Conte 5 Version Writer's Cut -18




 

Conte 5 – Writer’s cut - 18

 

 

Belinda Laddhyn et le Trèfle magique

 

 

Et les jours passèrent, passèrent et passèrent. Pour chaque jour qui mourrait, elle savait que celui qui naissait inéluctablement ne pourrait être que meilleur encore. Et même si une quelconque merde leur tombait, ce jour-là, dessus, elle savait que rien ne pourrait changer le fait qu’elle se serrerait dans ses bras, qu’il l’embrasserait et qu’Amanda lui ferait un câlin. Ensemble, ils se démerderaient comme ils le pouvaient avec ce qu’ils avaient pour faire en sorte que cette merde ne reste que de la merde. Et rien d’autre. 

Elle n’avait plus peur de ces jours qui passaient. Elle n’avait plus peur de ce qui allait arriver. Elle ne pensa plus jamais à cette date tellement fatidique pour elle.

 

Ces mois, tous ces mois étaient passés tellement vite. Elle avait l’impression lorsqu’elle y pensait que c’était hier qu’ils étaient tous les deux dans ce bureau à s’envoyer chier. C’était incroyable de penser qu’il y avait trois ans, qu’il y aurait trois ans bientôt qu’ils étaient ensemble et deux ans et demi qu’ils vivaient ensemble comme un couple, comme une famille. Jamais elle n’aurait cru cela si quelqu’un le lui avait dit. Jamais. Tout ça était impossible pour elle.

Et pourtant elle était là dans ce canapé chez elle. Elle les attendait alors que le soleil brillait de ses premiers rayons d’été. Et c’était incroyable !

 

Son portable, soudain, se mit à sonner. En le prenant elle présuma que c’était Damian ou peut-être même Amanda qui avait pris l’habitude de lui téléphoner ou de lui envoyer de SMS à tout bout de champ depuis qu’elle lui avait offert ce portable sans le dire à Damian. C’était un petit secret entre elles, entre filles. Elle n’en regarda pas l’écran. Et son sourire qui s’était aussitôt dessiné de plus belle, ce sourire qui lui éclairait le visage comme toujours, d’un coup s’effaça et son regard s’assombrit lorsqu’elle entendit cette voix lui parler en arabe.

 

D’un coup, toutes les peurs, toutes les angoisses qu’elle avait oubliées, qu’elle s’était cachée, lui revinrent en pleine figure. Elles se jetèrent sur elle comme des monstres voraces et affamées. Elles dévorèrent en une minuscule fraction de seconde, tous ses espoirs, tous ses rêves, tous leurs projets.

 

Son père l’invitait au restaurant le samedi suivant. Elle savait ce que cela voulait dire. Et tandis qu’il lui parlait, elle ne l’écoutait pas. Elle avait cette voix en elle qui hurlait qu’il pouvait aller se faire foutre, qu’elle n’avait pas à lui obéir, qu’elle n’avait plus peur. Aujourd’hui, elle était une femme. Elle n’était plus cette gamine effrayée à qui il pouvait commander, ordonner et faire d’elle tout ce qu’il voulait comme une simple chose, une marchandise. Elle était une femme, forte, qui se battrait pour ceux qu’elle aimait, pour ce qu’elle voulait.

 

Avant, c’était loin maintenant, elle aurait redouté ce jour. Tellement. Elle aurait eu peur et elle se serait, probablement, tapée plusieurs mecs pour se rassurer. Mais aujourd’hui, elle avait bien changé. L’amour de Damian, d’Amanda, l’affection des garçons, de Katy et même de Nadya, l’avait rendue plus forte. Aujourd’hui, elle était impatiente que ce jour arrive qu’elle puisse enfin se libérer, qu’elle puisse le dire à Damian. Tout lui dire enfin. Il serait peut-être en colère qu’elle ne lui ait rien dit. Mais il serait aussi fier d’elle. Fier qu’elle se soit battue, qu’elle n’ait pas renoncé à eux, à cause d’une peur qui n’avait plus sa place en elle.

 

Les jours passèrent comme tous les autres. Elle ne dit pas un mot à Damian sur ce coup de téléphone. Elle n’était stressée ni anxieuse. Rien. Elle attendait simplement ce jour qui finit par arriver. Enfin.