Elle se dirigea alors vers sa voiture, ses clefs dans sa main et la petite torche s’alluma. C’était pratique quand même ce truc lorsqu’il faisait noir. Et encore une fois, son visage s’éclaira malgré le froid. Il était là. Il l’attendait.

 

Elle arriva devant lui.

-          « Bonsoir » lui dit-elle avec ce large sourire qui semblait déjà ne plus vouloir la quitter

-          « Salut… »

-          « Tu fais quoi, là ? »

-          « Ça »

Il l’attira vers lui et l’embrassa passionnément.

-          « Ouh ! Ça, ça réchauffe »

-          « Et encore t’as rien vu…[elle sourit de toutes ses dents]…tu sais ce que tu vas faire ?...Ben tu vas rentrer chez toi…c’est déjà pas mal, hein ?! »

-          « Beau programme » acquiesça-t-elle

-          « Toute seule »

-          « Ça aussi ça me va, je peux me débrouiller toute seule »

-          « Et tu sais quoi ? Tu vas bien t’habiller mais vraiment…et je t’attends à la maison…tu verras pour le reste »

-          « Et si je le fais pas tu me feras quoi ? »

-          « Tout ce que tu veux »

-          « Miam ! » sourit-elle avant d’éclater de rire et de l’embrasser tellement fort.

 

 

Lorsqu’elle rentra chez elle, elle se doucha rapidement, et tenta de se choisir une tenue mais chaque robe qu’elle avait, chaque jupe, lui donnait une drôle d’impression et que penserait-il s’il la voyait habillée comme ça. Comme une pute en chaleur. Elle ne pouvait pas mettre ça. Elle passa un temps infini à se composer une tenue qui lui convenait, qui convenait à celle qu’elle devenait.

 

Lorsqu’elle fut prête, elle prit son petit sac avec quelques affaires, de quoi se changer, sa brosse à dent au cas où et se dépêcha d’aller rejoindre Damian et Amanda.

 

 

Une fois de plus, elle sonna à sa porte. Il lui ouvrit. Un court instant elle crut qu’elle s’était trompée d’appartement. Mais non. C’était bien lui. Il était sur son trente-et-un. Il portait un beau costume noir, une belle chemise blanche et une belle cravate assortie. Ça lui allait bien. On aurait dit l’un des ses acteurs qui faisait de la pub pour un parfum.

 

-          « Entre » lui dit-il en la regardant avec un grand sourire.

-          « Merci ».

 

Elle entra, ôta son long manteau. Là, il en fut pétrifié. Elle portait une longue robe noire décorée de fin liserais argentés sur les coutures et largement décolletée dans le dos, de hauts talons vernis rouge. Elle était légèrement maquillée. Le noir sur ses cils faisait ressortir le noir de ses yeux qui contrastaient avec son teint cuivré. Ses longs cheveux noirs et bouclées lui tombaient sur les épaules et dégageaient un léger parfum de vanille.

 

Lui, il ne bougeait plus, il la regardait. Il ne pouvait s’empêcher de la regarder.

 

-          « Ça va » lui demanda-t-elle ravie de ce petit effet qu’elle avait sur lui

-          « T’es tellement belle ». Ces mots sortirent de sa bouche même si lui avait l’air d’être aux abonnés absents.

-          « Je sais » sourit-elle. Il sourit à son tour.

 

Et il se retourna pour accrocher son manteau. Mais la porte de son appartement était encore ouverte et elle vint le ramener à une réalité bien plus frappante. Son visage la heurta d’un coup. Sa tête claqua si fort contre cette porte que tout son immeuble dut l’entendre. Elle éclata de rire.

Sans attendre, et même si sa tête lui faisait un mal de chien, il l’emmena dans la salle à manger – salon de ce petit appartement, là où il avait dressée une jolie table que la lueur des bougies rendait magique.

 

-          « Et Amanda ? Elle est pas là ? » lui demanda-t-elle.

-          « Elle est chez Tati Katy et Tata Nadya…j’avais pensé qu’ou pouvait passer la soirée seulement tous les deux comme c’est ton anniversaire et que c’est le premier qu’on passe ensemble, je me suis dit que… »

-          « Alors tout ça c’est rien que pour moi ? »

-          « Non, c’est pour la mère Noel donc si tu pouvais te casser parce qu’elle va pas tarder et comme elle est facilement jalouse, je voudrais pas…[elle sourit]…si tu veux bien »

-          « Et galant avec ça ! »

-          « Tu veux un secret c’est juste pour toi et...et puis ce n’est pas un soir comme les autres…[elle sourit de nouveau]…je reviens »

 

Tandis qu’il s’en allait vers sa cuisine, elle regarda cette table qu’il avait dressée pour elle. La nappe, les serviettes en tissu vert et blanc étaient assorties aux assiettes visiblement neuves. Les verres, neufs eux aussi, reflétaient la lumière ocre des bougies et des deux lampes de chevets sur lesquelles il avait placé un linge pour en réduire l’intensité. Un léger fond musical flottait sur cette atmosphère feutrée. Et une bonne odeur de rôti venait de la cuisine. C’était bien la première fois de sa vie qu’un homme faisait tout ça pour elle. Rien que pour elle.

