CONTE 2

 



Conte 2


Le Merle et l'Oie


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Ici, et je tiens à le préciser, c’est une histoire qui m’est réellement arrivée enfin qui est réellement arrivée, je veux dire. J’ai seulement changé quelques noms et quelques autres petits détails, adapté ici ou là certaines choses. J’en ai aussi supprimé d’autres pour éviter toute ressemblance avec des personnages fortuitement existants. Au final, on pourrait aussi dire que c’est une histoire qui ne m’est…n’est jamais arrivée…mais qui est quand même arrivée d’une certaine façon et d’un certain point de vue. Je ne sais pas si vous me suivez là ? Bon on va dire que c’est un conte de fée sans fée. Vous voyez ?

 

 

Il était une fois…non je déconne…quoi que c’est un bon début je me demande si quelqu’un y a déjà pensé ?...bref…

 

 

La vie était paisible à Pachmina du Bourg-du-bec, un petit village au nord du Sud…ou du sud du Nord comme vous voulez ça n’a pas d’importance pour l’histoire…Dan et sa fille…euh…non pas Dan…euh…ce n’est qu’un personnage il n’a rien à voir avec moi ni même avec ma fille c’est pour vous dire hein ! Voyons ?!…euh…alors comment on va t’appeler toi hein ?...Euh…Da…euh…Dam…euh…Dami…euh…Damio…euh Damia…euh… Damian…ah, ouais tiens ! J’aime bien…quelle joie ça doit être pour vous d’assister au processus créatif dans toute sa splendeur et sa complexité. Je sais bien que cela vous passe au-dessus de la tête ! Mais avouez quand même que ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer ! Incroyable !

 

Damian et sa fille, Amanda, lâchement abandonnés par une sale bonne femme de merde qui avait été une mère pour sa fille…putain, une mère quoi !...qui s’était cassée comme ça du jour au lendemain après des années de vie commune…salope, va !...venaient de prendre possession de leur nouvelle maison. Un ancien corps de ferme entièrement rénové…c’est plus facile pour l’histoire. A l’origine il devait le rénover mais c’était trop chiant à écrire alors pouf magie toute rénovée la baraque !…Damian espérait plus que tout prendre un nouveau départ ici, offrir à sa fille une vie un peu plus paisible qu’en ville. Peut-être même lui redonner le sourire.

Respirer l’air vivifiant de la bouse de vache fraichement démoulée, l’odeur du sang des porcs que l’on étripait, le cri du coq qu’on décapitait ou de la chèvre prise dans une tournante, tout cela leur ferait le plus grand bien.

 

Ils furent à peine entrés dans leur nouvelle demeure que, d’un coup, un homme aussi chétif que chauve dont le nez pointait toujours la bonne direction tel un GPS et son épouse à l’ossature solide de bonne polonaise roulant du cul comme un canard constipé se présentèrent à lui…l’envahirent ouais !

Damian, trop occupé à déballer ses cartons, ne retint pas leur nom. Alors, comme lui était tout de noir vêtu…oh putain j’écris comme un écrivain ! Oh putain ! Je suis tellement fier de moi…et elle tout de blanc, son imagination incroyable, débordante, intarissable lui fit les surnommer le Merle et l’Oie…ben c’est toujours mieux que vieux pervers et grosse vache achetée sur Internet non ?!

Et contrairement à ce qu’il aurait pu croire dès le départ, ils n’étaient pas si déplaisants ces gens-là. Ils avaient un peu trop l’accent de la grande ville, pour lui. Mais bon, ils n’étaient pas trop déplaisants. Ils avaient acheté une maison à la camp’hagne en espérant que cela ne soit pas trop la camp’hagne justement ou que cela ne soit qu’une ville les vaches, les poules, les truies et les porcs en moins.

Depuis plus de dix ans maintenant, ils vivaient là, et se plaisaient vraiment ici dans « chette charmante bourgade de provinche » comme l’appela l’Oie. Et tout le monde les connaissaient…à force de foutre tout le monde au tribunal pour un coq qui gueule ou un bon crottin de cheval, c’est sûr que tout le monde les connaissait. Les apprécier, je ne parierai pas mon dentier là-dessus pas mais les connaissait, ça c’est sûr.

