CONTE 4

 




Conte 4

La Vieille Dame et la Grochicha


δ

 

Je dois préciser que je n’ai rien à voir là-dedans ? Dites ?…Je…dites-moi s’il vous plait que vous me croyez ! S’il vous plait ! Dites-moi, je suis un bon gars, hein ! Je suis un bon gars, hein ? Dites-moi encore des choses gentilles !…Je…hein, que je suis un bon gars ?...Ok !…Merci. Ça me fait tellement du plaisir ce que vous me dites. Merci. Merci et merci. Vous, vous êtes tellement une belle personne. Tellement belle. Merci.

 

 

Jadis, sur la plus haute colline du pittoresque et non moins charmant petit village de Gorhé-Lez-Plouck, se dressait fièrement un magnifique manoir.

Là, naguère, à la belle saison venue, toute la bonne société alentour aimait à se réunir autour d’un bon cochon grillé, de quelques bons cigares négligemment fumés et de quelques bons petits verres de liqueurs locales hautainement avalées.

Tous, alors, discutaient argent, politique, investissement ou industrie pendant que leurs jeunes et jolies épouses à la jolie peau nacrée et au chignon savamment dressé, s’attachaient à parler lessive et électroménager, donnant parfois le sein au dernier né ou s’empressant de servir leur mari dès que celui-ci aboyait…ah ! Le bon vieux temps, quand les femmes savaient rester à leur place et que les hommes avaient suffisamment de couilles pour les tenir en laisse !...Ah ! Le bon temps !...Euh…si…si…je plaisante…si, si je plaisante, j’vous dis ! Si, je vous assure !

Toutes ces nouveautés, qui sortaient, les interrogeaient sur ce qu’elles feraient de leur journée dans quelques années. Mais, présumaient-elles, les hommes auraient toujours besoin de leur présence à leur côté car ils seraient bien perdus sans elles. Surtout pour ce que vous savez. Et souvent, elles se mettaient à rire toutes ensemble…à glousser comme des poules ignorantes…euh…l’époque était comme ça. Fort heureusement ça a bien changé depuis, dites donc ! Hein ! On a eu chaud, hein ? Les poules savantes !...Euh…non…non j’ai pas dit ça ! euh…je plaisante encore ! Chuuuut ! Chuuuut !

 

Ces rires mélangés aux effluves de liqueurs et de fumées, s’envolaient, alors, loin, loin d’elles et de ces magnifiques jardins de roses et d’essences rares importées du bout du monde.          Ils s’en allaient remplir les rues du village en contrebas. Alors, ils égayaient, un peu, la triste et sombre vie de tous ces pauvres péquenauds glanant pommes de terre et autres féculents…oui comme le riz, les pâtes ou même la semoule, eux aussi, poussent dans les champs et sont donc des végétaux…dites donc vous en apprenez des choses avec moi ! Hein ! Mes petites pou…chuuuut ! Chuuuut !

 

Mais un soir d’hiver venteux, le Baron D’Ostère dont la famille possédait ce magnifique manoir depuis des siècles, tout comme le village d’ailleurs, trouva la mort dans un malencontreux accident inattendu.

Bon ok, je vous vois venir vous voulez la vraie histoire. Ok. Ok ! Je vais tout vous dire. D’ailleurs, je suis bien le seul qui vous dit tout, vous savez. Je ne vous cache rien moi !...Bref…passons…mais que cela reste entre vous et moi !

Le Baron, en gros, il s’est fait sauter le caisson alors qu’il taillait une pipe à son bon vieux copain le fusil de chasse. Ce n’était pas la première fois qu’ils se retrouvaient tous les deux dans un coin sombre. Mais cette fois, il n’y avait eu personne pour les interrompre. Et devant cette si tendre, charmante et non moins délicieuse attention, le fusil de chasse ne put contenir sa joie. Il ne comprit pas ce qui c’était passé car c’était bien la première que cela lui arrivait. D’habitude jamais, jamais cela ne lui faisait ça. Mais là boum ! Et c’est le cas de le dire : boum !  Le coup partit d’un coup ! Comme ça ! Tout seul ! Et alors bye-bye tête, œil, dents cervelle et cerveau…enfin il y en avait bien un peu sur les rideaux. Mais tellement peu que ce fut comme si le Baron n’eut jamais la tête sur les épaules…enfin voilà quoi. Je sais c’est pas gai mais c’est un conte de fée. C’est comme la vie, c’est comme ça !  

 

Alors pour sa veuve et sa fille…non pas que sa fille soit sa veuve c’était pas Woody Allen, non plus !...la vie, de comédie passa à tragédie.

 

Elles passèrent des jours, des semaines, des mois et des années à le pleurer, lui qui était tout pour elles. Bien sûr, durant quelques temps les bons gens gentils, leurs chers amis, vinrent s’enquérir de leur douleur et de leur santé, leur apportèrent même quelques coupelles de fruits confits, quelques bonnes tartes bien garnies ou même quelques bonnes petites potées cuisinées avec toute l’attention du monde entier…par la bonne. Mais ce fut comme toute chose. Au bout d’un certain temps, ces bons gens se lassèrent de cette compagnie qui n’était plus très distrayante…et quelque peu, oserai-je le dire ici ? Oh, mon Dieu ! Oui, je vais oser le dire : chiante au possible, n’est-il pas Darling ?!

Bien vite, plus personne ne vint leur rendre visite. Et tout aussi vite, la veuve et sa fille se mirent à vivre en recluses ne sortant que rarement dans leur belle et grosse voiture, ne prenant que quelques mois de vacances dans des pays fort, fort, fort lointain ou encore ne partant en croisière qu’une seule et unique fois par an.

Le manoir si majestueux n’en devint alors plus qu’une grande bâtisse que le temps faisait pourrir. Les magnifiques jardins n’étaient plus que mauvaises herbes, chardons et ronces peuplés de corbeaux rachitiques, de rats boulimiques et de mulots toutefois fort bien sympathiques. Et ceux-là étaient les seuls, ici et là.

 

 

Bien des années plus tard, le manoir ne ressemblait plus qu’à l’une de ces maisons hantées de mauvais film d’horreur. Plus personne ne se demandait si la veuve ou sa fille allaient bien ou même si elles étaient encore en vie. A dire vrai, tout le monde s’en foutait et moi aussi si je devais pas écrire cette foutue histoire de merde !...euh…non je déconne ! Ça s’écrit tout seul !

 

La fille avait perdu une partie de sa jeunesse à regarder la télé. Elle rêvait à vivre d’impossibles amours avec des héros de séries pour ados dont certains, pervers, venaient parfois lui rendre visite lorsqu’elle allait aux toilettes, sous la douche ou encore tard le soir sous sa couette…euh…je crois que vous avez compris l’idée on va peut-être pas entrer dans les détails…et une autre partie à bouffer un tas de saloperies sucrées. Si bien qu’aujourd’hui elle n’était plus qu’une malheureuse obèse aux doigts gonflés.

 

Comme sur elle, le temps avait eu une malheureuse emprise sur sa mère. La veuve, aujourd’hui, n’était plus qu’une vieille dame que tout le monde, pour ceux qui s’en souvenaient encore, croyait morte. Mais elle ne l’était pas…pas totalement en tout cas.

Elle passait, ses journées comme sa fille avant elle, à regarder cette maudite télé : « REX », « Des chiffres et des lettres », « Personne n’y avait pensé », « Slam », « Question pour un Champion »...les pubs pour arriver à chier un bon coup, pour les couches et pour les pompes funèbres, et dans cet ordre-là s’il vous plaît, programmateur de publicité à la télé c’est tout un métier…tandis que sa fille roupillait à ses côtés un verre de champagne savamment coincé entre ses deux nénés. Pourtant, chaque jour, sauf étrangement, le samedi, dès que dix-sept heures…dix-huit le dimanche…sonnaient vite, vite, vite, elle filait au cabinet. De voir ce beau et souriant jeune homme blond, grand, tellement fort et tout bronzé, si aimable, si agréable, et tellement beau, les pecs bien moulés : « oh oui, oh oui ! ». Toujours heureuse elle était lorsqu’elle en revenait…des cabinets, je vous l’ai déjà dit : suivez un peu sacre bleu !

 

Et bien sûr, la vieille dame vieillissait chaque jour davantage. Avec ce temps qui passait et sa fin qui se rapprochait, son exigence, son insatisfaction, sa gourmandise, son insatiabilité à l’égard de toute chose la rendait invivable et insupportable autant qu’odieuse aux yeux, aux oreilles et au cœur de sa propre fille qui vivait toujours avec elle…qui d’ailleurs elle aussi avait pas mal de problème à gérer, surtout au niveau des mains et pas seulement pour ce que vous supposez. Mais aussi parce que, tout simplement, c’était une grosse feignasse…surtout à cause de ça.

Et alors que la vieille dame se chiait et se pissait dessus, maintenant, pratiquement en permanence et que sa fille en avait assez d’avoir ses mains et ses doigts couverts de merde…plutôt que d’autre chose…de sucre, voyons ! Tout de suite…pfff !...elles décidèrent que le temps était venu pour elles d’appeler à l’aide.

 

Mais qui appeler ? A qui quémander demanda la fille à la mère. En qui pouvaient-elles croire en cette époque si mystérieuse ? En qui pouvaient-elles espérer pour ne pas être totalement déçues ? En qui pouvaient-elles avoir confiance sans se mettre en danger ?

 

Un seul homme dans tout ce village…de merde, de cons, de pouilleux et de dévergondés en tout genre qui n’avaient pas un rond pour se gratter le cul...avait été là pour elles, deux. Un seul homme les avait guidées au travers de tous leurs tourments, les avait soutenues tant de fois dans tant de moments difficiles…les avait parfois caressées sans faire exprès, avait parfois laissé sa main vagabonder au détour d’une robe trop échancrée ou s’était un peu collé à elles alors qu’elles se baissaient histoire de leur faire sentir sa joie d’être présent à leur côté.

Et encore une fois, elles espéraient, toutes deux qu’il soit là, comme autrefois il fut là, comme aujourd’hui il serait là. Assurément. Alors ensemble elles l’appelèrent…enfin la grosse vache prit son portable et l’appela…vous avez cru quoi ?! Qu’elles auraient tapé un marteau magique contre le sol ou gueulé le nom d’un magicien à la fenêtre...euh…à un moment faut arrêter les films de super-héros…m’enfin !

 

Entendant le dring-dring de son vieux bigophone, s’essuyant les doigts dans sa soutane, le Père Paul de Lampe-Loie accourut…je sais c’est facile comme jeux de mots mais bon faut me comprendre aussi moi. J’ai pas dormi cette nuit alors…oui je sais vous n’en avez rien à péter de ma gueule…ça me fait beaucoup de mal ce que vous dites, vous savez ! C’est pas gentil ! Pourtant, je suis un bon gars moi, c’est vous qui l’avez dit ! Pourquoi vous êtes comme ça avec moi ! Espèce de salopard, va ! Je croyais qu’on était amis ! Je croyais que vous mémiez moi je vous mémiais aussi !

 

Et quel ne fut pas son émoi quand lui parla la douce voix de cette jeune femme d’autrefois. Ah, comment ne pas être en joie à ce moment-là !...bon c’est sûr qu’il était content le Père Paul parce qu’il croyait que la vieille, elle était claquée. Mais c’était aussi et surtout qu’elle était pétée de tune et que sa vieille église aurait bien besoin d’une nouvelle toiture…et là pouf ! Comme ça ! Elle lui demandait son aide…les  voies du seigneur décidément sont impénétrables ! Alléluia !

Bien qu’il pleuve des hallebardes dehors…c’est une façon de parler. Ce ne sont pas véritablement des sortes de grandes haches montées sur un manche à balai qui tombent du ciel. Cela signifie en langage soutenu qu’il pleut à seau ou comme vache qui pisse…mais ça fait toujours mieux de le dire comme ça…voilà…le Père Paul sauta sur son vieux biclou et pédala comme un beau diable.