Il revint alors avec une bouteille de vin dans les mains. Il lui en versa un verre, puis un à lui.

 

Il s’assit alors devant elle.

 

-          « Joyeux anniversaire » lui dit-il

-          « Merci… » sourit-elle, buvant une larme « huuuum ! Qu’est-ce c’est bon, ce truc ! C’est quoi ? »

-          « Un pinot noir »

-          « Un pinot noir ? Ben t’as fait des folies ! » ajouta-t-elle en en rebuvant un bon coup cette fois.

-          « C’est…normal, c’est ton anniversaire ».

 

Et tandis qu’il prenait l’apéro, ils discutèrent de tout de rien, de cette Katy qui était l’une des amies de Damian un peu comme sa petite sœur qui sortait depuis plusieurs semaines maintenant avec Nadya. La même Nadya qui était en cours avec lui. Belinda lui confia alors qu’elle ne s’était jamais aperçue que cette fille préférait les filles. Et en même temps cela la soulagea car lui et Nadya semblaient être proches. Peut-être n’était-ce que pour cette raison.

Il lui confia même qu’il n’y avait que peu de temps qu’il s’était rendu compte que Katy était une fille. Comme les autres garçons. Elle sourit quand Damian lui raconta cela. Elle, elle n’avait jamais vraiment eu de meilleure amie. Sa mère avait été sa meilleure amie. Elle lui confia alors qu’elle était un ange, qu’elle était d’une douceur incroyable et que tous les jours elle lui manquait. Lorsque Damian vit dans ses yeux que des larmes commençaient à se former, il changea de conversation.

 

Il l’invita à danser.

 

-          « T’es fou ! Je sais pas danser »

-          « Je ne le dirai à personne et je te promets de ne pas pleurer si tu me marches sur les pieds, même avec tes talons ». Il se leva alors de sa chaise, se dirigea vers elle et lui tendit la main

-          « Non arrête ! Tu veux me foutre la honte, hein ! »

-          « Il n’y a que nous ici ».

 

Elle se leva de sa chaise. Il la prit alors dans ses bras. La lumière des bougies faisait luire ces larmes qui étaient nées dans ses yeux. Il passa alors délicatement son pouce sur ses paupières, les effaça. Elle le regardait. Il n’avait rien à voir avec les hommes qu’elle avait rencontrés avant. Il ne jouait pas au plus grand, au plus fort et il n’était certainement pas le meilleur comme eux le pensaient. Mais jamais ils ne seraient comme lui, jamais ils ne lui arriveraient à la cheville. Il n’y avait que quelques semaines qu’ils sortaient ensemble et pourtant elle savait ce qu’il était sans pouvoir l’expliquer, cette lumière et cette noirceur qui émanait de lui, cette force et cette faiblesse. Ce courage et cette sorte de férocité qu’il avait parfois dans le regard. Elle avait peur. Et pourtant rien de tout ça ne lui faisait peur. Elle savait que jamais il ne la ferait souffrir, jamais il ne lui ferait de mal. Elle le savait car dans ses bras, même si cela pouvait aujourd’hui passer comme dessué, elle se sentait protégée, en sécurité, sa place. Et Tellement bien. Elle n’avait jamais ressenti ça. Aussi fort. Aussi sûre. Jamais il ne la ferait souffrir d’une quelconque manière. Rien qu’à cette pensée, son cœur se serra plus encore car elle savait qu’à un moment ou un autre elle devrait lui parler que cela le, les ferait probablement souffrir. Tous les deux. Tous les trois.

 

A ce moment-là, comme s’il avait senti son cœur s’alourdir, il caressa son visage et lui donna un baiser léger, doux. Puis il la regarda, caressa encore son visage. Et doucement les pensées qui étaient venues alourdir son cœur s’effacèrent comme par magie. Elle se serra alors contre lui, contre sa poitrine. Ils se laissèrent alors porter par la musique, le temps d’une courte danse.

 

Puis, ils prirent l’hors-d’œuvre qu’il avait préparé lui-même, comme tout le reste, une tranche de saumon recouvrant une macédoine de légumes légèrement relevée d’une fine mayonnaise. Ils discutèrent encore de tout et de rien, du boulot, des gens au boulot, d’Amanda. Puis, il glissa devant elle un paquet tout en longueur lui aussi enveloppé avec soin. Un bracelet. Un collier peut-être. Il n’avait pas fait ça quand même se dit-elle en ouvrant ce paquet qui ne contenait rien d’autre qu’un stylo gravé à son prénom. Il sourit à son air « ouais bof t’aurais pu trouver mieux ». Ils dansèrent encore, s’embrassèrent encore de plus en plus langoureusement. Plus en plus, quitter les bras de l’autre devenait une torture.