 

Mais comme ils étaient si charmants, si conviviaux alors personne ne leur en voulait vraiment, il faut bien dire les choses comme elles sont, d’être aussi cons.

 

Et les mois passèrent. Damian et sa fille s’intégrèrent bien dans ce village où ils profitèrent du bon air et des bons produits de la terre. Jamais ils n’eurent le moindre problème avec l’un ou l’autre de leur voisin…parfois ils avaient les urines qui sentaient bizarre, ce qui inquiétait vraiment Damian…mais vraiment, vraiment…bizarre…

 

Un jour, en allant acheter directement à la ferme leur poulet du dimanche et leurs légumes de la semaine, la toute jeune Amanda tomba sous le charme d’une toute jeune et jolie génisse aux pis bien faits. Mais Damian n’était pas chaud pour déjà reprendre une grosse vache…grosse salope perverse ouais !...pardon mais je l’ai encore là quoi !...à la maison. Mais lorsqu’il demanda ce qui adviendrait de cette jeune et jolie vache, l’exploitant lui répondit :

 

-          « Ah, z’avez iski pô pétié avec eul bestio, z’avez M’sieur ! Boudiou ! On va l’traître jusqu’à eusse qu’elle vêle eusse dernier lopiot eud veau et pi on va r’garder euddans qui a pu eud lait qu’au cas qu’où qu’on d’vrait eul verser d’vant la soubréfectur. Et pi on va l’mettre dans l’battoir pour la couper dans l’morceau et qu’on va eut vendre pour euq tu le bouffes…eheheh du con eheheh…et pi qu’on va et’ dire euq c’est du bon boheuf  eud bien eud chez nous ! Eh-eheh ! Et pi qu’on va casser ses os et tiendre les s’bots pour donner à bouffer aux z’aut‘ qu’on va faite eul même chose…alors i’veut quoasse comme ploubet ! Sans momogem ? Eheheh ! »

-          « Le monsieur i’va pas tuer la vache hein Pôpa ! Pourquoi qu’i veut la tuer ! J’veux pas qui la tue mouah ! »

 

Damian sentit alors le vent tourner. Pris entre un péquenaud pervers animé par des pulsions de morts envers ses vaches et la moitié de la planète…et prêt à lui faire bouffer de la merde en disant que c’est bon pour lui tout en lui faisant payer plein pot, connard va !…, sa fille dont la petite bouille blonde si douce d’habitude commençait à se changer en une sorte de démon rougeoyant prêt à hurler au monde entier qu’elle voulait cette p…de vache qui le regardait avec des yeux suppliant : « sauve-moi ! ». 

 

Bon ok vous savez comment ça va finir elle va chialer, je vais l’acheter enfin je veux dire Damian, bien sûr, va l’acheter en la payant le triple de son prix pour qu’elle ferme sa p…de gueule que je supporte pas quand elle chouine comme ça…Enfin c’est Damian qui supporte pas moi je gère, je gère…respire, respire ! Oh, putain ! Putain, putain !  J’fais une crise d’angoisse ! J’vais crever ! Oh, putain !

 

 

La transaction conclue Damian, Amanda, la désormais bien nommée Pâquerette firent le chemin inverse. Ils marchèrent dans les petites rues de ce petit village du nord du Sud. Damian n’était pas peu fier d’avoir aujourd’hui sauvé une vie et d’avoir rendu sa fille heureuse. Et tandis que la petite fille tentait de retenir cette vache, glissant dans les bouses comme si elle faisait du ski nautique dans la merde, lui commença à se prendre à rêver qu’en donnant du chocolat à manger à cette vache, elle lui ferait du lait au chocolat ou des glaçons elle lui ferait des glaces ou du sucre elle lui ferait de la confiture de lait. Comme la vie serait belle et qu’ils seraient heureux tous les trois sous le ciel bleu et ses milliers d’arc-en-ciel du pays rendu joyeux par une trop forte dose d’anxiolytique.

Dès le lendemain, Damian sut que cet idyllique tableau ne verrait le jour qu’au pays des rêves fabuleux et monstres gentils. La tentation fut alors grande d’acheter une carabine, d’y mettre des cartouches, de pousser le canon dans sa bouche et d’appuyer sur la détente. Mais bien sûr il ne le ferait pas car aujourd’hui en plus d’avoir un crédit de trente ans sur le dos, une petite fille de douze ans à élever seul, il avait une vache…une putain de vache !... et il ne savait même pas ce que ça bouffait une vache…oh putain ! J’vais m’en coller une !