La selle lui détruisait le fond du fondement. Les nids de poule lui faisaient tinter les balloches telles les cloches de Notre-Dame au moment de Pâques…désolé pour cette allusion je sais que c’est encore un sujet extrêmement sensible pour beaucoup d’entre vous et que cela risque de raviver un énorme traumatisme qui vous fera peut-être pleurer. Voir toutes ses pierres en feu c’était une tragédie, le bois, les œuvres d’art en train partir en fumée. Cette flèche en train de tomber, de percer la charpente, de percer le toit, de percer la nef, se fracasser en flammes contre le sol, contre le carrelage qui se brise, devant les tableaux en feu, tous ces gosses probablement atteints de saturnisme…ne tenez pas compte de ce dernier point tout le monde s’en fout de toute façon…bref…je ferai un don promis…mais…pour cela, il faut que j’aie beaucoup de sous. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : trouvez une librairie, entrez-y et demandez, exigez, commandez « Les Contes du Gars : Da »…oui, je sais c’est con comme titre moi aussi je vous merde !...Discutez pas ! Et faites ça à chaque fois que vous en voyez une ou que vous achetez sur Amazon ou sur Cdiscount ou sur leboncoin…euh...non pas d’occasion ça ne marche pas. Les droits d’auteurs vous comprenez. Et ce n’est pas pour moi que vous le faites mais pour Notre-Dame. Ainsi, je pourrais faire un énorme don pour que tout soit reconstruit avant 2024, promis !...Sur la tête de ma vache…que je n’aie d’ailleurs pas.

 

Et le Père Paul pédala si fort, tellement fort, que les gouttes de pluie venaient lui frapper le visage tels de minuscules clous. Il pédala et pédala comme si le Diable, lui-même, était à ses trousses, comme un beau démon dopé au Belz et Buth d’enfer…euh…oui je vais arrêter avec ces jeux de mots à la con, hein ? Je crois que c’est mieux hein ?

Enfin, il arriva en vue du manoir qui se dressait dans la brume tel un fantôme d’un passé décrépi.

Sans écouter cette chair de poule qui parcourait tout son être tellement le parc du manoir lui foutait la trouille. Sans écouter son palpitant qui battait la chamade d’avoir pédalé comme un dératé…à son âge on n’a pas idée. Franchement ! I’va pas nous faire une crise cardiaque l’abbé, hein ! Je vous préviens, vous, tout le monde, là, enfin le Monsieur ou la Madame qui a acheté mon livre, je ne lui fais pas de bouche-à-bouche moi…à vous de lui en faire !...euh...au fait, i’pue un peu de la gueule, enfin je dis ça je dis rien moi ! Hein !

 

Enfin, il gravit les quelques marches qui le mèneraient à la porte d’entrée dont la peinture écaillée s’effritait encore davantage sous la pluie battante. Enfin, il sonna. Le temps qu’il puisse reprendre son souffle, enfin on vint lui ouvrir.

 

Ah, mon Dieu ! Ah ! Par tous les saints de la chrétienté du monde entier ! Fusse le Dracula de Coppola qui venait de lui ouvrir ? Ah, mon Dieu ! Fusse seulement un transformiste parodiant maladroitement Christopher Lee dans « le saigneur des agneaux » ? Fusse une fusion ratée entre Eddy Ballamou et une paire de nichons fripés ? Que nenni ! C’était-ce seulement elle : la vieille !

Le Père Paul savait que le temps n’épargnait personne. Lui-même…mais là ! Nom d’un petit chérubin bien joufflu ! Putain ! Il ne l’avait pas loupée ! Il s’était même acharné sur elle ! A coup de bottes ! Salopard, va ! Elle qui était si belle avant. Elle qui lui avait fait passer tellement de temps dans son confessionnal à profiter de la vigueur de ses vingt ans. Elle qui avait un cul de pucelle et des seins pointus comme des obus, des jambes si longues, si pâle mais tellement douces, un ventre tellement ferme, une décente de reins incroyable et cette façon qu’elle avait de se passer la langue sur…euh…pardon…je me suis laissé emporter…euh…c’est juste que…euh…il y a  longtemps que je n’ai pas été avec une femme vous savez…alors…ça me travaille mais ça ma travaille tout ça !...Vous avez pas idée ! Comment ça, ça vous étonne pas ? Dites un peu pour voir !…Ah, voilà ! Quand faut ramener sa gueule là y a pu personne, hein ! Quel courage ! Vous me décevez mais vous me décevez à un point !

 

Ne laissant rien paraitre, le Père Paul entra comme il l’avait fait jadis de nombreuses fois…dans la maison, je précise. Vicelard(e)s ! La vieille dame tenant fermement sa canne s’avança devant lui et l’emmena, claudiquant là où maintes fois il lui avait enseigné la Bible et parlé de Dieu, l’appelant parfois de tous ses vœux tellement pieux.

Enfin, ils arrivèrent dans le salon où le Père Paul fut surpris d’y voir une vache assisse dans un fauteuil. Mais non. NON ! Ce n’était pas une vache ! Ce n’était-ce qu’une hallucination provoquée par le manque d’oxygène et à la fatigue d’avoir tant pédalé. Ce n’était pas une vache, non ! Ce n’était-ce que la fille de la vieille dame qui était affalée devant la télé mâchonnant et ruminant.

 

Lorsqu’elle le vit, elle se releva et se dirigea d’un pas lourd vers eux. Elle prit le bras de sa maman et l’aida à s’asseoir dans le canapé qui datait encore des années soixante et qui portait encore quelques stigmates de ces folles années-là…des petites tâches…pas grand-chose quoi !

 

Le Père Paul s’assit...s’assita ? s’assoitit ? Putain de conjugaison de merde ! En gros il pose son cul le vieux curé…à son tour face à ces deux femmes. L’une ressemblant à une sorte de zombie pas totalement putréfié, dont l’œil droit et vitreux tentait encore de comprendre pourquoi celui de gauche s’était amouraché d’une mouche invisible qu’il tentait désespérément de poursuivre. L’autre ressemblant à une poupée gonflable qui avait été trop gonflée et maquillée pour faire oublier qu’elle avait largement passé l’âge de croire encore aux contes de fée…comme de bouffer tous ces bonbons qui ne la rassasieraient jamais.  

 

Et celle-là lui expliqua que sa môman, si chère à son cœur, n’était plus vraiment capable de s’occuper d’elle-même maintenant qu’elle avait l’âge…et surtout sans l’emmerder toutes les cinq minutes pour aller aux chiottes, lui donner ceci ou faire cela, lui faire à bouffer ou pour un tas d’autres conneries qui franchement la faisait chier…Aussi s’étaient-elles entretenues toutes les deux à ce sujet de cela. De leur réflexion était née cette idée qu’il était peut-être temps pour elles, toutes les deux, de demander un peu de l’aide. Essentiellement, pour s’occuper de la môman, que quelqu’un l’aide à faire la toilette…surtout la toilette parce que voir le fondement de sa môman, c’est pas bien valorisant surtout quand il s’agit de le toucher avec ses mains à soi…la mettre sur le pot…parce que franchement lui essuyer le cul ça la fait chier et vu la chiasse que la vieille se tapait c’était pas la seule que ça faisait chier…comme de, peut-être, aussi, sans trop abuser ne serait-ce que du peu, faire un peu de ménage ou de nourrissage aussi ou du lessivage encore et même un peu du repassage. Pas grand-chose. Mais surtout et avant tout pour s’occuper de sa môman c’était surtout cela qui était au fond de leur démarche. Et c’était pour cela qu’elles avaient osé le déranger.

Pendant un court instant, le Père Paul se mit à blêmir. Il crut une fraction de seconde qu’elles allaient lui demander ça à lui…il est con parfois l’abbé !

 

Elles auraient voulu savoir s’il connaissait quelqu’un comme ça, qui faisait ce genre de chose pour gagner sa vie. Si bien sûr cela existait des gens qui faisaient ces choses-là. Et bien sûr, ce n’était pas dans les trente-cinq heures des vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’était l’évident, continua la grosse fille, sinon cela leur coûterait drôlement bonbon…et elle, elle en voulait des bonbons rien que pour elle, rien que pour sa grosse gueule !...Quand elle aurait fini d’apprendre à parler…

Non. Il leur faillait quelqu’un pendant quelques heures de dedans la semaine. Mais en même temps en discutant avec la môman, elles avaient pensé qu’un homme ce serait peut-être mieux parce qu’une femme aurait peut-être eu un peu de mal à soulever la môman. Car elle faisait son petit poids…la vieille salope !...même si on ne dirait pas comme ça. Et sa grosse fille aussi vieillissait. Elle, aussi, avait du mal à ses pieds. Elle, aussi, avait du mal dans ses mollets. Elle, aussi, avait du mal dans son dos. Elle, aussi, ne dormait plus beaucoup car souvent elle devait se lever pour mettre la môman aux toilettes et lui changer son change. Quelques fois même, elle devait lui laver le fondement alors que celui-ci…était plein de caca…bien collant parfois, bien liquide souvent. Et cela la gênait aux entournures, c’était quand même sa fille et elle la môman donc…Et puis quelques fois, elle en avait même plein les mains. Ce n’était pas très…C’était même un peu….Et, franchement, elle en avait ça dans l’horreur. Mais surtout, c’était qu’elle n’aimait rien autant qu’elle aimait ne rien faire…euh…c‘est moi ou c’est pas très français tout ça ? On dirait hein ?...Allez, on s’en branle hein ! Tout alors qui l’obligeait à quitter son fauteuil n’en devenait que davantage un supplice infernal. Bon c’est sûr qu’il faut la comprendre aussi la grosse vache : foutre les mains dans la merde d’une vieille qui en est enduit autant qu’une tartine de Nutella beurrée par un petit gros affamé, qui en plus a plongé les mains dedans et que des morceaux se sont incrustés sous les ongles…bref…c’est sûr que c’est pas ce qu’il y a de plus ragoutant…surtout qu’il y a l’odeur aussi. Cette odeur de merde, ça prend au nez. Ça s’incruste bien dans les narines. Tout ensuite n’a plus que cette odeur.

C’est même, parfois, comme si une minuscule crotte parsemée de quelques morceaux non digérés était venue se loger dans le fond de votre gorge. Et qu’elle se plaisait à rouler sur votre langue déversant à chaque passage d’un liquide marron, chaud et tellement gluant, coulant au plus profond de vous à chaque déglutition et que sous vos dents craquaient ces quelques morceaux au goût bien acres.

 

Non, non. Il leur fallait de l’aide.

 

Tandis qu’elle parlait le Père Paul ne pouvait s’empêcher de regarder ses deux grosses lèvres qui gigotaient entre ses deux grosses joues rondes. Son double menton qui tremblotait à chacune de ses paroles avait ce quelque chose d’hypnotisant. Le gras de son cou vacillait telles les vagues d’une mer déchainée. Ses yeux alors se posèrent sur l’ouverture malencontreusement fortuite de son chemisier qui laissait deviner une généreuse poitrine bien moelleuse, parsemée de quelques jolies petites veines bleues et de mamelons bien roses et bien dodus comme il les aimait…moi aussi j’aime ça…oh oui, oh oui !...Je…passons…désolé !

 

Son esprit vagabonda, d’un coup, dans les méandres bien chauds de ce chemisier entrouvert.

Tout à coup, surpris par une sorte de raideur au bas ventre, il revint à la réalité et à cette aide qu’on lui réclamait. Aussitôt, il se mit au garde à vous. Aussitôt, il accepta d’être le missionnaire cette grande mission qu’on venait de lui confier. Aussitôt, il prit congés avant de ne plus pouvoir remonter sur son biclou sans courir le risque de…comment dire ça poliment…euh…je sais pas je vous laisse imaginer…euh…de se coincer le pèlerin dans la chaine ? L’image n’est peut-être pas suffisamment parlante, hein ?...Si ! Ah, bon ! Autant pour moi !

 

Alors, il prit congés. D’un pas précipité, il se hâta de repartir vers l’entrée. La fille le raccompagna, agitant sous son nez les deux melons qui lui servaient la plupart du temps de plateau repas. Elle l’assura et le rassura sur le fait qu’il serait généreusement récompensé pour avoir fait et encore faire tant et tant de ces belles choses qu’il avait faites pour elles. Pour elle. Elle lui prit alors la main, la serra très fort dans les siennes. Oh ! Mon Dieu, que sa peau était douce et chaude ! Tellement douce ! Tellement chaude ! Elle embrassa goulument sa main de ses grosses lèvres voluptueuses. Ah, mon Dieu ! Des grosses lèvres comme les siennes qui s’ouvraient sur ses doigts ! Ah, mon Dieu ! Cette humidité qu’elle avait laissée sur sa main. Ah, mon Dieu !