 

Le repas continua.

 

 

Il lui servit une belle tranche de rôti de bœuf nappé d’une légère sauce poivrée, accompagné de quelques haricots verts et d’une pomme de terre cuite au four le tout en buvant une bonne bière. Ils discutèrent encore, sourirent, rirent. Sa main ne quittait plus la sienne. Son regard cherchait le sien en permanence comme ses lèvres cherchaient les siennes, sa chaleur la sienne.

Puis, il disparut en cuisine. Il revint quelques minutes plus tard avec un gros gâteau dans les mains, orné de quelques bougies formant le chiffre vingt-sept. Elle se mit à rire.

 

-          « Et surtout oublies pas de faire un vœu »

-          « Je crois qu’il a déjà été exaucé »

-          « Par le génie de la torche magique qui fait du rose ? » sourit-il. Elle lui sourit.

 

Il alla alors s’asseoir à sa place, devant elle, la regarda. Elle avait un sourire incroyable et ce regard qu’elle portait sur lui, le bouleversait. Lorsqu’elle le regardait comme ça, il avait l’impression de se sentir tout petit, minuscule, tellement faible et en même temps que cette force qu’il avait en lui en était décuplée. Il aurait fait n’importe quoi pour elle. Dans son cœur, il y avait longtemps qu’elle avait rejoint sa fille, Amanda. Mais il ne le lui dirait pas pour ne pas l’effrayer. Ses sentiments pour elle grandissaient de jour en jour et ce soir, ils étaient plus forts encore.

 

Elle s’avança alors vers ce gâteau devant elle, leva les yeux vers Damian qui la regardait, sourit. Puis elle baissa la tête pour en souffler les bougies. Lorsqu’elle releva la tête, il tenait dans ses mains un autre paquet cadeau aussi long et large que le précédent. Mais l’emballage était bien différent, comme ceux qu’on ne trouve généralement qu’en bijouterie. Rien que l’emballage montrait que ce qu’il contenait n’était pas bon marché.

 

En voyant ce paquet, elle s’arrêta de respirer une fraction de seconde.

 

-          « C’est quoi ça ? »

-          « Joyeux anniversaire ».

 

Elle hésita avant de le prendre. Ses mains tremblaient. Elle défit délicatement le nœud, ôta le papier sans l’arracher et en révéla un joli boitier noir brillant aux liserais couleur or. Elle l’ouvrit et y découvrit une fine chaine en or sur laquelle un pendentif en forme de trèfle à quatre feuilles était monté.

 

-          « Je peux pas accepter Damian, t’es fou...je peux pas »

-          « Pourquoi tu ne pourrais pas ? »

-          « C’est trop…je… ». Il se leva, s’approcha d’elle, s’agenouilla devant elle. Et tout en la regardant, il lui dit :

-          « Quand…on discute parfois j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui te fait peur, je ne sais pas ce que c’est mais…quand j’ai vu ce pendentif ce matin en allant faire les courses, ça m’a fait penser à toi et à l’expression que tu as parfois dans le regard alors je me suis dit qu’il avait été fait pour toi, et…je sais pas si ça marche mais…j’espère qu’il va te porter chance…alors...bien sûr que si tu vas l’accepter et t’as même intérêt à l’accepter autrement… ».

 

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle l’embrassa comme elle n’avait jamais embrassé personne avant lui. Encore une fois.

 

Alors elle le regarda, sa respiration se fit plus forte, son cœur cognait incroyablement fort dans sa poitrine. Elle se leva doucement, lui accompagna son mouvement.

 

-          « Tu…tu veux bien…s’il te plaît » lui demanda-t-elle, la gorge nouée, en lui tendant le pendentif. Il le prit. Elle se retourna, souleva ses longs cheveux et il accrocha la chaine autour de son cou.

 

Elle sentait sa chaleur contre elle. Elle sentait son cœur cogner dans sa poitrine comme jamais. Sa respiration soulevait sa poitrine comme jamais et encore une fois cette sensation dans son ventre, en elle, comme elle n’en avait jamais ressentie.

 

Elle se retourna, elle le regarda. Lui aussi. Son regard ne pouvait s’arracher du sien, sa chaleur de la sienne. Elle se serra alors contre lui et l’embrassa encore et encore. Elle sentit alors le désir monter en elle comme son désir à lui. Elle le prit alors par la main et l’emmena, pour la première fois, vers la chambre.

 

 

Là, devant le lit, elle se tourna vers lui, l’embrassa encore, tendrement, passionnément. Lui, il lui rendrait chacun de ses baisers. Elle se serra de plus en plus fort contre lui.

Elle le regarda alors, ses yeux cherchant les siens.

 

-          « T’es sûre ? » lui demanda-t-il

-          « Et toi ? »

-          « Tu le sais ».