 

Souvent, le Merle et l’Oie venaient rendre visite à Damian et Amanda. Ce gentil couple s’amusait souvent de voir la petite fille jouer et monter ce drôle de chien à cornes qui était tellement sage qu’on n’entendait jamais aboyer, crénom d’une pipe !

Souvent, ils s’invitèrent aussi à souper. Ils s’imposèrent parfois, gentiment, les soirs d’été pour faire un gentil barbeuque dans la cour intérieure de ce corps de ferme, invitant quelques-uns de leurs bons amis venus de la Cap’hitale. Car chez eux le jardin était bien trop fleuri et surtout, surtout…surtout ils ne voulaient pas piétiner leur chère, chère pelouse qui était la même que celle mise au stade de France…et mon poing dans ta gueule de con tu la veux…pardon !

 

Damian se disait qu’ils valaient mieux les subir de cette façon plutôt que d’une autre car il n’avait pas besoin de ça en ce moment alors il les tolérait. Et puis cela donnait un semblant de vie sociale à Amanda qui côtoyait d’autres personnes que son père, cela ne pouvait lui être que bénéfique alors il les tolérait. Bien obligé. Et puis, elle s’attachait à eux, aussi.

 

 

La réalité se révéla moins pire que ce que Damian avait imaginé. Il avait aménagé la grange pour que Pâquerette ait un petit chez elle, bien confortable. Amanda adorait cette vache. Elle s’en occupait comme d’un trésor, la brossait, lui donnait à manger du foin, de l’herbe…ça coute une blinde, putain ! Elle allait aussi souvent, très souvent, la balader dans les rues du village ou dans le champ derrière leur maison, passant devant le joli pavillon et la jolie pelouse du Merle et de l’Oie qui, chaque fois, lui faisaient signe de la main. Parfois ils allaient même jusqu’à lui offrir quelques bonbons et un sucre pour le chien qui grossissait drôlement. Il allait crever assurément si la petite n’y faisait pas plus attention.

 

 

Au printemps suivant, tandis que les petits zozios cuit-cuités dans les arbres refleurissant Pâquerette pesait environ une tonne…et ses bouses à peu près la même chose…et Amanda s’en occupait toujours aussi bien. Elle était tellement fière d’aller se promener dans les rues du village avec son amie, montant sur son dos, la tenant en laisse comme si elle était un chien d’à peine quelques kilos. Jamais Pâquerette ne tira d’un coup la petite fille, ne rua ou ne la brusqua d’une quelconque manière. Et s’occuper de cette vache, jouer avec elle, lui lire des histoires…eh oui c’est un gosse faut pas l’oublier, ça, hein !...avait rendu son beau sourire à Amanda qui ne réclamait plus celle qui était, pour elle, sa mère. Damian se disait alors qu’il avait bien fait d’acheter cette vache même s’il n’en était pas totalement convaincu…bon c’est vrai moi aussi je me suis attaché à elle, on va pas en faire toute une histoire…je crois qu’elle a comblé un vide dans mon cœur enfin, bien sûr, dans celui de Damian c’est évident, n’est-ce pas !

 

Mais dans la sombritude des ombres de ce petit village, enrageait une grogne sourde et aveugle, avide de ce délicieux pouvoir dont se sentent investies certaines personnes. Des crapauds baveux, des rats scélérats…je sais c’est facile celle-là…des oiseaux calomnieux…pour lesquels on fera un procès plus tard, parce que tout ça c’est une vraie ménagerie là dehors, qui pue et qui crie, bande de dégueulache…attendaient leur temps.

 

Et le temps fut venu. Ben en même temps, on va pas y passer des plombes surtout que tout le monde se doute de ce qui va se passer.

 

Un jour alors que, comme à leur habitude, Amanda et Pâquerette se promenaient dans les rues du village saluant les gens qu’elles croisaient, discutant parfois avec l’un ou l’autre des vieux sages, un horrible hurlement vint alors déchirer la paisible tranquillité de ce petit village de camp’hagne.

 

-          « AAAAAAAAH ! AAAAAAAAAH ! A l’ATTENTAT ! A L’ATTENTAT ! AAAAAH ! ».