Le Père Paul ne put alors dire ne serait-ce qu’un mot tellement son branle-bas le faisait vaciller. Ah grand Dieu !...quel qu’il soit et où qu’il soit… jamais il ne trouverait la force de pédaler. Mais alors qu’il s’en croyait incapable, en moins de temps qu’il ne lui en aurait fallu pour le dire s’il avait pu parler, le Père Paul se retrouva comme par miracle dans son confessionnal, la vigueur de ses vingt ans lui maculant, de nouveau, les doigts. Quel miracle !...deux fois une seule journée pour un homme de son âge, y en a encore qui vont dire que les miracles ça n’existe pas ! Hérétiques !

 

Sans même prendre le temps de se laver les mains…dégueulasse, va !...car il aimait que l’odeur persiste sur ses doigts des jours entiers, qu’il puisse les lécher pendant l’office dominicale, le Père Paul se rua aussitôt sur son bigophone. Il appela à son tour les seuls au monde capables de trouver ce qu’il recherchait. Des mages incroyables autant qu’improbables. De magnifiques ensorceleurs à la clairvoyance aveugle. Des sorciers pompeux et certainement pas miraculeux. Eux seuls pouvaient désormais l’aider dans sa quête. Il appela alors les conseillers des Pôles et des Bois.

 

-          « Allôôôô ! » lui beugla dessus une de ces conseillères, ancienne ménagère malmenée prête à l’envoyer balader.

-          « Oui ici Le Père Paul… ».

Ajouter « de Lampe-Loie » aurait pu être perçu comme une agression, une menace, une injure, voire même une provocation. Et il ne préférait pas le Père Paul. Car on entendait tant et tant de choses sur ces conseillers. De drôles de choses. Ils étaient capables de jeter de méchants sorts qui pouvaient vous propulser dans une merde noire. D’autres, vous traînez dans la boue jusqu’à ce vous rendiez les armes et acceptiez de faire ce qu’ils voulaient sans protester. Jamais. Jamais, il ne fallait contrarier l’un des ses conseillers au risque de subir moult souffrances et sévisses…ou finir en formation ou dans un atelier merdique animé par une grosse conne qui ne sait pas se servir d’un marqueur juste pour qu’elle puisse assouvir ses objectifs de merde.

 

-          « HIIIIIN ! Allôôôô !!! Vous voulez quoi Monsieur ! HIIIIIN ! J’vous entends pas ! Vous z’avez qu’à rappeler d’un autre téléphone ! »

-          « Ici, c’est le Père Paul j’aurai besoin de passer une annonce ! » hurla-t-il dans son vieux bigo

-          « Ah ?! Oh ! Vous êtes recruteur ! Que puis-je bien donc pour vous servir cher recruteur ! Soyez béni ! Saint Homme ! Saint Homme ! » s’agenouilla alors la conseillère derrière son écran embrassant son casque, le sol, éructant vers ses collègues qu’ils n’étaient que des pauvres cons de bons à rien. Formule préférée du conseiller(e) des Pôles et des Bois lorsque venait le temps de la pause clope parlant entre eux « chômeurs ». Dans le cas, de personnes percevant le RSA c’est toujours plus prosaïque que cela. Là, on parle alors de saloperies ou de pourritures accrochées à leur bouteille de rouge et à leur peignoir qu’on ferait mieux de crever…à la machette ça ferait des chômeurs en moins : ceux qu’on flingue bien sûr et ceux qu’on embaucherait pour les flinguer. Ces saloperies puantes ! Hilarant n’est-ce pas ! Et malheureusement véridique !

 

Alors le Père Paul expliqua à cette conseillère devenue subitement charmante ce qu’il recherchait. Je vous passe le détail du discours sur les compétences transférables, les propositions de mise en place de tout un tas d’outils qui ne servirait même pas à aider un menuisier manchot, dans la phase décisionnelle du recrutement du moins puisqu’à un moment où un autre il faudra de toute façon se rencontrer, discuter et donc passer par l’entretien…

Et tout comme les mages gardaient jalousement leurs secrets, ces conseillers-là, eux, dégainaient les cévés à qui voudraient bien les choper. Ils sont simplement, tout simplement et incroyablement miraculeux ces conseillers ET/OU conseillères !...Et en effet, à peine eut-il raccroché et le temps de se lécher un doigt, qu’un ding tinta. Dans sa boîte aux lettres électronique, le Père Paul recevit…euh…non c’est rien, faites pas gaffe vous êtes quand même passé à côté des autres alors !…déjà une première sélection de candidats. Mais très vite, il déchanta.

Dans tout ça, même avec la foi, comment trouver le parfait candidat ? Existait-il ? Se pouvait-il, même, qu’il n’existe pas ? Se pouvait-il que, pour s’en assurer, il doive lire tout ça !

Alors, d’un coup, le Père Paul eut une révélation : les cévés sans photos à la corbeille, ceux qui habitaient trop loin ou pas assez près : oups, c’est ballot : Corbeille ! Les cévés en couleur : corbeille !...il n’aimait pas ça la couleur le Père Paul, le blanc à la rigueur…ceux qui n’avaient pas de diplôme : corbeille ! Ceux qui en avaient trop : corbeille ! Pas d’expérience : corbeille !

Très vite, le Père Paul s’amusa comme un vrai petit fou. Un truc qui ne lui plaisait pas : corbeille, un autre : corbeille ! Quel doux plaisir d’être celui qui choisissait entre ceux dignes de survivre et ceux qui crèveraient la gueule grande ouverte. Quel doux plaisir de ressentir ce que Dieu, lui-même, devait ressentir quand il flinguait à tout-va et sans distinction partout sur la planète ! Et l’ordinateur, son vieil ordinateur, commença à ne plus suivre tellement le Père Paul cliquait avec vélocité, voracité et férocité. Il ne lisait même plus ni les noms, ni les adresses, ni les compétences, ni les formations, certainement pas cette connerie d’accroche. D’ailleurs, s’il y en avait une : CORBEILLE !

 

Mais très vite…et oui les bonnes choses ont toujours une fin surtout à ce rythme...le Père Paul n’eut plus qu’un seul cévé à mettre à la corbeille. La tentation fut tellement grande, tellement forte qu’il dut se mettre à genou et prier de toutes ses forces pour ne pas cliquer avec le mulot sur le petit bidule du haut. Ah ! Que cela fut dur ! Mais le Père Paul avait la foi. Grâce à elle rien ne pouvait lui résister. Avec elle, il était capable de résister à tout…sauf à la tentation, faut bien l’avouer…là, il se releva, déchira sa soutane quelque peu tâchée et n’écoutant que son courage, sa bravoure, il imprima ce dernier cévé. Bingo banco ! Le grand gagnant est : tada !

 

Ah ! se dit le Père Paul : un jeune homme. Bon, c’était toujours ça. Et puis c’était ce qu’elles voulaient donc…voilà…putain de destin de merde ! Il aurait sans doute préféré une jeune et belle jouvencelle élevée à la campagne, en plein air courant dans les champs et les prés pour se faire de belles et grosses cuisses…euh…oui…non…je sais je suis en manque…je dois me faire soigner je sais…pardon…pardon…en même temps : je vous emmerde !!!! J’ai envie de dire. On va quand même tous crever alors faites pas chier !

Mais bon il n’y avait plus que ce cévé-là donc…et oui j’ai toujours eu beaucoup de chance…enfin lui-là, le jeune homme de l’histoire. Pas moi. Non c’est une chose qui ne m’est jamais arrivée…on ne va pas remettre ça ! Hein ! S’il vous plait !...il y a un petit bout de temps que je n’ai pas eu de crise d’angoisse alors on va éviter ce sujet, hein ! Merci de votre compréhension.

Aussitôt, après avoir parcouru en moins de dix secondes, ce que ce jeune homme avait passé des années à faire, sans même imaginer les sacrifices, les difficultés ou le courage qu’il lui avait fallu, le Père Paul décrocha son bigophone. Il appela alors bravement la vieille dame et sa grosse fille. Dès qu’elles l’entendirent, dès qu’il leur parla de cet ange qu’il avait trouvé elles louèrent son courage, sa clairvoyance tout comme sa ferveur et son exaltation à leur venir en aide. Et pour tout cela, elles le dédommageraient. Bien sûr qu’il ne faisait pas cela pour cela. Mais, bien sûr, bon sang de bois !...Putain ! Je veux dire mais ça fait plus grossier…Il accepterait tout ce qu’elles pourraient et voudraient lui donner ! Et surtout du fric ! Du putain de fric, bordel !...un vrai héros de la république ce Père Paul ! Encore un !

 

Mais attention ! ATTENTION ! Le Père Paul n’allait pas laisser n’importe qui venir en aide à ses très, très, très chères amies. Il les prévint tout de suite : LUI, il le recevrait d’abord car quelques petits détails avaient attisé sa curiosité et son désir d’en savoir davantage à son sujet. Et jamais. JAMAIS ! Il ne permettrait qu’un malotru vienne les enquiquiner. L’époque était telle qu’aujourd’hui la confiance ne pouvait être donnée qu’avec parcimonie. Qui sait peut-être n’était-il que l’un de ces feignants parcourant les associations pour quémander quelques victuailles au lieu de chercher du travail. Un profiteur de l’aide sociale. Peut-être même l’un de ces vils sacripants adeptes des petits boulots pour conserver ces maudites allocations et profiter du système ! Non. NON ! Lui vivant, jamais il ne leur enverrait quelqu’un comme ça. Un perfide ! Autant que tous ces pédérastes ! Lui, aux décisions, il les foutrait tous au bûcher !

Non. NON ! Il lui parlerait d’abord, le jugerait alors. Et ensuite, seulement ensuite, IL leur présenterait ce potentiel candidat.

 

Et les louanges plurent autant qu’ils lui plurent. Le Père Paul était tellement satisfait de lui, tellement fier de lui, l’ego tellement gonflé…et oui vous me voyez venir, hein ! Petit vicieux, va ! On voit qu’on se connait bien maintenant hein !...qu’à peine eut-il raccroché qu’il se précipita dans son confessionnal…Ah ! Mon Dieu ! Trois fois cela faisait ! Ah ! Oui ! Mon Dieu ! Oui ! Soyez bénis !

Dès qu’il reçut l’appel du Père Paul, le jeune homme fraichement diplômé de la veille…ben oui les primo-demandeurs chez les Pôles en Bois ça traine pas ! Eh-oh faut montrer qu’ça sert à quéque chose quand même, pinaise de pinaise !...eut ce drôle de sentiment, peut-être de pressentiment qu’il devait l’envoyer chier…un pas qu’un peu. Mais il avait besoin d’argent pour ce qu’il voulait faire. Alors laver le cul d’une vieille conne pendant quelques semaines ne serait pas pire que ce qu’il verrait durant le reste de sa carrière d’infirmier.

 

Quelques jours plus tard, il arriva en vue de cette église qui trônait au beau milieu de ce petit village…préféré des franchais… et encore une fois, il eut cette boule l’estomac. L’atmosphère de ce lieu, cette église dont le toit tombait en ruine, convoqué en plus par un vieux curé. Cette putain d’église dans laquelle il devait entrer. A tous les coups, il cramerait à peine y aurait-il foutu le pied. Mais il n’écouta pas cette petite voix en lui qui lui disait de foutre le camp de là en vitesse et très loin. Très, très loin.

Il entra alors dans cette église. Et contrairement à ce qu’il croyait, il ne prit pas feu. Probablement que Dieu était absent ce jour-là.

Là, le curé faisait les cent pas dans la nef…pas celle de Notre-Dame qui a brulé je vous le rappelle. Un peu de respect quand même !

Le jeune homme observa le vieux curé qui ne l’avait pas remarqué tellement il était occupé à aller et venir autour de l’autel agitant les bras comme s’il tenait une conversation avec un invisible être. Peut-être était-il comme Don Camillo ? Peut-être entendait-il la voix de Dieu dans sa tête ? Et si tel était le cas, faudrait pas le piquer, le vieux ! A ces pensées, le jeune homme se mit à sourire évitant de justesse le fou rire…c’est la nervosité, ça va passer, c’est rien…respire, mon pote je connais ça…comme tout le monde, d’ailleurs…enfin pas ces salopards pleins de fric ! Connards de riche, va !

