Conte 5 Version Writer's Cut -10
Conte 5 – Writer’s cut - 10
Belinda Laddhyn et le Trèfle magique
Elle, elle resta là assisse à cette table avec un lapin dans les bras, seule. Comme une conne. Mais putain qu’est-ce qu’elle foutait là ! Elle n’avait qu’une envie se sauver. Pourquoi était-elle venue ? Pourquoi restait-elle là comme une imbécile avec, dans les bras, un lapin qui allait lui chier dessus. Jamais elle n’aurait dû venir. Elle ne savait pas pourquoi elle était là. Jamais elle n’aurait dû venir. Jamais ! Elle avait déjà eu des idées à la con mais là ! Franchement !
Aussi vite qu’elle était repartie, la petite fille revint avec une boite dans ses mains qu’elle posa sur la table devant elle. Puis elle tira l’une des chaises derrière elle pour venir s’asseoir à ses côtés. Là, elle sortit des figurines.
- « Lui c’est Monsieur Maurice, c’est le guerrier Tigre…[Elle attrapa une des figurines et la plaça devant la figure déconfite de la jeune femme qui se pinça les lèvres]…que c’est pas un tigre hein ! Que c’est un pingouin qui se maquille parce que c’est sa maman qu’elle était un tigre et qu’elle lui a appris à faire du kung-fu et que lui il l’apprend à lui…[la petite fille attrapa une autre figurine pour la lui montrer]...que c’est Junior c’est son fils, c’est un poisson rouge qui vit dans son bocal et qu’il a trouvé dans une flaque d’eau quand c’est qu’il a quitté sa maman…que tu vois que t’as pas besoin d’être pareil pour faire une famille hein ?!…[la petite fille attrapa ce gorille bleu]…lui que c’est Miguel que c’est mon préféré qu’il est rigolo quand c’est qui parle…là c’est Gilbert et là Batricia, elle est amoureuse de Gilbert parce qu’il est très zintelligent et que même s’il crie beaucoup il est très, très gentil…et tous là, c’est « les As de la Jungle ! » »
- « T’en as de belles figurines dis donc ! »
- « C’est le copain à papa qui me les a fait dans la pression des trois dés…c’est cher ça tu sais. Mais le copain à papa il a plein de sous. Et il est toujours avec des madames qui sentent drôle et c’est jamais la même tu sais. Moi je les aime pas beaucoup ces madames-là, elles parlent fort puis y en a même qui fument. Tu fumes toi ?...[elle fit non de la tête]…Et papa i’ dit qu’il est fou dans sa tête mais c’est parce qu’il est jeune qu’il va finir par se calmer…t’as quel âge toi ? »
- « Je vais bientôt avoir vingt-sept ans »
- « T’es plus vieille que mon papa, lui il en a vingt-cinq »
- « Et toi six, c’est ça ? »
- « Naaaan hin ! J’ai six ans et demi et bientôt sept ! Hin ! C’est quand ton anniversaire ? Moi c’est le huit août et mon papa, c’est le sept juillet »
- « Le dix-neuf décembre »
- « C’est bientôt, dis ! Tu crois que t’auras des beaux cadeaux ? »
- « Euh… »
- « Je vois que t’as eu droit au cours sur « Les As de la jungle ». je te conseille celui sur les licornes ! Là, tu vas en apprendre des choses… » lui dit-il alors en revenant de la cuisine d’où commençait à se dégager une bonne odeur de poulet rôti « tu veux toujours pas un verre ?... » ajouta-t-il avec un air de se foutre, gentiment, d’elle « quelque chose de fort, je parie ! »
- « Une bière ça ira » sourit-elle.
Et tandis que la petite fille continuait à lui parler figurines, dessins animés, jeux vidéos et surtout qu’elle pouvait poser son lapin par terre qu’il n’allait pas mourir hein ! Qu’ils burent un verre avec quelques chips, puis un autre en discutant, comme par magie, le temps sembla s’accélérer d’un coup.
Ils discutèrent tous les trois, rigolèrent. La petite fille lui expliqua ses vacances, ce qu’elle faisait à l’école, ses notes ses copains et ses copines, ce qu’elle voudrait pour Noël. Contrairement à son père, c’était un moulin à parole.