 

De nouveau, elle l’embrassa, doucement. Il la serra dans ses bras, plus fort, contre lui.        Elle commença à défaire sa cravate, déboutonna sa chemise tandis qu’il laissait courir ses mains sur son dos dénudé. Sa peau était tellement douce. Elle lui enleva sa chemise, laissa glisser doucement ses mains sur son torse, sur son ventre. Elle déboucla sa ceinture. Lui la regardait, caressa son visage. Elle était tellement belle. Il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme elle. Elle descendit sa braguette, caressa son sexe, déjà, tellement dur. Il l’embrassa avec toute la force de ses sentiments naissants, laissa courir ses lèvres sur son cou, à la base de son cou. Elle bascula alors la tête en arrière sentant son sexe s’ouvrir. Elle poussa un petit gémissement. Il laissa ses mains glisser sur ses épaules et sa robe le long de son corps. Elle était maintenant à demie nue dans ses bras. Il la regarda, ses yeux se capturant des siens.

 

-          «  T’es magnifique » lui murmura-t-il.

 

Un large sourire se dessina sur son visage. Elle se serra contre lui. Sentant ses seins contre son torse, il enroula alors plus fort encore ses bras autour d’elle. Ils s’embrassèrent encore. Lentement, doucement, ils basculèrent sur le lit. Il embrassa son cou, ses épaules, laissa glisser sa langue entre ses seins, sur ses seins, sur son ventre, autour de son nombril. Elle commença à pousser de petits gémissements de plaisir. Il embrassa alors le bas de son ventre laissant courir ses mains sur ses fesses. Il lui ôta ses collants en les faisant rouler sur ses cuisses qu’il embrassa, sur ses mollets qu’il caressa. Elle sentit ses mains remonter, sa langue parcourir ses cuisses ouvertes, son pénis les effleurer. Elle sentit alors ses lèvres se poser sur son sexe, l’embrasser. Elle sentit sa langue qui commençait à le parcourir venir doucement la caresser. Elle sentit son doigt entrer doucement en elle. Elle se mit alors à gémir. Elle sentait sa langue venir s’appuyer de plus en plus contre son clitoris. Elle ne put alors retenir ses gémissements. Cette sensation était un délice. C’était tellement bon. Elle s’en laissa envahir. Elle sentait son doigt aller et venir en elle, sa langue caresser son clitoris de plus en plus fort, sa respiration chaude. Elle n’en pouvait plus. Elle allait jouir.

 

-          « Viens » lui murmura-t-elle entre deux gémissements.

 

Alors il se releva doucement, il laissa son corps se presser contre le sien. Elle le regarda. Ses yeux se capturèrent des siens. Elle sentait sa chaleur sur elle, sa peau contre la sienne, son sexe contre le sien. Doucement, il l’embrassa. Elle laissa glisser ses mains sur son dos, jusqu’à son ventre, jusqu’à son sexe. Elle le prit alors dans sa main, le caressa, en caressa le sien, en caressa son clitoris. Elle le fit légèrement entrer en elle, l’en ressortit pour s’en caresser de nouveau le clitoris. Lui, il l’embrassait passionnément, ses lèvres, son cou, ses seins. Doucement, elle fit entrer son sexe en elle. Elle sentit les parois de son vagin se dilater. Elle poussa alors un petit cri. Cette douleur était tellement incroyablement délicieuse. Plus qu’elle ne l’avait jamais été. Il commença alors à aller et venir en elle, doucement, la caressant, l’embrassant, la serrant contre lui. Elle sentait sa chaleur, son souffle, son ventre contre le sien, son sexe aller et venir de plus en plus rapidement sans la moindre violence sans la moindre agressivité mais avec passion. Elle s’accrocha à lui, se blottit contre lui. Elle ne put retenir ses cris. Elle sentait son sexe rentrer et sortir d’elle de plus en plus rapidement. Sa respiration se fit alors saccadée, son cœur se mit à frapper, à cogner dans sa poitrine. Elle sentit alors cette douce sensation envahir son entre-jambe, ses hanches, son ventre, l’envahir totalement. Et d’un coup se libérer. Elle jouie en même temps que lui. Ils s’embrassèrent alors un long moment tandis qu’il restait encore en elle, la regardant sans lui dire un mot. Il resta sur elle. Elle sentait son cœur battre comme le sien. Tellement fort. Sa respiration. Sa chaleur. Il l’embrassa encore, la caressa, la regarda, l’embrassa encore. Tellement fort. Il voulait rester en elle encore un peu. Elle voulait qu’il reste en elle. Qu’ils ne fassent qu’un, encore un peu.

 

Doucement, il se retira d’elle. Prenant soin de ne pas lui faire mal, il se laissa glisser sur le côté, à ses côtés. Il la prit alors dans ses bras, l’embrassa encore, caressa son visage. Elle se mit alors à trembler. Il attrapa alors la couverture et l’en couvrit.

Ils restèrent là, à se regarder, à s’embrasser sans se dire un mot, lui la serrant dans ses bras elle se blottissant contre lui.