 

Et il se dirigea vers le curé qui faisait les cent pas.

 

Mais le Père Paul ne priait pas. Pas vraiment. Il souhaitait surtout que ce jeune homme qu’il attendait ne soit pas noir ou pire maghrébin. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Il l’avait bien vu en photo sur son cévé. Bien sûr. Mais elle était en noir et blanc cette satanée photo ! Mon Dieu ! Faites donc qu’il soit bien blanc ! Bien sûr, tous les hommes étaient égaux comme Dieu l’avait voulu…pour les femmes c’est une autre histoire tout le monde sait ça…surtout lorsqu’ils étaient blancs, travaillaient, payaient leurs impôts, allaient à l’église tous les dimanches et aimaient les femmes de toutes les façons possibles et dans toutes les positions imaginables. Mon Dieu !

 

-          « Père Paul ? ».

 

Avant de se retourner, le vieux curé fit son signe de croix, pria de toutes ses forces et alors que ses glaouis lui remontaient dans la gorge, il se retourna. Gagné ! Encore un miracle ! Celui-là était bien blanc ! Mon Dieu ! Merci ! Quel grand Dieu !

 

-          « Oui, mon fils. Et vous : Damian Hayllon, je présume ? » sourit-il béatement.

-          « Vous présumez bien mon Père » sourit-il juste ce qu’il fallait pour lui être agréable juste comme il le fallait

-          « Enchanté… ». Le Père Paul descendit les quelques marches qui le séparaient du jeune homme et lui serra la main…pardon…je dois me laver les mains…pardon…c’est à cause du virus, les gestes barrières, tout ça !...j’ai tellement l’impression d’avoir les mains sales…quand je pense à tout ça, si je pouvais je me les couperais, vous savez !...Le virus, à cause du virus je veux dire….pardon, pardon…je m’égare encore une fois…ma vie n’est pas facile, vous savez.

« Votre nom n’est pas courant, c’est de quelle origine ? »

-          « Juive ».

 

Ah, mon Dieu ! Par tous les Saints ! Mon Dieu ! Le Père Paul faillit défaillir. Ses jambes faillirent se dérober sous lui. Ah, mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !

 

-          « In…rin-IIIN…intéressant… » acquiesça le Père Paul « on y va ? »

-          « Je vous suis »…tel le démon s’empêcha de d’ajouter ce jeune Damian dont le sourire s’élargissait de seconde en seconde.

 

Alors, ils discutèrent tous les deux dans cette vieille arrière cuisine du presbytère qui puait d’une drôle d’odeur que le jeune homme n’aurait pu définir. Mais qui puait…point barre. On ne va pas non plus tourner autour du pot. Ça puait, c’est tout ! Ne vous posez pas trop de questions ! C’est chiant quand vous faites ça ! En plus, ça diminue votre plaisir de lire ! Enfin moi je dis ça, c’est pour vous ! Parce que je me suis pas cassé le cul à écrire tout ça pour que vous vous torchiez avec les pages ! Mais là encore c’est pour vous que je dis ça. Moi je m’en fous si ça vous irrite le troufignard !   

Le Père Paul, lui, lui posa plusieurs questions du genre : pourquoi était-il si vieux lorsqu’il était entré en formation même s’il était, encore, si jeune, néanmoins ? C’était qu’il avait eu une fille. Il avait dû s’en occuper quand sa maman s’en était allée sans prévenir. Et une fois qu’elle avait été suffisamment grande, il avait reprit des études pour espérer pouvoir leur assurer une vie un peu plus confortable.

 

Le Père Paul acquiesça, même s’il s’en foutait royalement. Pourvu qu’il ne se mette pas à chialer ce drôle-là.

 

Mais pourquoi, grand Diable, voulait-il devenir infirmier car il ne l’était pas encore, non ? Si, si, il l’était. Et même diplômé, dites donc ! Et pourquoi le devenir ? C’était simple : aider les autres à sa façon. Et donc, grand Dieu, pourquoi postuler à cette place alors que partout on entend dire qu’on manque cruellement de personnels soignants, en particulier en cette période si troublée ? Simplement parce qu’il voulait être infirmier libéral, pouvoir soigner les patients à sa façon, pas en fonction de protocole stricts, anonymes et sans humanité.

Et le Père Paul continua et continua à lui poser mille et une questions dont certaines ne pouvait avoir de réponses qu’en ne les posant pas. Ben oui qu’est-ce que vous voulez que je vous dise moi ?! Hein ! Vous avez déjà passé un entretien d’embauche avec un con qui vous pose tellement de questions que vous ne savez plus quoi lui répondre ?! Non !...Putain de fils à papa, va ! Putaine de fille à maman, aussi ! Vous me répugnez ! Vous le savez ça ! Hein !...euh…c’est sans doute ce que j’aurai dit moi-même si je n’avais pas été un putain de fils à maman !...Prenez pas tout au pied de la lettre non plus ! Espèce de soupe-au-lait, va ! Vous m’énervez aujourd’hui !

 

Sur cette table, depuis tout à l’heure, un stylo, un Bic bleu, faisait des allers et retours entre eux, les quelques feuilles qu’avait devant lui le Père Paul et son cévé.

De plus en plus, ce foutu stylo tentait ce jeune homme qui, il ne savait pourquoi, l’aurait bien attrapé, d’un coup, comme ça. Il en aurait arraché le capuchon avec les dents, puis aurait chopé ce vieux con de curé par le peu de cheveux qui lui restait encore. Et, comme ça, d’un coup, juste pour voir qui se passerait, il aurait planté ce putain de stylo dans son putain d’œil de merde. Ainsi, aurait-il vu s’il était infirmier ou non et surtout s’il était compétent ou pas.

Mais le jeune homme n’en fit rien car taper dans la merde, se disait-il, cela ne servait généralement qu’à s’en faire éclabousser. Et lui, ses vêtements n’étaient pas souillés.

 

Alors il s’abstint, répondit d’une façon très cordiale et très polie à ce curé qui se prenait pour un pape. Il joua le jeu simplement et laissa le Père Paul jouer au sien.

 

Enfin, sa curiosité étant satisfaite et même si toute suspicion ne fut pas levée quant à ses drôles de motivations : vouloir aider à notre époque. Il y avait aiguille sous roche…et oui « aiguille sous roche » c’est d’un infirmier dont nous parlons…il est pourri le jeu de mot je sais ! Je suis crevé je vous l’ai dit ! Putain arrêtez d’être comme ça ! C’est dingue !...Bon allez si vous voulez on va dire qu’il y a aiguille dans la botte de foin !...euh…c’est pas comme ça qu’on dit ? Ce que vous êtes difficile aujourd’hui ! Vous avez passé une mauvaise nuit ?...Madame…n’a pas voulu faire joujou avec vous ? Vous pouvez tout me dire vous savez. Je vous écoute. Parlez-moi. Dites-moi tout. Je vous écoute. Allez lâchez tout…euh…pas sur mon livre, espèce d’andouille !  Faites ça aux cabinets !

 

Et tout ça sans compter qu’il était juif. Le Père Paul lui dit alors sans détour et franchement qu’il allait réfléchir. Il avait bien d’autres candidats à voir. En plus, il n’était pas le seul à décider dans cette affaire. Lui, il n’était que le limier, le fin limier oserait-il dire…eheheh ! Je suis pas le seul à faire des jeux de mots tout pourri ! Mais à lui vous ne dites rien ! Vous avez peur d’aller enfer ? Oh ! Pauv’ tite chose ! Mais vous y êtes déjà, espèce de glandu ! Vous aviez pas remarqué ?

Et il fallait aussi qu’il en parle avec les intéressées. Aussi tout cela l’obligeait-il à ne pas pouvoir lui apporter une réponse définitive quant à son recrutement. Mais il avait une très bonne candidature, cela ne faisait aucun doute…et surtout que c’était le seul…mais bon bref…

 

Ils se remercièrent mutuellement, cordialement, agréablement…chacun pensant de l’autre qu’il n’était qu’un pauvre connard de merde…et se quittèrent bien aimablement.

 

 

Dans les jours qui suivirent…et oui le Père Paul n’allait pas lui laisser supposer qu’il était le seul candidat à avoir été reçu ni à lui ni à la vieille et à sa fille, pas fou le salopiot !…il décrocha son bigophone et appela ce jeune homme, tel l’ange Gabriel, pour lui annoncer la bonne nouvelle…bon c’est sûr lui il ne pouvait pas se faire avorter, lui !…Je dis ça, je dis rien !

Et là, aussitôt dans toute la région du nord au sud et de l’est à ouest, un vent glorieux soufflant d’agence en agence apporta ces grandes paroles : « OH ! PUTAIN ! J’Y SUIS ARRIVEE ! PUTAIN ! J’EN AI PLACE UN ! ».

Ce soir, une conseillère des Pôles et des Bois rentrera chez elle en héroïne. Fière, forte et toute puissante. Elle seule y serait parvenue, elle seule en était capable. Omnisciente. Alors elle chopera son copain/copine, son mari/femme, son compagnon/compagne, son amant/amante par le col de la chemise/chemisier. Putain ! Alors, elle lui arrachera le pantalon et lui bouffera le roudoudou…qu’il soit situé à l’intérieur ou à l’extérieur…anatomiquement bien sûr…ou même s’il est en plastique…malheureusement. Au moins durant ces quelques minutes, sa bouche ne serait pas remplie que de conneries.

 

Le lendemain, le Père Paul attendait le jeune homme devant le manoir. Quinze heures sonnèrent. Et le jeune homme arriva.

 

-          « Ponctuel ! J’aime ça ! »

-          « La ponctualité est la politesse des rois » lui répliqua alors le jeune homme.

-          « Et votre peuple avait un grand Roi ».

 

Et le roi des cons c’est qui ?...Euh…non…non…NON ! Ne répondez pas !...Il a fallu que vous répondiez, hein ! Vous avez pas pu vous en empêcher, hein ! Vous savez quoi ? Ben moi aussi je vous aime ! Tellement !

 

Le Père Paul et le jeune homme s’avancèrent dans l’allée du manoir, étrangement, moins lugubre aujourd’hui que la dernière fois qu’il y était venu.

Ils frappèrent à la porte et entrèrent. Le Père Paul présenta alors la vieille dame au jeune homme qui n’aurait pu dire si elle le regardait lui ou la courbure de l’univers et à sa fille qui avait à peu près une soixantaine d’années et, qui malgré son embonpoint…quelque peu prononcé notamment au niveau des cuisses, des hanches, du ventre, du buste…et surtout… des joues comme un bon gros hamster…et des doigts aussi oui c’est vrai, oui, oui vous avez raison de le préciser…était toujours habillée comme une ado des années soixante, une sucette dans la bouche et portait de drôles de couettes sur la tête. Et dès qu’elle le vit, elle sut que comme cette sucette…ben…vous voyez quoi…oui…il finirait, lui aussi, dans sa bouche…pour commencer. Et maintenant qu’elle le rencontrait, elle attendait impatiemment cela…bon c’est sûr que ça faisait quand même à peu de chose près quarante-cinq ans qu’elle attendait ça…ah ! Je vous l’avais pas dit ?...Ouais, ouais, ouais vous avez bien compris elle encore vierge la grosse vache !

 

Le lendemain, ce jeune homme, Damian Hayllon, commença son chemin de croix…ou la tentation serait partout.

 

Chaque fois qu’il devait se rendre dans cette grande maison, son estomac se serrait. Il avait envie de dégueuler rien qu’à l’idée de penser qu’encore une fois la vieille se serait chiée dessus, qu’elle aurait le cul tartiné de cette putain de merde. Cette merde qui aurait mijoté toute la nuit dans la pisse, dans une putain de couche qui en serait devenue un putain de bac à décantation qui n’aurait rien décanté du tout. Et cela même alors que sa fille occupait la chambre d’à côté. Mais changer sa mère l’aurait obligée se lever et à se réveiller. Et elle aimait trop son putain de sommeil pour faire une telle chose.

Et, en plus, il savait qu’elle serait là, cette grosse chienne en chaleur, à le zyeuter comme s’il était le dernier morceau de gâteau, la dernière part de tarte, le dernier chocolat au fond de la boite, celui qui tente toujours le plus.