 

Ce fut alors que tout le village accourut au chevet de cette femme et de cet homme blessés, humiliés, meurtris.

Comme tous les autres, Amanda et Pâquerette accoururent pour voir ce qui arrivait à leurs amis, les réconforter d’un câlin ou d’une léchouille.

Mais elles n’eurent pas le temps de pointer le bout de leur nez et de leur museau qu’une voix stridente, méprisante hurla et caqueta :

 

-          « AAAAAAAAH ! C’est elle ! C’est elle la petite salope  qui a fait chier son…drôle de clébard devant mon portail ! AAAAAAH ! AAAAAAAAAAAAAAH ! Je me sens mal, mon ami ! Faites-la piquer ! Faut la piquer ! Je veux qu’on la pique ! AAAAAAH ! Si la voiture roule là-dedans faudra changer les pneus ! Piquez-la mon ami ! Je veux qu’on la pique ! J’vous en supplie ! AAAAAAAAAH ! ».

-           « Boudiou… » s’exclama alors l’un des vieux sages du village désignant la mère l’Oie « c’est elle ste bestio qui faut piquer ! ».

 

Tous rigolèrent et tous s’en allèrent.

 

Mais alors qu’Amanda était rentrée chez elle pleurant à chaudes larmes parce que ceux qu’elle considérait comme ses amis voulaient tuer sa Pâquerette, se croyant responsable de tout, un coup de sonnette retentit dans toute la maison comme un glas.

 

Damian se dirigea vers le portail d’entrée, vers les deux gendarmes qui l’y attendaient.

 

-          « B’soir, M’sieur ! Gendarmerie nationale papier siouplié !...Pardon l’habitude…il parait que vous avez un chien…bizarre…vraiment bizarre…d’après ce qu’on nous a dit… » dit alors le plus jeune des deux gendarmes en lisant les notes qu’il avait prises sur son calepin Clairefontaine spiralé «  qui aurait déféqué excusez du terme hein ! Devant le portail de vos voisins provoquant…et là je cite « la pire attaque d’angoisse qu’une personne citoyenne et responsable eusse dû subir à cause d’une petite salope et de sa saloperie de clébard »…on peut voir le chien ? Vous avez les autorisations pour détenir ce chien ? De quelle race il est au fait ? On peut le voir s’il est toujours en votre possession ? »

-          « Je suppose que vous voulez voir ses papiers » lui rétorqua Damian.

-          « Ah ! On ne plaisante pas avec la Gendarmerie Nationale Monsieur ! Soyez corrects ! Nous ne vous agressons pas alors ne nous agressez pas ! Nous sommes des militaires ! Nous sommes assermentés ! »

-          « Elle est ici ».

 

Il emmena ces deux grands militaires de carrière…comme leur père probablement…vers Pâquerette qui lui sembla ce soir tellement triste comme si elle comprenait ce qui se passait et qu’elle s’en voulait de faire pleurer Amanda, de la rendre triste, de ne rien pouvoir faire pour elle.

 

-          « WOoOh ! C’est quoi comme chien ça ! » s’écria le plus jeune des deux gendarmes

-          « C’est une vache » lui rétorqua Damian, commençant à être excédé par toutes ces simagrées, s’abstenant d’ajouter « du con ! »

-          « Oh, je vois où est le problème ! C’est bien ce qui me semblait. Vos voisins sont de la ville…vous savez mes parents étaient agriculteurs…bonne soirée Monsieur et désolé de vous avoir dérangé » sembla alors regretter le plus âgé des deux gendarmes.

 

Et alors qu’ils s’éloignaient refermant le portail derrière eux, Damian resta là regardant Pâquerette. Il sentait cette douleur grandir en lui. Une douleur, une souffrance, une envie de vengeance qui ne s’étaient imposées à lui depuis…quelques temps.

 

 

La jeune Amanda ne cessa de pleurer toute la soirée et une partie de la nuit jusqu’à ce qu’elle s’endorme enfin sanglotant de peur de perdre sa Pâquerette, de perdre encore l’une de ses amies.

Damian, lui, resta, éveillé, perdu dans la noirceur qui l’entourait. Fixant les photos de sa fille et de sa vache, il sentait cette colère grogner en lui comme les sanglots de sa fille contre sa poitrine.