Pour la première fois depuis longtemps, elle n’éprouva pas le besoin d’aller se doucher.           Elle n’avait qu’une seule envie rester là dans ses bras, à sentir sa chaleur, son corps contre le sien, ses douces caresses, ses lèvres effleurer les siennes. Elle posa sa tête contre sa poitrine. Son cœur battait tellement fort. Tellement fort.

 

 

Quelques heures plus tard, elle s’éveilla. Elle était toujours dans ses bras. Lui, il dormait. Elle le regarda et sourit. Délicatement, elle s’enleva à ses bras et descendit du lit.

Ne portant rien d’autre que ce pendentif qu’il lui avait offert, elle se dirigea vers la cuisine pour s’y servir un verre d’eau au robinet. Elle allait le rejoindre lorsqu’elle s’arrêta devant la fenêtre. Ses yeux se figèrent dans les lumières de la nuit. Elle devait lui dire. Elle ne pouvait pas continuer comme ça, à lui cacher qu’un jour elle serait obligée de le quitter. Qu’un jour, elle serait mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas qui était là, quelque part. Elle ne pouvait pas le lui cacher, ce ne serait pas honnête. Ça ne l’était pas. Elle savait qu’il tenait à elle et qu’ils s’attacheraient tous les deux à elle plus le temps passerait. Et quoi qu’elle se dise elle aussi, elle tenait à eux. Il y avait peu de temps qu’ils étaient ensemble. Mais déjà les sentiments étaient là et chaque jour ils grandissaient et se renforçaient. Qu’elle veuille se l’avouer ou non. Et ce ne serait pas honnête. Mais comment lui dire tout ça. Ça lui foutait une trouille incroyable. Comment tout lui avouer, tout ce qu’elle avait fait, tout ce qu’elle devrait faire se demandait-elle regardant son reflet dans la vitre de cette fenêtre étreignant ce pendentif.

 

Doucement, derrière son propre reflet vint alors se dessiner le sien. Elle sentit alors ses bras s’enroulaient autour d’elle, sa chaleur. Elle sourit et tourna la tête vers lui. Il l’embrassa, la serra contre lui.

 

-          « J’ai cru que tu étais partie »

-          « Non, j’avais juste soif…j’aime regarder les lumières la nuit, c’est apaisant »

-          « Il doit y avoir une part de ténèbres en toi »

-          « Comme en toi ». Il sourit et acquiesça. Elle se tourna alors vers lui se serra dans ses bras.

-          « C’est sans doute qu’on est fait l’un pour l’autre »

-          « Dis pas ça…pas maintenant… » lui dit-elle, son regard le suppliant. Il posa alors délicatement ses lèvres sur les siennes pour lui donner un fin baiser.

-          « Ok je te le dis pas…mais…tu le sais…c’est toi et ce sera toujours toi »

-          « Tu peux pas savoir »

-          « Tu sais… » soupira-t-il « je ne suis pas un chevalier blanc, ni un prince charmant ni même un intrépide et vaillant palefrenier. Je suis le monstre tapis dans le noir, le méchant dragon de l’histoire, le vilain petit canard tout noir. Je ne sais pas vraiment ce que je suis mais…il suffit que tu me regardes pour que je sache quel homme je veux être, pour toi, comme…j’ai su quel père je voulais être pour Amanda alors…si je sais, c’est toi et ce sera toujours toi. Toujours ».

 

Elle l’embrassa alors encore et encore. Puis elle se mit à sourire quand elle sentit cette chose pointer contre son bas ventre.

 

-          « Monsieur est de retour on dirait » sourit-elle plus encore en se serrant contre lui.

-          « Ben…avoir une fille comme toi dans les bras, à poil dans la cuisine, je sais même pas comment monsieur il a pas déjà tout fini tout seul ! ».

 

Elle éclata de rire avant qu’ils ne retournent dans la chambre…pour profiter encore de ce moment.

 

Les jours s’enchainèrent tellement vite. Toute sa vie avait été chamboulée. Rien n’était plus pareil, rien ne le serait jamais plus. Ses croyances avaient été malmenées, ses peurs balayées et ses espoirs ressuscités.

Chaque fois qu’elle pensait à ce qui devrait, peut-être, lui arriver, chaque fois que ses sombres pensées l’envahissaient, chaque fois qu’elle étreignait ce pendentif alors que son cœur se serrait, il arrivait. Il la prenait dans ses bras. Il l’embrassait et tout s’effaçait comme par magie. Il n’y avait plus qu’elle, lui, eux. Leur vie. Leur famille.