 

Chaque fois qu’il lui essuyait le cul dans ces putains de chiottes qui puait le thon pourri, cette vieille conne gueulait qu’il lui faisait mal ou que ce n’était pas comme cela qu’il fallait faire, qu’il devait faire mieux car elle sentait qu’il en restait encore. Là, des morceaux ! Chaque fois, il aurait bien attrapé ce foutu balai à chiotte pour lui enfoncer droit dans son putain de trou du cul ridé. En racler sa putain de tripaille jusqu’à lui faire remonter dans la gorge et que son putain de sang, que ses putains de tripes lui giclent de sa putain de bouche, de son putain de nez.

Chaque fois, qu’il essuyait ces putains de fesses fripées, il sentait ce regard peser sur lui. Un regard vorace, parfois féroce, examinant, jugeant, s’alléchant. Comme pouvait être celui d’un prédateur pesant sur une pauvre proie, quelle qu’elle soit. Parfois même, elle se mettait à gueuler qu’il devait faire attention à la môman. Attention à ses jambes. Attention à ses bas qu’il ne les troue pas. Attention aux meubles qu’il ne les cogne pas. Attention qu’il ne les salisse pas.

 

Chaque fois qu’il la lavait, elle gueulait qu’il ne devait pas lui toucher ses intimes parties, ses seins, qu’elle ne voulait pas de ses doigts ou de quoi que ce soit d’autre en elle, qu’elle savait ce que les hommes étaient, ce que les hommes voulaient, ce qu’ils pensaient. Salaud d’enculé !

Chaque fois, il songeait à enrouler le flexible de douche autour de son cou flétri. Il n’aurait plus eu qu’à serrer et serrer encore jusqu’à ce que ses putains d’yeux lui sortent de ses putains d’orbites, que sa putain de langue lui sorte de sa gueule pendant comme un vieux bout de chewing-gum pourri. Puis, il lui claquerait son putain de crâne contre la faïence jusqu’à ce que son sang vienne rougir le blanc jauni de cette baignoire. Et il laisserait là son putain de corps décharné pourrir jusqu’à ce que les asticots l’aient bouffé.

Chaque fois, dans cette salle de bains, il sentait son parfum flotter derrière lui, entendant sa respiration, ses fesses se poser et faire craquer l’abattant de la lunette des toilettes. Lorsque, généralement, il se retournait, elle était là, le fixant et caressant lascivement ses grosses fesses blanches, mordillant ses grosses lèvres. Suggérant, entreprenant, s’excitant, elle ne baissait pas les yeux. Bien au contraire, elle ne l’en fixait que davantage.

Parfois, elle hurlait qu’il allait faire tomber la môman ! ATTENTION ! Alors elle le poussait et prenait sa mère sous sa protection hurlant qu’elle allait le faire elle-même. Parfois elle lui arrachait ce qu’il avait dans les mains, une foutue brosse à cheveux, un foutu gant de toilette, une foutue serviette. Ce n’était pas avec celle-là qu’il fallait l’essuyer. Ça, c’était la sienne à elle ! A ELLE ! A ELLE, BORDEL !!!

 

Chaque fois, qu’il l’habillait, cette vieille pourriture gueulait. Elle gueulait tellement fort que son regard n’en était rendu qu’encore plus fou par cette méchanceté qui habitait en elle. Elle gueulait que les boutons de sa robe n’étaient pas bien boutonnés, que c’était un incapable, et qu’il lui faisait mal, qu’il l’avait pincé. Alors elle se mettait à faire semblant de pleurer sur son pauvre petit sort. Alors parfois la Grochicha, comme il l’avait, très vite, surnommée, arrivait dans cette chambre comme une furie insatisfaite, beuglait qu’il faisait mal à sa môman. Qu’elle était tout pour elle et qu’elle n’avait plus qu’elle et que…patati et patata, il n’écoutait même plus cette folle furieuse complètement tarée. Elle en faisait parfois tout un cinéma, des larmes hypocrites auraient voulu couler de ses yeux mais rien ne pouvait en sortir.

Parfois, la vieille en remettait une couche en gueulant que c’était une honte de l’habiller comme il le faisait, qu’il n’avait aucun goût. Un goût de merde ! Que c’était une honte qu’il agisse avec elle de cette manière. Peut-être voulait-il baiser sa fille ! Salopard ! Et il ne devait pas oublier qu’il vivait grâce à elle. PEDE ! Et elle se mettait à l’insulter de son ton hautain.

 

Chaque fois, il s’imaginait prendre ce ciseau à coiffer devant lui, en enfoncer la pointe dans son oreille. Elle tomberait alors sur le sol prise de convulsions. Alors, à califourchon sur elle, il la frapperait et la frapperait encore et encore, jusqu’à ce que son putain de nez lui entre dans son putain de crâne, jusqu’à ce que son putain de sang soit expulsé de sa putain de bouche telles les gerbes de lave d’un volcan sur le point d’exploser. Puis, il lui casserait sa putain de gueule à coups de pied jusqu’à déboiter sa putain de mâchoire, jusqu’à lui faire éclater les dents de son putain de dentier. Puis, il prendrait l’une des épingles à cheveux sur sa coiffeuse, attraperait cette putain de pourriture par son putain de chignon. Il la regarderait alors dans l’œil. Et, lentement, doucement, en prenant tout son temps, il enfoncerait cette épingle dans sa carotide, la tournerait en remontant vers sa putain de mâchoire qui pendait. Là, alors, le sang giclerait dans toute la pièce. Il la jetterait alors contre le sol, son corps claquant contre le lino. Là, il la regarderait baigner dans son sang, dans sa merde et dans sa pisse jusqu’à son putain de dernier souffle. Cette putain de vieille ordure de merde.

 

Chaque jour, depuis le premier jour, la Grochicha ne le quitta jamais des yeux. Qu’il se change pour passer sa tunique avant de prendre son service ou qu’il se rhabille après l’avoir terminé, il sentait son parfum, son odeur. Sans la voir, il sentait son regard posé sur lui. Au moindre de ses mouvements, elle était là. Veillant, surveillant. Qu’il fasse marcher la vieille, qu’il l’aide à descendre l’escalier, qu’il lui fasse ses soins, elle était là. Quelque part. Toujours. Observant. Elle était là lorsqu’il la levait de son fauteuil. Elle disait vouloir l’aider. Mais alors qu’elle enroulait son bras autour de la taille de sa mère, elle laissait, furtivement, vagabonder sa main jusqu’à son entre-jambe à lui. Et bien qu’il se recule toujours, elle continuait avec ce foutu sourire sur son putain de visage bouffi.

Qu’il lui prépare son petit déjeuner, déjeuner ou souper parfois, cette putain de Grochicha était là encore. Guettant. Le guettant lui. Il la sentait dans son dos. Il sentait son regard sur lui de plus en plus proche de lui. Il sentait parfois son souffle sur sa nuque tellement elle était proche. Tellement proche. Parfois, elle se serrait contre lui.

Parfois, elle pétait un câble quand il faisait mine de ne pas la voir, de ne pas sentir son souffle ou son regard sur lui. Parfois elle entrait dans une colère noire quand il touchait un objet que ce soit une figurine ou une quelconque breloque. Parfois, elle lui envoyait des piques sur sa façon de faire, de travailler, de soigner sa vieille mère. Parfois, même, elle faisait semblant de pleurer sur les malheurs de sa pauvre môman, de ce qui adviendrait d’elle, pauvre fille unique à qui son pôpa manquait tous les jours, lorsque sa pauvre môman ne serait plus. Et ce, alors même que sa pauvre môman essayait désespérément d’attraper le mouchoir qu’elle venait de faire tomber au risque de tomber elle-même. Et cette grochicha la regardait sans lever le petit doigt. Pauvre môman ! Pauvre fifille sans son pôpa !   

Souvent alors qu’il terminait son service, elle était là, attendant dehors, l’attendant. Souvent, elle lui demandait d’un ton mielleux, parfois d’un ton enfantin, s’il voulait boire ou aller boire un verre avec elle, un café, manger quelque chose comme un gâteau ou une glace. Parfois elle ne faisait que s’approcher pour lui dire au revoir, comme si elle allait lui rouler une pelle. Parfois alors qu’elle rentrait, elle se collait, se frottait à lui, son bas ventre contre ses mains.

 

Chaque fois, il était soulagé d’avoir pu trouver une excuse pour lui échapper. Mais il savait que cela ne marcherait pas indéfiniment. Un jour, il devrait refuser ouvertement. Ce jour-là, il savait qu’elle péterait, certainement, un câble. Probablement même qu’elle lui sauterait dessus. Probablement même que…il devrait la remettre à sa place d’une façon ou d’une autre. Et il espérait que ce jour ne vienne pas trop vite car ce jour-là, il pourrait dire adieu à sa place et à l’argent qu’il économisait pour ouvrir son cabinet. Mais il serait prêt à faire face, comme toujours. Il avait connu pire dans sa vie. Bien pire qu’une grosse chienne en chaleur complètement tarée. Bien pire qu’une minable Grochicha comme elle.

 

 

Les jours et les semaines passèrent.

 

 

Tandis qu’il devait se rendre là de plus en plus souvent à la demande de cette foutue Grochicha qui lui promit de mieux le payer, comme il ne pouvait en être autrement, ce jour finit par arriver.

 

C’était un jour comme tous les autres, la vieille avait gueulé pendant sa toilette, elle avait gueulé pendant qu’il l’habillait, la coiffait et qu’il l’emmenait prendre son petit déjeuner. Comme toujours, elle avait été là à guetter, à le dévisager encore, à l’envisager toujours. Elle avait été là à épier le moindre de ses faits, le moindre de ses gestes. Et tandis qu’il avait assis la vieille dame au soleil, le temps de lui épiler le menton, elle arriva.

Il sentit d’abord son parfum, entendit ses pas puis son souffle. Il sentit alors son regard sur lui, peser de tout son poids.

De son air grave, elle prétexta vouloir lui parler mais pas devant la môman pour ne pas l’inquiquiner. Il sut alors que le moment auquel il se préparait depuis plusieurs jours maintenant était arrivé. C’était là dans l’air de toute façon. Il aurait fallu être complètement aveugle pour ne pas le voir. Et s’il y avait bien quelque chose qu’il n’était pas c’était aveugle. Il ne l’était plus depuis bien longtemps. Malgré son jeune âge, il en avait trop vu et trop vécu pour encore l’être.

 

Laissant la vieille dame au soleil, elle l’emmena dans la cuisine. Pour la première fois, elle lui versa un café, qu’il ne but pas. Elle se laissa tomber sur l’une des chaises à ses côtés et commença son cinéma.

Elle se mit à se plaindre car la nuit avait été horrible. Elle avait vécu un véritable enfer. Calvaire ! Elle n’avait pas cessé de devoir se lever pour aider sa pauvre môman alors même que cette dernière l’avait insultée. Elle était si méchante avec elle alors qu’elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour elle, qu’elle faisait tout dans cette maison. Absolument tout.

Elle se mit alors à sangloter lorsqu’elle lui expliqua que sa pauvre môman n’avait aucune affection pour elle, qu’elle ne l’avait jamais voulue ni même désirée. Qu’elle, non plus, aujourd’hui, elle n’avait plus l’affection qu’elle avait eue pour sa môman d’avant. Cela lui faisait tellement du mal dans son cœur. Une petite larme commença à rouler sur sa grosse joue.

Puis, elle en vint à parler de son pôpa qui avait de drôles de penchants. Des penchants que sa môman avait toujours tentés de cacher pour éviter les « qu’en dit-on ». Les gens étaient si méchants. Et depuis qu’il était parti chez les anges du ciel, que son pôpa était tout là-haut - là-haut, lui qui était tout pour elle, elle s’était sacrifiée pour sa môman. Ne pas la laisser seule bien qu’elle eut quelques amants de passage, quelques aventures. Des petits copains qui ne la voyaient pas, elle, qui ne la voyaient jamais alors qu’elle était toute très gentille. Elle. Mais elle, elle n’avait jamais eu droit de faire sa vie à elle. Elle avait même dû arrêter ses études qu’à cause d’elle. Et aujourd’hui, elle était comme ça, ici, seule, tellement seule dans la solitude. Elle était obligée de s’occuper d’une femme qui n’était plus du tout sa môman comme qu’elle était avant. Elle n’était plus que qu’un monstre au regard de folle.