A cause de deux horribles bestioles, Amanda souffrait. A cause de leur bêtise sans nom, elle avait mal et il ne pouvait rien y faire. Cela le mettait en colère. Tellement en colère.                Il souhaita alors très, très, très fort que ces deux horribles oiseaux meurent de la manière la plus horrible qui soit.

Mais dans ce monde, il n’y avait pas de magie, pas de petits lutins ou de génie qui viendraient exaucer son souhait. Il finit alors par s’endormir Amanda blottie contre lui.

 

Mais dans la fraîcheur et la noirceur d’une nuit de printemps, il arrive parfois que les souhaits, malgré tout ce que l’on peut penser, soient exaucés.

Des pas craquaient sous les gravillons de leur allée, marchant, écrasant leur belle pelouse. Doucement, lentement, ils se dirigèrent vers la porte d’entrée qui, d’un coup, s’ouvrit, comme par magie. Les pas se faufilèrent à l’intérieur, gravirent les marches, une à une, de l’escalier qui menait au premier étage de ce joli pavillon.

Dans la chambre à coucher, les deux sombres et sales oiseaux, même en dormant, piaffaient, se délectant dans leurs rêves les plus sombres du mal qu’ils faisaient, s’en repaissant, s’en gavant.

 

D’un coup, ils s’éveillèrent. Aussitôt, ils se rendirent compte qu’ils étaient comme paralysés. Aucun d’eux ne pouvait plus bouger alors qu’aucun lien ne leur enserrait les bras, les mains ou les pieds.

Ce fut alors qu’ils virent cette ombre tapie dans les ténèbres de leur chambre qui, lentement, s’avança vers eux laissant briller dans sa main une chose argentée.

L’ombre monta à califourchon sur le lit. Les deux sales oiseaux essayèrent d’hurler. Mais leurs lèvres ne se desserrèrent pas.

L’ombre tenait dans sa main un scalpel qu’elle laissa glisser lentement, doucement le long de la joue du Merle qui se mit à pleurer comme un enfant alors que l’Oie, à ses côtés, tentait d’hurler comme jamais elle n’avait dû le faire.

Mais, d’un coup, ses gémissements sourds se turent lorsqu’elle sentit couler vers elle, contre sa cuisse un liquide chaud devenant tout à coup glacé. Le Merle venait de se pisser dessus comme le lâche qu’il était. L’ombre, alors, laissa glisser la lame de son scalpel jusqu’à l’œil de ce lâche qui s’en était pris à une petite fille que tout le monde aimait dans le village. D’un coup, elle y enfonça cette fine lame. Son globe oculaire en éclata dans un flot de sang rouge ininterrompu qui se déversa partout sur son visage, coula dans sa bouche, sur son cou. Son corps fut alors prit de soubresauts qui firent trembler tout le lit.

L’Oie qui tentait d’hurler ne put émettre que quelques grognements. Elle sentit, d’un coup, son ventre se durcir, se serrer et, d’un coup, se libérer en une marée de merde qui lui recouvrit les jambes et le haut du dos.

Aussi ferma-t-elle les yeux pour ne plus voir tout ce sang. Tout de suite, elle sentit un poids peser sur elle. Elle rouvrit alors les yeux et vit cette ombre qui se tenait sur elle, la fixant, l’envisageant, la dévisageant. Elle essaya de se débattre sans y parvenir, grogna. Lentement, l’ombre se pencha vers elle, sur elle. Elle sentit alors le souffle chaud de sa respiration contre sa joue. Cette ombre leva alors la main dans laquelle brillait la lame du scalpel, la laissa courir sur le front de l’Oie qui gémissait, grognant comme une truie, la fit glisser sa tempe, sa joue, sur ses lèvres, la fit remonter sur son nez.

D’un coup, l’Oie ressentit une douleur atroce. L’ombre venait de lui sectionner la paupière gauche puis la droite pour qu’elle garde les yeux grands ouverts. Elle sentit alors le sang ruisseler sur son visage, dans son cou, entre ses seins flétris.

 

L’ombre descendit du lit, jeta le drap de satin qui les couvrait et qui tomba lentement sur le sol. Leurs corps tremblant et convulsant se découvrirent, couverts de leur merde et de leur pisse, de leur sang. L’ombre s’arrêta profitant de l’instant. Puis, un court moment, elle disparut dans la noirceur de cette chambre.