 

 

Tout s’enchaina alors très vite, quelques mois après leur première nuit, elle vint s’installer chez eux, chez elle. En quelques mois, ils se battirent une vie, une vie de couple, une vie de famille. Très vite, Amanda devint bien plus que simplement la fille de Damian. Elle devint une petite fille attachante, très attachante qui s’accrochait à elle de plus en plus chaque jour, qui avait de plus en plus besoin d’elle chaque jour. Belinda ne s’était jamais imaginée en mère, elle n’avait jamais osé l’imaginer. Mais à chaque fois que la petite fille se blottissait contre elle, chaque fois qu’elle lui faisait un câlin, chaque fois, qu’elle lui prenait la main, chaque fois qu’elle faisait ses devoirs avec elle, chaque fois qu’elle était malade et qu’elle la réclamait, chaque fois que Belinda passait ses nuits avec elle, qu’elle la consolait ou qu’elle allait à la danse avec elle, elle le devenait un peu plus. Et cela la terrifiait. Mais pour rien au monde elle n’aurait changé de place. Chaque jour, ses sentiments pour Damian, pour Amanda, son amitié pour les garçons, avec Katy et même Nadya se renforçaient. Chaque jour elle devenait une femme qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir être. Leur amitié, leur amour l’avait libérée. Son amour pour eux la rendait plus forte, plus confiante, plus combative. Elle devenait celle qu’elle était réellement. Celle qu’elle avait toujours été.

 

Et les jours passèrent, passèrent et passèrent. Pour chaque jour qui mourrait, elle savait, désormais, que celui qui naissait, inéluctablement, ne pourrait être que meilleur encore. Et même si une quelconque merde leur tombait dessus, ce jour-là, elle savait que rien ne pourrait changer le fait qu’elle se serrerait dans ses bras, qu’il l’embrasserait, qu’Amanda lui ferait un câlin. Ensemble, ils se démerderaient comme ils le pourraient avec ce qu’ils avaient pour faire en sorte que cette merde ne reste que de la merde. Et rien d’autre.

 

Bientôt cette date du 1er juillet 2017 ne lui fit plus peur. Elle n’avait plus peur de ces jours qui passaient. Elle n’avait plus peur de ce qui allait arriver. Elle ne pensa plus jamais à cette date tellement fatidique pour elle quelques mois plus tôt.

 

Et les jours, les semaines, les mois, les années passèrent.

 

 

Samedi 1er juillet 2017.

 

Inéluctablement alors que l’été était arrivé, son portable se mit à sonner. En le prenant elle présuma que c’était Damian. Peut-être même Amanda qui avait pris l’habitude de lui téléphoner ou de lui envoyer des SMS à tout bout de champ depuis qu’elle lui avait offert ce portable sans le dire à Damian. C’était un petit secret entre elles, entre filles. Elle n’en regarda pas l’écran. Et son sourire qui s’était aussitôt dessiné de plus belle, ce sourire qui lui éclairait le visage comme toujours, d’un coup, s’effaça. Son regard s’assombrit lorsqu’elle entendit cette voix lui parler en arabe.

D’un coup, toutes les peurs, toutes les angoisses qu’elle avait oubliées, qu’elle s’était cachées, lui revinrent en pleine figure. Elles se jetèrent sur elle comme des monstres voraces et affamées. Elles dévorèrent en une minuscule fraction de seconde, tous ses espoirs, tous ses rêves, tous leurs projets.

Pourtant, jamais elle n’en parla à Damian ni à personne d’autre. Elle voulait régler ça toute seule. Elle voulait que lorsqu’elle lui raconterait tout, elle puisse lui, leur dire qu’elle serait à jamais à lui, avec eux. Elle voulait qu’il soit fier d’elle. Elle voulait lui montrer, se prouver à elle-même qu’elle n’était plus cette petite fille trouillarde qui ne faisait que jouer avec son cul, qu’elle n’était plus cette foutue lâche. Elle voulait lui dire qu’il avait toujours eu raison. « Dire qu’on n’a pas le choix c’est de la lâcheté ». Et elle ne serait plus jamais cette foutue lâche. Elle affronterait ce père qui l’avait vendue. Elle se battrait pour elle, pour lui, pour sa famille.

 

 

 

Ce samedi-là, il y avait déjà plus de trois ans et demi qu’il était entré dans le bureau de Belinda pour la première fois. Lorsqu’il poussa la porte de son appartement après avoir été faire des courses avec Amanda, tout de suite, Damian sentit que quelque chose clochait. Les fenêtres étaient toutes fermées, malgré la chaleur. La télé ne marchait pas et l’appartement n’avait cette odeur si particulière.

Portant les sacs de courses, il entra suivi d’Amanda qui en portait quelques autres. Il fit quelques pas et son sang se glaça. Il sut aussitôt. Ses yeux ne pouvaient quitter cette enveloppe mise en évidence sur la table de salon. Il sut. Il posa les courses sur le sol et se dirigea vers cette enveloppe imité par sa fille.

Ces quelques pas furent tellement dur, tellement…il avait l’impression, d’un coup, de ne plus être qu’un zombie qui marchait sur un sol complètement instable. Il se laissa tomber dans le canapé. Il regarda Amanda qui, dans son regard, avait toute l’innocence et la peur d’un gosse qui se rendait compte que quelque chose n’allait pas.

 

-          « Papa ?! ».