Il ne pouvait qu’acquiescer à sa détresse, faire mine de compatir à sa pauvre souffrance de pacotille dont il n’avait rien à foutre.

Alors elle se mit à pleurer. Et cette fois elle avait bien répété. Les larmes coulèrent. Lui ne broncha pas. Il ne lui prit pas la main, ne la toucha pas.

Alors elle s’excusa. Elle se leva de sa chaise, le pria encore de l’excuser. Elle ne savait pas ce qui lui était arrivé. Un coup du blues probablement. Il se leva à son tour et l’assura que rien de tout ça n’avait d’importance qu’il était aussi là pour ça. Il joua la carte de la compassion, encore. L’écoute faisait partie aussi de son métier.

 

Et alors que, soulagé, il allait rejoindre la vieille dame, elle lui dit :

 

-          « Je voudrais qu’elle meurt » 

-          « Il ne faut pas dire ça. Je sais que ce sont des moments difficiles à passer mais…dites-vous que cela va s’arranger »

-          « Heureusement que je vous aie »

-          « Je ne serai pas toujours là, vous savez »

-          « C’est question de l’argent ?! Viens je vais te montrer ! Je l’ai de plein ! »

Sans qu’il ne puisse dire quelque chose, elle lui attrapa la main et l’entraîna avec elle. Il tenta de se soustraire à son étreinte. Mais elle serrait tellement fort, si fort qu’il eut l’impression que sa main était coincée dans une broyeuse. Il tenta de lui faire comprendre que sa mère était au soleil, qu’il ne pouvait pas la laisser sans surveillance. Rien n’y fit. Elle l’emmena avec lui.

Elle l’amena alors dans un vaste bureau sombre qui, à l’odeur de moisi, n’avait pas dû être aéré depuis plusieurs dizaines d’année. Là, elle fonça droit sur le mur de gauche et derrière un large miroir couvert de poussière grise, elle découvrit un coffre-fort. Elle l’ouvrit et en sortit des dizaines et des dizaines de liasses de billets de deux cent et de cinq cent euros qu’elle jeta sur le bureau aux côtés de titres au porteur les coupons encore attachés et de quelques lingots d’or. Elle jeta tout comme une folle exaltée. Lui ne broncha pas, ne s’approcha pas une seule seconde des titres, de l’argent ou d’elle.

 

-          « Tu vois ! Tu vois ! J’ai le plein de l’argent, ça ne manque pas, ça ne manquera jamais, tu vois ! Tu peux tout avoir, je te donne tout, j’te donne tout, tout ce que tu veux, TOUT ! Tu vois ! TOUT ! »

D’un coup, elle se rua sur lui, se plaqua contre lui, contre un mur.

 

-          « Tu m’ plais, tu sais, tu m’ plais ! J’veux faire ma vie avec toi, aaaah tu m’ plais toi ! Aaaaah ! »

 

Elle enfonça sa main dans ses leggings et commença à se masturber tout en caressant son entre-jambe à lui.

Lui, il ne broncha. Un autre que lui aurait peut-être eu une bonne et grosse trique, peut-être qu’un autre que lui l’aurait soulevée malgré son poids pour la claquer contre ce bureau et lui donner aussitôt ce qu’elle voulait. Lui non. Il ne ressentit rien de tout ça. Il resta froid, de marbre. Elle ne lui faisait pas envie. Il n’avait aimé qu’une seule femme jusqu’ici, et une grosse truie comme elle, une grosse chienne en chaleur complètement débile comme elle, n’arriverait jamais à la cheville de cette jeune femme qu’il avait aimée et aimerait probablement toujours. Elle le répugnait. Tout en elle le répugnait. Et elle s’en rendit vite compte tandis que sa main s’agitait toujours entre ses jambes.

 

-          « Aaah ! J’te plais pas ! Hein ?! J’te te plais pas, hein ! Aaah ! » répétait-elle de plus en plus frénétiquement alors que son gros ventre se soulevait pris de soubresauts incontrôlables

-          « Ecoutez, on va en rester là, je… »

-          « Toi, tu vas rester putain aaaaaaah ! Tu vas faire qu’est-ce que j’te dis ! Tu m’ plais j’te veux ! J’te veux ! Aaaaaah ! J’te paye t’es à moi ! A MOI ! Aaaaah ! ».

D’un coup, elle sortit la main de ses leggings. Avant qu’il ne puisse réagir ou même le voir, elle lui envoya un coup de poing en pleine figure. Avec la rage, son poids, sa force n’en fut que décuplée. Il eut l’impression de recevoir un coup de marteau, de masse en plein visage. Sa tête en heurta le mur si violemment qu’il s’en affala assis sur le sol poussiéreux. Tout autour de lui devint alors flou. Il n’entendit plus qu’une voix déformée qui beuglait des choses qu’il ne comprenait pas. D’un coup, il sentit une intense douleur envahir son torse, son flan, ses côtes. Il se sentit alors comme secoué, comme s’il venait d’être renversé par un camion lancé à sa pleine puissance, comme s’il avait été happé par un train qui, maintenant, le trainait sur une voie ferrée dont chaque ballaste lui fracassait le corps. Entre ses mains, sous ses coups, il n’était plus qu’une vulgaire marionnette désarticulée et sans réaction.

D’un coup, la furie incontrôlable qui s’était emparée de la Grochicha, le laissa retomber sur le sol, voyant qu’il ne réagissait plus. Elle passa la frustration qu’elle avait contenue en elle durant toutes ces années sur le mobilier de ce bureau.

Elle jeta contre les murs, sur le sol tout ce qui lui tombait sous la main. Des livres, des bibelots, des albums photos, brisa les cadres, arracha les cousins des vieux fauteuils en tissu, frappa les murs en hurlant sa haine. Elle se mit alors à arracher le papier du mur hurlant des insultes à sa mère, au monde entier. Elle s’en prit alors aux livres des bibliothèques autour d’elle, en arracha les pages, les jetant contre les tableaux au travers des fenêtres. Plus elle brisait de choses, plus elle jetait d’objets au sol plus sa colère, sa rage et sa hargne redoublaient d’intensité. Elle n’était plus qu’un monstre dont la violence semblait ne plus avoir de limites.

Tout autour de lui semblait voler comme dans un rêve au ralenti. Bien que la douleur soit intense et parcourait tout son corps, celui-ci lui hurlait de se lever, de s’enfuir loin, de se protéger. Alors il essaya de se lever. Mais ses jambes ne le supportèrent pas. Il s’écroula d’un coup sur le sol, lourd. Le bruit sourd attira la Grochicha qui revint à la charge. Elle attrapa un buste d’homme posé au coin de l’une des bibliothèques. D’un coup, brusque, elle l’en frappa. Heureusement pour lui, ce buste était en plâtre et rongé par l’humidité. Il se brisa en poussière blanche alors qu’il effleura à peine son épaule. Il feinta alors. Il se laissa tomber, comme assommé.

Elle le regarda, là, posé sur ce sol. Comme une enfant, elle se laissa tomber à genoux devant lui, le regarda encore. D’un coup, brusque, elle l’attrapa, le tira vers elle, le serra contre elle comme cette vulgaire poupée de chiffon qu’il était pour elle.

 

-          « Ô mon beau prince charmant… » lui murmura-t-elle, sa grosse bouche collée contre son oreille ensanglantée « ô mon beau chevalier blanc, ici dans mon donjon tant de temps j’ai attendu ta venue, tant de temps j’ai patienté jusqu’à ton arrivée. Mais aujourd’hui je sais que ton amour ne me sera pas donnée, que ton amour ne viendra pas me délivrer. Alors ni pour toi ni pour moi un heureux à jamais ne nous sera donné ».

 

Brusque, brutale, elle se releva, laissant retomber sur le sol cette poupée de chiffon qu’elle avait fait de lui et se retourna. D’un coup folle, furieuse, elle s’en prit de nouveau au mobilier du bureau.

Profitant qu’elle lui tourne le dos, Damian se mit lentement, doucement, à ramper sur ce sol couvert d’objets brisés, une seule idée en tête : s’en sortir. Survivre pour sa fille, continuer à la protéger, la voir grandir. La revoir simplement. Alors que tout était flou autour de lui que son propre sang lui coulait dans les yeux, qu’il avait l’impression de ne plus sentir ses jambes, il rampa sur le sol. D’un coup, il sentit alors ce truc dur et aux coins arrondis lui entrer dans le ventre. Son téléphone. Au prix d’un effort incroyable, il laissa glisser sa main vers la poche de sa blouse et l’attrapa. Il n’avait pas beaucoup d’amis, pas grand monde à appeler. Sa lucidité déclinante ne lui aurait de toute façon pas permis de composer un numéro ou de rechercher un contact. Sans vraiment le savoir, sans vraiment le vouloir, il appuya sur la touche rappel. Le dernier à l’avoir appelé avait été le Père Paul.

 

Dans le presbytère, résonna alors la sonnerie d’un vieux bigophone, il décrocha :

 

-          « Allô ? »

-          « M…mon...père, mon père… »

-          « Allô, qui est-ce ! Je vous entends à peine… »

-          « Mon…mon père…éd…aide…moi »

-          « Je ne vous entends pas ! Allô ?! Mais qui est-ce ?! »

-          « De…Da…Da…mon p…mon père…elle…c’est…Da…Dam »

-          « Damian c’est vous ? Est-ce que c’est vous ?! »

-          « el…elle va m…va…me… mon…père…mon père »

-          « Damian qu’est-ce qui se passe ? Où êtes-vous ? ». Ce fut alors que le sang du Père Paul se glaça lorsqu’il entendit ce mot que Damian hurla :

-          « TUUUUUER !!!! ».

 

Alors qu’il rampait sur le sol, il sentit une main venir le harponner, le soulever comme s’il n’était rien et le jeter dans les escaliers sur les marches duquel il roula sentant chacune d’entre elles le frapper plus fort que la précédente. Enfin, il n’y eut plus de douleur. Au loin, une voix beuglait. Devant lui passa un voile noir, une ombre peut-être, énorme. Il entendit hurler et encore beugler. Puis, il n’y eut plus rien. Plus rien d’autre que le noir, le silence et le froid.

 

 

D’un coup, comme si des milliers d’aiguilles étaient venues lui piquer la tête, il sursauta, se réveilla. Il ne savait pas où il était, plus vraiment ce qui s’était passé. Les lumières blanches étaient tellement aveuglantes. Il n’entendait qu’un bip qui sonnait, sonnait et sonnait encore de plus en plus rapide. Tout était d’un flou éclatant. Sa respiration était tellement rapide, tellement forte que sa poitrine semblait en être déformée.

 

-          « AMANDA ! ».

 

Alors tous accoururent dans cette chambre d’hôpital. Le Père Paul, une infirmière, des gendarmes.

 

-          « Ma fille ! Ma fille ?! Où est ma fille ?!...Que…quelle heure il est ?! » leur demanda-t-il, affolé

-          « Elle va bien…probablement… » lui répondit une jeune gendarme « il n’est que trois heures un quart ».

 

Il se laissa retomber en arrière se tenant la tête.

 

-          « Elle…elle est encore à l’école…[il soupira. D’un coup, il se redressa]…je peux téléphoner ? Je peux avoir mon portable ? Mon…mon portable ? Je…je voudrais prévenir un…un copain pour qu’il va la chercher. S’il vous plaît. Je voudrais la voir, s’il vous plaît, s’il vous plaît… ».

 

La jeune gendarme aux cheveux blonds et courts s’approcha de sa table de nuit, y prit son portable dont l’écran était brisé et le garda dans sa main.

 

-          « Vous pouvez nous expliquer ce qui s’est passé, si vous vous en sentez capable » lui demanda-t-elle. Il acquiesça.