Elle réapparut quelques secondes plus tard au chevet du Merle qui convulsait. Sa main dissimulée dans un gant en latex lui caressa le visage recouvert de son propre sang, lui caressa ses lèvres. D’un coup, elle lui ouvrit le bec. D’un coup, l’ombre lui attrapa la langue desserrant ses dents. Soudain, des murmures semblèrent s’élever dans toute la chambre, semblant venir des murs, de l’obscurité, de partout autour de ce lit maculé de sang, de merde et de pisse. Ces murmures disaient à peu près :

 

-          « Ne parles que lorsque tu dois, n’accuses que lorsque tu sais. Jamais ne dis mots pour blesser. Jamais ne mens pour dissimuler tes propres pêchés. Sinon ta langue au démon sera donnée. Et je suis le démon venu réclamer son dû sans délai ».

 

Brusquement, un éclair lumineux et argenté sembla éclairer toute la chambre. D’un coup, l’Oie qui s’était chiée dessus reçu un flot de sang épais et chaud en pleine figure. Elle vit la langue du Merle tomber sur sa poitrine. Et l’ombre encore disparut. L’Oie tentait de hurler, tentait de se débattre. Mais son sort était désormais scellé.

Lentement, l’ombre ressortit, une nouvelle fois, des ténèbres pour venir s’agenouiller aux côtés de l’Oie dont elle caressa, affectueusement, les cheveux, le bout du nez. L’ombre sembla compatir à sa douleur, douce et tendre.

Soudainement, elle fit peser sa main de tout son poids sur le menton de l’Oie. Elle y appuya tellement fort qu’elle sentit la mâchoire du volatile craquer, se fissurer comme du verre.

La douleur fut atroce. L’Oie ne put émettre qu’un faible gémissement sourd. Elle sentit aussitôt son cœur s’emballer. Elle ne parvint alors plus à respirer. Mais avant de sombrer dans les ténèbres qui étaient venus pour l’emporter, elle sentit la lame du scalpel s’enfoncer dans la chair de sa langue. Elle la sentit s’ouvrir, se déchirer et lentement s’arracher à son corps sous la lame du scalpel. Elle sentit le sang remplir sa bouche, envahir ses narines, sa gorge, couler le long de son cou. Elle sentit ce sang fuir d’elle comme la vie de son corps.

 

Enfin, dans les ténèbres de cette chambre, de cette maison, de cette nuit de printemps froide et sombre, l’ombre disparut.

 

 

Quelques jours plus tard, une rumeur se mit à courir dans tout le village : les gens de la grande ville étaient partis sans laisser d’adresse. Quelque chose, sans doute, leur était arrivé. Puis, les gendarmes menèrent une enquête. Mais Rien n’indiquait une quelconque agression, un quelconque drame qui aurait pu se dérouler dans cette maison propre et bien rangée.

La brigade scientifique de la gendarmerie la passa au crible sans trouver la moindre goute de sang, la moindre trace de bagarre, de lutte ou quoi que ce soit d’autre. Alors tous conclurent que ce sale couple de volatile qui leur avait empoissonné la vie pendant plus de dix ans s’en était allé, s’en était retourné dans son nid.

Pourtant, tous savaient, tous se doutaient que, parmi eux, un, peut-être même plusieurs, savait ce qui s’était réellement passé. Et tous, s’ils le ou les croisaient, les en remercieraient.

 

 

Damian fut interrogé comme tous les villageois, comme tous ceux contre lesquels ce satané couple avait porté plainte. Bien qu’il n’ait aucun autre alibi que celui de s’être endormi, sa fille blottie contre lui, il ne fut jamais inquiété comme beaucoup d’autres habitants du village.

 

Damian, Amanda et Pâquerette pourraient alors vivre heureux des années, là, dans leur maison, dans leur village et ne penseraient plus jamais à ces deux oiseaux de mauvais augure que les ténèbres avaient emportés.  