 

Il prit alors l’enveloppe, l’ouvrit. Le pendentif en forme de trèfle qu’il lui avait offert, tomba sur le sol. Amanda le ramassa aussitôt et le tint dans ses mains.

 

-          « Elle est où Nineda ? Hein ?! Papa ! ».

 

Il ne lui répondit pas. Il la fit s’asseoir sur ses genoux, commença à lire, à haute voix, cette lettre que Belinda leur avait écrite avant de partir et qui lui faisait trembler les mains.

 

 Damian, Amanda, mes deux amours,

 

Je ne sais pas par où commencer. C’est tellement difficile. Et il y a tellement de choses que j’aurai à te dire. Tellement de choses que j’aimerai vous dire à tous les deux. Tellement de choses que j’aurai voulues vivre avec vous.

 

J’aurai tellement voulu vieillir et mourir à tes côtés, dans tes bras. Tu ne peux pas savoir.

 

Amanda,

Je t’aime très, très fort. De toutes mes forces.

Je ne sais pas si tu te rappelles le premier dimanche qu’on a passé tous les trois. Tu m’avais montrée tes petites figurines et tu m’as dit qu’on n’avait pas besoin de se ressembler pour être une famille. C’est tellement vrai. Tu avais tellement raison ma puce, tu ne peux avoir à quel point tu avais raison.

Tu sais bien que je ne t’ai pas portée. Pourtant, tu es ma fille et je t’aime autant que si tu étais sortie de mon ventre. Et j’aurai tellement voulu te voir grandir, te voir devenir une belle jeune fille et t’aider à devenir une femme.

J’aurai tellement voulu être une maman pour toi, être la maman que tu mérites. Mais je ne le pourrais pas ma chérie. Ça n’a rien à voir avec toi. Tu n’y es pour rien. Et surtout ne sois pas triste parce que tu mérites tellement mieux que moi. Et j’espère de tout mon cœur qu’un jour tu auras une maman qui te fera des tonnes de bisous et de câlins, une maman qui sera toujours là pour toi. J’aurai tellement voulu l’être, tu ne peux pas savoir mais ce ne sera pas moi. Je ne le pourrais pas. Mais sache que jamais je ne t’oublierai parce que tu es ma petite puce à moi.

Ne sois pas triste s’il te plaît. Continue de bien travailler à l’école. Ecoute ce que papa te dit, la plupart du temps en tout cas. Fais de petites et surtout de grosses bêtises pour faire enrager ton papa. Amuses-toi bien avec tes jeux et tes jouets, avec ton petit lapin Miguel. J’espère que tu auras tous les animaux que tu veux.

 

Ne m’oublie pas trop vite. Je t’aime tellement fort ma petite chérie.

 

Je ne te dis pas au revoir ni adieu parce que tu seras toujours avec moi. Je te laisse le pendentif que ton papa m’a offert en me disant qu’il me porterait chance. Il est pour toi. D’abord parce que ce sera un petit souvenir de moi, d’une dame qui t’as aimée et t’aimeras toujours et de toutes ses forces. Ensuite, ton papa avait raison, ce pendentif est magique. Il m’a donnée une chance incroyable. J’espère que ce sera pareil pour toi. Et que quand tu seras grande tu rencontras quelqu’un qui sera aussi gentil que ton papa et que cette personne te rendra aussi heureuse que je l’ai été avec toi et ton papa.

 

Je t’aime Amanda. Ne laisse jamais personne te dire ce que tu dois penser, faire ou choisir. Tu es libre, ma chérie, ne l’oublies jamais.

 

 

Grâce à vous, tous, j’ai eu la chance d’avoir une famille, une vraie famille et de vrais amis. Grace à vous, j’ai su ce que cela faisait de ne pas être seule, ce que c’était d’être véritablement soutenue, aimée. Vous tous vous m’avez rendue heureuse.          Je n’oublierai jamais les soirées, les restos, les vacances et les sorties qu’on faisait ensemble. Vous me manquerez tous et          je regretterai toujours ces moments.

Merci pour tout ce que vous avez fait. Essayez de ne pas trop me détester. Et, je sais bien que je n’ai aucun droit de vous demander une faveur mais s’il vous plaît veillez bien sur Amanda et Damian.

Katy et Nadya : merci pour tout. Profitez bien de ce que vous avez parce que cela ne dure pas.

Jamais je ne vous oublierai, vous serez toujours dans mon cœur.

 

 

Damian, il faut que tu saches que je t’aime. Je t’aime. Je t’aime tellement. Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime.

Tu vois je te l’avais dit que je te ferai souffrir. Je ne t’avais pas menti. Je sais bien que tu dois te demander pourquoi je m’en vais et que tu dois avoir du mal à comprendre. Hier encore, j’étais persuadée que je passerai la soirée d’aujourd’hui et toutes celles qui suivraient avec toi et Amanda, que rien ne changerait. J’avais tort. J’ai cru tellement de choses que je serai capable de vous rendre fiers de moi. Là-dessus aussi j’avais tort.