-          « Euh…je, j’étais dans la cuisine…en bas…je crois, elle a voulu un café…la fille…non, non c’est pas ça… [son moniteur cardiaque bipa]…elle m’a dit qu’elle voulait me parler…si…euh…avec un café…ouais…elle voulait me parler…et puis c’est parti en vrille…elle a commencé à me frapper…la fille, je veux dire…puis…je…ouais…c’est là qu’elle m’a frappé…non…[le monteur cardiaque bipa de nouveau, plus vite]…non…la mère elle était dans le jardin, je l’avais mise au soleil, je l’avais mise au soleil…il y a eu le café puis les escaliers…elle m’a traîné, je suis tombé…je…après…je…je sais plus…à un moment j’étais en haut dans un bureau…mais…je sais plus si c’est avant ou d’abord…non, non c’est avant on est monté en haut…[les bips se firent plus rapide et rapprochés, l’infirmière s’approcha du moniteur]…là elle a commencé à se tripoter…je crois…ouais comme une folle…elle gueulait je crois…je sais plus quoi…puis…oui, ouais, j’étais dans les escaliers… » tenta-t-il de leur expliquer bredouillant, confus.

 

Plus il parlait, plus des images lui revenait en tête. Mais elles n’avaient aucun sens, aucun ordre, aucune logique. Et plus il parlait, plus elles lui revenaient, comme des flashs qui lui transperçaient la tête et plus son rythme cardiaque s’emballait.

Cent pulsations à la minute, aussitôt l’infirmière demanda à ce qu’ils arrêtent pour le laisser se reposer et reprennent plus tard.

Damian sembla ne pas se rendre compte que les gendarmes s’en allaient. Il continua de parler, continua de bredouiller ces mêmes phrases, confus, le regard hagard, perdu.

 

-          « Votre portable… » l’arrêta, alors, la jeune gendarme en le lui tendant compatissante « ne vous inquiétez pas de trop, vu l’état de fureur dans laquelle on a retrouvé cette grosse femme et l’état dans lequel elle a mis sa mère, vous n’avez pas de soucis à vous faire, ce ne sont que des formalités. En attendant, appelez pour qu’on aille chercher votre fille et reposez-vous. On repassera plus tard. Ça se passera bien, vous verrez ».

Alors les gendarmes s’en allèrent. Le Père Paul resta, là, encore quelques secondes à le regarder, regarder son visage difforme, bleui et gonflé, le sang qui tachait encore les pansements recouvrant ses arcades sourcilières.

 

-          « Je suis tellement désolé de ce qu’elle vous a fait et je suis tellement désolé d’avoir cru que…[il se secoua la tête s’en voulant, encore davantage et surtout maintenant d’avoir pensé qu’il était le coupable]…si vous voyez dans quel état elle l’a mise. Elle n’a même plus de visage…comment peut-on faire ça à sa propre mère ?! Comment peut-on en venir à tuer sa propre mère ?! » lui demanda-t-il avant de fondre en larmes et de fuir de ce box des urgences.

 

-          « T’inquiètes pas !… » lui sourit alors l’infirmière. Il la regarda « vu l’état de la mère, t’as pas à t’inquiéter…pour personne. Si t’as besoin appuies sur le bouton tu sais comment ça marche ». Elle lui caressa la joue avant de s’en aller.

-          « Merci…Nadya ». Elle sourit de nouveau.

-          « Fais ce que tu as à faire…comme toujours ».

 

Damian resta assis dans ce lit tandis qu’elle le laissait. Instantanément, son rythme cardiaque repassa sous les cinquante-cinq battements par minute. Alors, il prit son portable et appela l’un de ses sept contacts

 

-          « Ouais, c’est moi…dis, ça te tente une petite balade ? ».

 

 

La nuit avait envahi le village. Sous les projecteurs à la lumière blanche et le bruit des groupes électrogènes, la brigade scientifique de la gendarmerie avait investi le manoir, une nouvelle fois devenu scène de crime.

Les hommes et les femmes en combinaison blanche s’apprêtaient à faire les premiers relevés destinés à confirmer ou à infirmer les versions des différents protagonistes.

D’autres gendarmes discutaient, eux, laissant la lumière bleue des gyrophares de leur véhicule caresser la façade du manoir baignée dans la froideur de cette nuit sombre.

 

Là, au loin, une frêle silhouette entièrement vêtue de noir, le visage dissimulé et une oreillette grésillant vissée dans l’oreille les observait. Tel un fantôme, une ombre, elle se faufila entre les véhicules de gendarmerie sans le moindre bruit. Furtive, elle passa entre les soldats sans jamais éveiller leur attention. Féline, elle se glissa dans le parc, dans l’ombre des lumières blanches et bleues laissant d’autres yeux que les siens guetter les déplacements des gendarmes.

Ils la guidèrent jusqu’au bureau du premier étage, là où la Grochicha avait emmené Damian.

 

 

La fine ombre s’y évapora à peine quelques minutes avant que les enquêteurs de la brigade scientifique n’investissent ces lieux à leur tour.

Là, les gendarmes prirent des échantillons, des photos de la pièce, des objets cassés, du papier peint arraché, des meubles retournés, du coffre ne refermant que de la poussière, du buste en plâtre, du sang séché sur le sol, du bureau recouvert de pages de livres, de gravas et de poussière, de plâtre…

Et quelques heures plus tard, le manoir fut mis sous scellées...

 

 

Damian sortit de l’hôpital moins de vingt-quatre heures après y être entré. Il était en bonne santé, jeune et ses blessures superficielles, il n’y avait aucun motif pour le garder plus longtemps.

Lui et le Père Paul durent se rendre à la Gendarmerie où ils déposèrent. La brigade scientifique valida la version de Damian. Elle était totalement cohérente et en conformité avec les relevés sur les lieux. Il ne fut donc pas inquiété la moindre seconde comme l’en avait assuré la jeune gendarme aux cheveux courts qui l’accompagna tout au long de la procédure.

 

Le Père Paul, lui, ne put apporter que quelques éléments concernant la relation entre la mère et la fille. Il ne connaissait que peu leur façon de vivre. Comme la personnalité de la fille. Cela faisait des années qu’il n’avait pas eu de contact avec elles.

Cette grosse femme, la grochicha, elle, fut placée en hôpital psychiatrique et n’en sortirait probablement jamais compte tenu de son état, selon les gendarmes.

Une chose cependant, avait intrigué le Père Paul : l’argent, les titres au porteur, les lingots. Personne n’en avait parlé. Elles devaient pourtant bien en avoir.

Avant, à la belle époque, lorsque ce manoir était encore LE manoir, le Baron lui avait montré ce que le coffre contenait. Il devait forcément encore en avoir quelque part. Mais pour les gendarmes, leurs comptes en banque, autant ceux de la mère que ceux de la fille étaient déjà bien approvisionnés et leur auraient largement permis de vivre très confortablement encore plusieurs dizaines d’années. Mais ils n’avaient pas trouvé de liquides ou d’autres titres. Mais des dizaines et des dizaines, des centaines de figurines et de bibelots en tout genre, des tas sex-toys, d’ordinateurs, de portables, des distributeurs de confiseries…achetés par la fille peut-être qu’une partie de l’argent avait servi à ça. En tout cas, rien n’indiquait qu’elles avaient eu de l’argent liquide sur place, des titres quels qu’ils soient ou des lingots d’or. Peut-être que le Père Paul ne les connaissait pas autant qu’il le croyait. Peut-être même que leurs habitudes avaient changé à la mort du Baron. Trente-cinq ans c’était long. Peut-être même que le coffre ne contenait plus rien d’autre que de la poussière depuis cette époque.

Mais le Père Paul sembla dubitatif sur ce point et insista encore et encore. Jusqu’à faire le tour de la question, plusieurs fois car, il devait bien y avoir quelque chose dans ce coffre. Au moins quelque chose pour lui. Non ? Qu’elles ne lui aient laissé que de la poussière, le Père Paul ne voulait pas y croire. Il avait fait tant pour elles, deux. Il avait tant espéré. Encore les derniers temps, elles lui avaient promis. Alors, aujourd’hui, il ne pouvait pas croire qu’elles ne lui aient rien laissé. C’était impossible.

Mais le Père Paul dut se rendre à l’évidence : parfois on sert le bon Dieu pour rien, même s’il vous fait croire le contraire.

   

Quelques semaines plus tard, Damian avait pris des petites vacances pour digérer et surtout du recul par rapport à tout ça. Simplement profiter d’être avec sa fille.

Comme bien souvent, ils jouaient ensemble à la console. C’était leur truc à eux dès qu’ils avaient un moment. Et tandis que la petite fille s’amusait, heureuse d’être avec son père, la sonnette de leur petit appartement retentit. Damian se leva pour aller répondre, la petite fille lui emboita le pas, collée à lui comme elle l’était depuis son retour de l’hôpital. Il ouvrit alors la porte sur une jeune femme aux cheveux courts et blonds qu’il regarda d’un air interrogateur.

 

-          « Bonjour, je…euh…vous ne vous souvenez pas de moi ?... » lui demanda-t-elle « c’est l’uniforme ça, ça change une personne ».

 

Alors il…

 

 

Bon, vous avez quoi on va arrêter là parce que les niaiseries de ce genre ça me gave. Déjà que cette putain d’histoire elle…On sait tous de toute façon qu’ils vont baiser ensemble.

Mais ce que vous ne savez pas et eux non plus d’ailleurs c’est que ça va pas durer « les mamours » et les « je t’aime » et les petits coups vite faits. Hein ! Ça dure pas tout ça. Ça ne dure jamais toutes ces conneries. Toutes ces simagrées, ça va vite se transformer en eau de merde ! Surtout une fois qu’ils auront pris un appartement ensemble ! Hein ! Là, le masque de madame i’ va tomber ! Fini les mamours et les petites branlettes dans la banquette en regardant le film du soir ! Terminé les petits rendez-vous sous la douche ! Les petits câlins le matin, serrés l’un contre l’autre ! Et bonjour la putain de gueule quand ça ne marche pas comme madame elle veut !

Ah ! Faut pas la toucher quand madame elle regarde son putain de feuilleton ! Parce qu’elle a pas envie ou parce qu’elle est fatiguée, elle aussi elle a eu sa journée et en plus elle doit faire la lessive !

Ah ! Faut pas la toucher sans avoir pris une douche alors qu’avant elle te pompait le dard sans tambour ni trompette !

Ah ! Faut aller chercher à bouffer à dix heures le soir parce que madame elle a pas réussi à faire à bouffer ce qu’elle voulait et qu’elle pète son putain de câble, qu’elle chiale et qu’elle fait les quatre cent coups dans la cuisine ! Hein ! Et toi, comme un con, tu vas essayer de lui faire un câlin pour la consoler parce que c’est pas grave tout ça. Et là elle t’envoie chier comme un gros con de chien galleux dont elle n’a rien à carrer ! Comme une putain de merde !

Et puis après ça va être quoi ! Hein ! Ben moi j’vais vous le dire ! Ben ouais ! Moi, j’vais te le dire ! Moi ! De plus en plus, elle va te faire sa putain de gueule jusqu’à ne plus dire un mot. Elle va te faire une gueule du matin au soir sans que tu comprends pourquoi ! Mais une gueule comme t’en as jamais vu de ta vie ! Pas la petite gueule du genre « t’as bouffé toute la boîte de chocolat et tu ne m’en as pas donnés, pauv’con ! ». Non, la gueule de chez la gueule que t’as jamais vu une gueule pareille. Si encore t’avais chié par terre ou qu’elle t’avait surpris en train de te branler devant ton poste de télé en roulant des pelles à une poupée Barbie ou à son putain de doudou, tu saurais pourquoi elle te fait une gueule pareille ! Mais là non, tu sais pas ! Tu comprends pas ! Tu te demandes toi qu’est-ce que t’as fait ? Qu’est-ce que t’as dit ? Donc tu lui demandes. Et là tu vois sa gueule, on dirait qu’elle s’allonge jusqu’au sol et là tu te dis « putain elle va me bouffer, pourquoi j’ai dit ça, merde ! ». Mais là, elle te dit rien. Elle se casse dans la chambre. Elle claque même pas la porte. Et toi tu restes là comme un con. Et comme ça, elle en ressort deux, trois heures après. Et puis quand tu vois sa gueule qu’on dirait un zombie qui ne sait plus s’il est sur terre, sur mer ou dans ce putain d’espace en train de crever entre deux eaux. Oh ! Tu te dis « Putain ça y est ! Putain je vais être soulagé ! Elle va péter son câble et elle va se casser ! ». Mais non ! NON ! Là, elle s’assoit et elle te dit « on a des problèmes, faut qu’on les règle si on veut avancer tous les deux. Si on veut pouvoir construire, il faut qu’on parle de certaines choses… ». Sans blague, tu crois que j’en ai quelque chose à péter de tes conneries, pauvre conne ! T’arrêterai de faire chier le monde pour tout un tas de connerie qui n’a qui cul ni tête ça irait mieux. Putain ! Mais surtout, surtout tu ne lui dis pas ça ! T’es malade toi ! OH ! Non, tu dis « t’as raison, faut qu’on parle ». Eh ! Faut être malade pour dire autre chose ! Et là, comme un con tu te retrouves devant un psy pour couple. Toutes les semaines, deux fois par semaines, tu dois parler devant un con qui ne fait que mâchonner ses putains de lunettes qu’il a juste pour faire genre « je suis intelligent ». Et tout ce qu’il trouve à faire c’est être d’accord avec elle. Et toi dès que tu ouvres la bouche c’est de ta faute à toi ! C’est toi qui dois être plus présent, c’est toi qui dois faire des efforts et des concessions ! C’est toi qui dois lui apporter un peu d’aide ! Pauvre connard de merde, va ! J’suis sûr que t’es divorcé, enfoiré va ! Ou mieux, tiens que t’es pédé ! Et puis, tu comprends pas en six mois pas une fois il a été d’accord avec toi, ce con-là.