Et là je me rends compte que tout ça, ça peut prêter à confusion. Je tiens à préciser d’emblée que même que si c’est une histoire qui est arrivée, plus ou moins. Moi j’ai rien à voir là-dedans. En plus, c’est même pas comme ça que ça s’est passé…enfin moi j’en sais rien comment ça s’est passé, tout ce que je sais moi c’est que je suis innocent. Et non ! C’est pas une confession déguisée ou quoi que ce soit que j’en sais rien. Enfin voilà quoi ! Moi je suis innocent...mais non…non…non !...Moi je suis innocent j’vous dis !...Pourquoi vous faites ça ! Pourquoi vous faites celui qui comprend pas ! Hein !  Si je vous dis, et je vous le dis, que je suis innocent c’est que je suis innocent. Mais vraiment innocent dans le sens où j’ai rien fait du tout. Pas dans le sens « ouais j’ai rien fait et j’m’en branle. Tant mieux que ces deux vieux cons i’soient claqués et en train de pourrir quelque part ». Et encoere moins dans le sens « je suis en tôaule mais c’est pas moi ». NON ! NON ! NON ! Psas du tout, pas du toutt !...Oh ! Putain, je vous vois venir !…Ecoutez-moi…non, non non…mais écoutez-moi s’il vou pslait…non…ok…Soyons clair…ouh…respire, resipre…Moi je dis juste : ce n’est pas moi, j’ai rien fai tet jje sais pas ce qui s’est passé et jjje veux pas le savoir…ook…ils son t morts c’est sûr tout le monde le sairt…enfin je dis ça, je dis « c’est sûr » mais j’en sais rien, mmoi…ooh putain ! Si vous pouvierz vori mes mains, elles tremeblent trllement. C’est pas les mains d’un criminel ça ! Oh, mon Dieu ! Mon Dieu ! Je vais me chier dessus…écoutez on va se calmer, on va se poser je vous en suplliue…ouh ! Laisssez-moi souffler deux secondes, j’arrive plus à respirer, mon Dieuue ! Je suis inncoent. Mon Dieu ! Min Dieu ! Je suis innocent ! Tellement innocent ! C’est toutce que j’ai à dire. Mais s’il vous plait, s’il vou plasit me foutre pas en taule je dois penser à ma fille sa mère c’est une lesbienne qui se tape des mecs elle peut pas aller vivre avec ça. Qu’est-ce que elle va comprendre la dedans ? Que manaman aime les femmes mais que’elle couche avec ds himmes quelques fois avec plusieus homes uo femmes didféents dans la semaine, quelques fois même dans la journée. J’ai rien contre les lesbiennes et les pas lesbiennes ou celles qui savent qu’elles le sont ou pas ou quq’elles croient qu’elle els otnpas. Pardon, je vais respirer un peu s’il vou lait je n’arrive palsu à cecrie.

Je dis juste que je veux pas aller en taole…ouh…que j’ai une fille à élever et que sa mère c’est une salope. Ok. Mais je nai pas tué ces deux vieux. Ok. Maintenant que ceci c’est dit, que c’et clair et bien clair que je suis inncoent et complétement innocent de tout. Je vou remercie de votre compréhension et pardon pour tout ça mais il falalit que je le précise. Encore pardon je suis pas un tueur en srie ou quoi que ces oti d’autre je suis juste un peu anixieux de nature t puis avec tout ce qui m’arrive ça ne s’arrgane pas, il faut me comrpendre un peu aussi. Mondieu que c’est dur out ça. Mon Dieu ! C’est dur !

Je sais pas pourqioi jai voulu écrire ne fait, il y a eu cette saleté de maladie, puis le confinement et puis j’étais cooincé à la amsion je me suis dit « ok fais-le ça va te paser le temps et eviter de penser que tu vas crever à poil avec un tuyau dans la bouche ». Mais je rézlise maintenant que j’aurzo pas du mais alors pas dut tout. Crest tès difficile d’ecrire croyez moi ça peut aller jusqu’à vous fourte uen chiasse pas possible et vous faire chialer omme un gosse epndant des heurse. Ouh ! C’est bon ça va ! Ouh ça va mieux là ! Ouh ! Ok ouh ! vV oilà. Merci. Pardn. Parond. Pardon !  Merci.

Pour être fanrc, e sais plus ce que je dois faire et vous povez pas me répondre parce que vous netes pas là ya persone ici. Je suis tout seul. Putina de vie de merde !

 

Pardon

 

Merci de votre compr »hension.