T’embêtes pas avec tout ça. Ce n’est pas ce qui est important. Ce qui l‘est par contre c’est toi, c’est nous, ce qu’on a vécu ensemble. Ce sont des moments que je chérirais jusqu’à ma mort, tu peux me croire quand je te dis ça, ce ne sont pas des paroles en l’air. Ce sont des moments que je chérirais toujours. Je sais bien que tu vas me détester et probablement certains jours tu vas me haïr. Tu en as totalement le droit et tant mieux si cela te fait du bien. Et je ne vais pas te demander de me pardonner. D’abord parce que je n’ai rien à me faire me pardonner et surtout parce que je ne veux pas que tu m’oublies. Et moi je ne t’oublierais jamais.

Te quitter n’a jamais été dans mes intentions. Je ne vais pas te dire que j’ai toujours su que tu étais l’homme de ma vie. Non ce serait faux.

La première fois dans mon bureau, je t’ai détesté, je t’ai haï. Tu as foutu un sacré bordel dans ma tête. Et c’est rien de le dire. Tu as tout chamboulé, tout ce en quoi je croyais, tout ce que je pensais, tout ce que je croyais être tout ce que je croyais savoir, tu as tout changé ce jour-jà d’un coup comme ça. Et pendant des semaines je t’en ai voulu parce que

Jamais personne d’autre que toi ne m’as foutue en colère de cette façon. Et jamais personne d’autre que toi ne m’as terrifiée à ce point-là.

Jamais personne d’autre que toi ne m’as fait ressentir ce que tu m’as fait ressentir. Quand je t’ai rencontré je n’étais qu’une gamine trouillarde qui ne savait pas ce qu’elle voulait, et tu as fait de moi une femme. Tu m’as rendu tellement heureuse, jamais je ne pourrais te remercier de tout ce bonheur que tu m’as donné, de tout cet amour, de cette confiance. De tout de ce que tu m’as donnée.

Damian, je veux que tu saches que je ne quitte pas pour un autre homme parce que c’est impossible, il n’y en a aucun autre comme toi. Et je ne dis pas ça pour te réconforter ou quoi que ce soit d’autre. Je te dis la vérité. Pour moi, il n’y a personne d’autre et il n’y aura jamais personne d’autre que toi.

 

Mon cœur et mon âme sont à toi à tout jamais.

 

Je sais bien que je n’en ai aucun droit de te demander quelque chose mais pourtant je te le demande : ne me cherche pas. Ne cherches surtout pas à me retrouver. Tout est bien comme ça. Crois-moi. Tout va bien et tout ira bien pour moi. Ne t’en fais pas.

 

Par contre, et je ne t’en laisse pas le choix, je veux que tu sois heureux pour toi et pour moi. Je veux que tu fasses ta vie avec une femme qui te rendra heureux, avec qui tu pourras avoir des enfants, avec qui tu pourras avoir une grande maison pleine d’animaux. Une maison pleine d’amour.

 

Je te le souhaite de tout mon cœur. Je veux que tu sois heureux. Comme ça, quelque part, je le serai moi aussi.

 

Je t’aime et je t’aimerai toujours de toutes mes forces de tout mon cœur et de toute mon âme.

 

S’il te plaît garde un petit peu de moi quelque part en toi, dans un petit coin de ta tête et de ton cœur parce que dès que j’aurai refermé la porte de chez nous, il ne restera rien de moi. Il ne restera plus rien en moi juste l’amour que j’aie pour toi et pour Amanda, tout le reste disparaitra.

 

Je t’aime.

 

Je vous aime tellement et pour toujours.

 

Adieu.

 

Belinda  





La petite fille regardait son père qui lisait cette lettre, la voix chevrotante. Ses yeux, à chaque mot, ces poignards qu’il prononçait, se remplissaient de larmes. Elle ressentait son chagrin, elle sentait cette peur et cette tristesse grandir en elle.

Elle ne pouvait détacher les yeux de son père. Elle s’accrochait tellement fort à lui. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Il avait toujours été, essayé d’être fort pour elle, pour eux deux. Et là, elle le voyait faible comme un petit enfant. Elle avait peur, tellement peur et elle était triste. Tellement triste

 

Lorsqu’il eut terminé de lire, il replia soigneusement cette lettre, la replaça dans son enveloppe et la posa sur la table de salon. Il regarda alors sa fille, prit le pendentif qu’elle tenait serré dans ses mains et lui passa autour du cou.

 

-          « Et Nineda ? Papa ?! Elle va revenir hein ? »

-          « Elle ne reviendra pas Amanda. Elle est partie…partie ».

 

Il serra alors la petite fille contre lui. Elle se mit à pleurer et hurla qu’elle voulait qu’elle revienne. Tous les deux restèrent là, dans ce salon, seuls, pleurant comme deux enfants abandonnés dont la vie, une fois de plus, se retrouvait bouleversée.

 

Ils restèrent là, seuls. Brisés.