Mais un jour tu te dis « attends là putain je suis con ou quoi ! »…à chaque fois qu’on doit y aller, elle est là avant et elle repart après, elle rigole avec ce putain de con de merde attends ! Donc tu te dis « Putain ! La salope de merde ! Comment elle s’est foutue de ma gueule, la pouffiasse ! ». Donc tu prends ta journée pour en avoir le cœur net. Tu vas plus tôt que d’habitude, genre tu passes la journée à surveiller, en gros. Et là, oh putain de ta mère que t’as rien vu du tout ! T’as le con que c’est toujours de ta faute qui dégage à midi. Et là qui s’est qui se pointe genre « putain ! Regardez-moi comment chuis trop bandante ! Chuis en mode pétasse - chaudasse ! ». Salope, va ! Alors, toi tu la files ! Et elle monte jusqu’au bureau de l’autre pédé qui vient de se casser. Mais tu te dis « putain c’est qui qu’elle vient voir ici, y a plus personne ! Sont tous partis bouffer, ces cons-là ! ».  Et là, dans tous ces putains de couloirs, tu la paumes. Putain ! Tu te dis où elle est passée cette connasse de merde. Alors, t’écoutes à toutes les portes pour voir si t’entends rien de pas normal en espérant qui y a pas un con qui ouvre la porte à ce moment-là. Et rien. T’entends rien. Donc tu te dis « allez vas te faire foutre, pauvre conne ! De toute façon j’en ai marre de ta gueule ». Comme par hasard, c’est à ce moment-là que t’entends des voix qui rigolent mais d’une façon bien spéciale comme quand tu vas baiser et que l’autre te chauffe. Et ça vient des chiottes des femmes. Putain je te jure que, là, t’as ton estomac qui se met à se retourner. Puis il vient te foutre des coups de pied dans les couilles pour les faire remonter dans ta gorge avant d’essayer de te sortir par ton trou de balle. Alors tu prends ton courage à deux mains, tu te dis « allez vas-y putain ! T’es un mec, t’en auras le cœur net, vas-y putain ! ». Sauf que tes couilles, elles se sont barrées depuis longtemps et que tu voudrais bien aller les rejoindre. Mais tu sais pas pourquoi t’ouvres cette putain de porte. Et tu t’attends à tout ! Mais là ! Oh putain ! PUTAIN ! Tu vois celle qui partage ta vie depuis quatre ou cinq ans à vue de nez. Et elle est à genoux sur le sol avec sa putain de tête entre les jambes de la putain de secrétaire de l’autre pédé qu’on dirait que sa gueule c’est un pot pourri tellement elle a de boutons ! Et là, t’es figé. Tu sais pas si tu dois laisser ta braguette exploser ou te mettre à chialer parce que tu vois ce qui se passe, tu vois sa tête entre les cuisses de l’autre qui est entre train de chouiner tellement elle prend son pied. Mais tu ne comprends pas ce qui se passe. Tu te dis « mais putain qu’est-ce qu’elle fait ! ». T’as envie de dire « mais arrête pourquoi tu fais ça ! Tu peux pas faire ça ! Non ! C’est pas comme ça qu’on fait ! Pas avec les madames, quand même ! C’est pas bien de faire ça. Mais arrêtes à la fin ! ARRÊTES PUTAIN ! ». Et tu te rends compte que t’es en train de chialer comme une grosse merde. Tu vas même jusqu’à la supplier d’arrêter. Mais comme y en a pas une des deux qui te voit ou même qui te capte, tellement elles sont occupées. Alors tu vas auprès d’elles. Et tu leur dis comme un gros con « excusez-moi mais je comprends pas ce que vous faites là ». Et là d’un coup, l’autre pute elle se relève, elle se met à hurler. L’autre putain de lesbienne à la gueule pleine de boutons, elle se casse à la gueule avec les jambes grandes écartées avec vue directe sur son truc qui y a même une boucle d’oreille sur son petit machin. Et l’autre elle se met tellement à gueuler. Et toi tu chiales tellement et que tu gueules que tu ne comprends pas alors que c’est devant tes putains d’yeux que t’as tous ceux qui étaient pas partis bouffer qui se ramènent dans les chiottes. Et que là, cette salope de pute de merde elle se casse en t’insultant de tous les noms qui y en a même certains que tu connaissais pas et que t’avais jamais entendu de ta vie. Toi con comme t’es, tu la suis comme un gentil petit chien complètement paumé qui ne sait plus où il va et qui croit qu’elle va lui répondre quand il lui demande de l’attendre. Et comme tu la suis elle commence à te frapper à coup de sac à main sur ta tête. Et là, tu te prends un coup de sac plus fort que les autres et tu tombes assis par terre juste devant l’ascenseur. Et comme si tu chialais pas assez, les autres ils se foutent carrément de ta gueule. Et tu chiales encore plus. T’arrêtes plus de chialer pendant je sais pas moi genre bien une heure au moins. Avant de te rendre compte, de ce qui vient de se passer et que les gens ils te passent à côté en se foutant de ta gueule. Alors tu te relèves et t’as l’impression d’être complètement bourré que tu montes dans l’ascenseur pour reprendre ta voiture. Mais comme t’appuies sur aucun bouton que tu passes encore trois putains de quart d’heure à faire le yoyo dans ce putain d’ascenseur en fonction des autres cons qui montent et qui descendent en se demandant ce qu’un pauvre connard à la gueule de déterré qui se remet à chialer toutes dix secondes i’ peut bien foutre là. Enfin tu réalises et tu dis « Oh, la putain de salope de sa race que je vais la décalquer sa putain de gueule de merde ! ». Et là tu te reprends d’un coup. Tu passes en mode Terminator de chez Terminator que je vais la niquer sa putain de gueule. Et tu reprends ta bagnole même si ta putain de tête elle tourne comme si elle avait été mise en orbite autour de Jupiter et tu rentres chez toi. Tu sais qu’elle va être là. Et elle est là avec sa putain de gueule enfarinée. Et la seule chose qu’elle sait te dire c’est « écoute je vais t’expliquer ! ». Et là tu sais qu’il n’y a rien à expliquer. Une heure plus tôt elle avait sa putain de tête entre les cuisses d’une autre bonne femme avec sa putain de langue en train de faire des allers et retours sur la boucle d’oreille d’une putain de lesbienne à la gueule de merde. Et là donc tu te surprends, t’agis en adulte, putain ! Tu dis « ouais bien sûr je comprends, tu t’es découverte toi-même, je suppose que ça n’a pas été facile, que ça a même dû te faire beaucoup souffrir ».  Là, tu vois sa putain de gueule s’éclaircir. Et tu te surprends à continuer à bavasser un tas de connerie auxquelles tu ne crois pas toi-même jusqu’au moment où elle a le malheur d’ouvrir sa putain de gueule de merde où qu’il y a sa putain de langue qui léchait une putain de chatte de merde ! Et là, d’un coup, ta paire de couilles elle se remet en place. Et alors qu’elle est en train de te dire qu’elle est contente que tu le prennes comme ça, qu’elle aurait préférée que tu l’apprennes d’une autre façon. Toi, tu te diriges vers la cuisine sans vraiment savoir ce que tu vas y foutre. Tout ce que tu sais c’est que sa putain de bouche était sur le truc d’une autre femme, que probablement ce n’était pas la première fois et que toi tu as embrassé cette putain de bouche de merde. Alors, tu prends un mug qui était là, tu le remplis d’eau tu commences à boire un coup. Elle s’approche de toi, tu te retournes. Et là tu lui envoies toute l’eau que contenait ton mug dans sa putain de gueule et t’éclates de rire en disant « putain je suis désolé je t’ai vue arriver je t’ai jouie dans la gueule. T’aimes vraiment ça ? Si c’est ça que t’aimais fallait le dire je t’aurai pissée dans la gueule, pauvre salope. T’es qu’une pute de merde ! Je peux plus t’encaisser toi et ta gueule de con vous allez vous casser autrement je te jure que même une glace tu pourras plus la lécher espèce de salope ! »…enfin quelque chose comme ça, de très adulte…bref voilà…après ça partira en vrille à chaque fois que…enfin qu’ils seront dans la même pièce et que lui devra se contrôler pour ne pas lui sauter dans sa putain de gueule de con de salope de merde qui lui donne envie de l’étriper une fois que l’envie de dégueuler est passée…enfin voilà quoi, comment ça va se passer, je…entre eux quoi…et puis…je lui souhaite bon courage pour expliquer à sa fille qui n’a pas dix ans pourquoi maman est partie avec une femme et pourquoi dix jours plus tard, elle vient la chercher avec un homme et pourquoi il y a plusieurs messieurs qui viennent dans l’appartement qu’elle a trouvé et que les monsieurs ou les madames ou quelques fois les deux en même temps ils jouent beaucoup avec maman et que parfois même ils doivent lui faire mal parce qu’elle crie et que tout ça fait peur à la gamine...vas-y toi pour expliquer ça à un gosse alors que toi-même tu ne comprends pas…enfin bonne chance à lui…comme pour le fait d’expliquer que sa mère finit par ne plus vouloir la voir…à titre personnel, pour une fois je le dirai : « putain de ta mère comment tu fais ça, toi ?! Saloperie, va ! » parce que moi franchement je ne sais pas.

 

Voilà quoi ! C’est comme ça que ça va se passer pour eux…lui…elle…sa fille qui n’est pas sa fille…à elle…voilà tout est un beau cafouillage qui finit en belle et grosse boule de merdasse. En gros, c’est comme la vie ! Enfin ça fait plusieurs fois que je vous le dis…mais c’est pas encore entré dans le coco hiiiin ! Si ? Manifaïque !

 

Euh…oui…pardon pour tout ça mais il fallait que ça sorte à un moment…euh…voilà…la construction de ce personnage, ça m’a fait remonter des choses, ça m’a un peu chamboulé , j’espère que vous ne m’en voulez pas…donc…je…voilà quoi…merci. Et oui pardon pour tous ces gros mots, je ne sais pas d’où ils sortent, je ne savais même pas que j’en connaissais autant. Mais c’est cette pute, elle me…

                                                                    

Pardon.


 

Allez :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FIN

 

 

 

 

 

Non ce n’est pas la fin. Enfin si c’est la fin de ce conte…mais pas la fin de « Les Contes du Gars » ce n’est que le début. Faut bien que vous en ayez pour votre argent. Alors je vais vous emmener dans des endroits que vous n’aviez jamais pensé visiter, vous faire vivre des choses que vous n’aviez jamais pensé vivre, vous faire ressentir des choses que vous n’aviez jamais ressenties avant et que vous ne ressentirez plus jamais. Et cela, que cela vous plaise ou non…enfin si vous voulez vous n’êtes pas obligé non plus ! Hein !

 

 

Oui je me la pète et alors qu’est-ce que cela peut bien vous foutre ! C’est moi qui écris et c’est moi que je dis ce que je veux ! Merde à la fin !

 

(pardon mais je suis encore sous le coup de l’émotion, ça va passer…j’espère)

 

 

Allez, on y va !

 

 

 

 

 

 

Ps : pour le conte suivant prenez quelques mouchoirs en papier, ça va vous retourner...