- « Allez, tu vas te bouger un peu et tu vas m’aider à mettre la table ! » lui dit-il alors que le poulet commençait à être bien cuit.
Il lui montra où étaient rangés les assiettes et les couverts, les verres et tout le reste…
Ils mangèrent, ensemble, tous les trois dans cette salle à manger. Et même si le poulet était un peu trop cuit, il était bien meilleur que tous ceux, déjà cuits, qu’elle avait pu acheter au marché.
Puis, ils burent une tasse de café en mangeant les gâteaux qu’elle avait apportés.
- « T’aimes les jeux vidéos ? » lui lança alors la petite fille
- « Tu veux qu’on fasse une partie ? » lui demanda la jeune femme
- « Ouais ! » s’exclama la petite fille se ruant vers le salon et commençant à brancher sa console de jeu.
- « Une seule Amanda, le temps que je débarrasse ! ».
Ils passèrent une bonne partie de l’après-midi à jouer à la console, à s’amuser, parfois à rire ou à se moquer de Belinda qui arborait un large sourire. Puis, ils burent encore un café en regardant un film tous les trois, en mangeant un chocolat. La petite fille était assisse à coté d’elle, tout près d’elle. Lui de l’autre côté, serré contre elle. Il lui tenait la main. Elle sentait leur chaleur. C’était bizarre d’être là comme ça, terrifiant mais tellement agréable. Doucement la gamine commença à s’endormir, doucement sa tête se posa sur son bras. Hésitante, elle déplia son bras, la petite fille se blottit alors contre sa poitrine. Elle la regarda, lui caressa les cheveux.
- « Elle t’a adoptée on dirait ».
Il la regarda, caressa affectueusement son visage, lui donna un léger bisou sur la bouche et passa son bras autour d’elle. Elle posa alors sa tête sur son épaule pour regarder la fin de ce film qui passait à la télé jusqu’à ce que le soir tombe.
Après avoir fait diner Amanda, lui avoir fait se brosser les dents, Damian lui dit qu’il était l’heure d’aller se coucher, de dire au revoir à Belinda et merci pour les gâteaux. La petite fille qui, d’habitude, ne faisait pas de difficultés pour aller se coucher, essaya par tous les moyens de grappiller quelques minutes supplémentaires. Mais pour une fois, il ne lui céda pas. Alors la petite fille qui se mit à faire la moue, s’approcha de la jeune femme, fusilla d’un regard noir son père et s’exécuta, néanmoins.
- « De rien, ma puce, c’est pas grand-chose tu sais…tu me fais un bisou ? ».
La petite fille acquiesça, tout à coup, toute penaude. Elle s’approcha presque timide. D’un coup, elle s’accrocha au cou de la jeune femme qui en fut surprise. Elle ne sut tout d’abord pas comment réagir et puis sans avoir à réfléchir elle referma ses bras sur elle.
- « T’es gentille, tu sais » lui murmura, alors, la petite fille.
Elle lui fit alors un gros bisou sur la joue avant de se sauver à toutes jambes vers sa chambre laissant la jeune femme là, sur ce canapé, troublée, perdue d’un coup.
Lui s’en alla coucher la petite fille.
Quelques longues minutes plus tard, il revint. Elle était toujours assisse dans le canapé, il la regarda. Elle avait l’air ailleurs. Il s’agenouilla face à elle.
- « Ça va ? » lui demanda-t-il en prenant ses mains dans les siennes, sa main droite dans sa main droite, sa main gauche dans sa main gauche. Elle le regarda.
- « Ta fille, elle…si…si ça ne marche pas entre nous, ça va la faire souffrir, je veux pas lui faire de mal…toi aussi je vais te faire souffrir, tu ne devrais pas être avec quelqu’un comme moi. t’as besoin de quelqu’un …que je suis pas »
- « Et…tu veux faire quoi ? »
- « Je…je ne sais pas. Tout ça, ça me terrorise, tu peux pas savoir à quel point…de savoir que…tu dois pas rester avec moi, on… »
- « C’est quoi qui te fout la trouille ? C’est moi ? C’est Amanda ? »
- « Non…non, c’est pas ça. Non » lui assura-t-elle.
- « Donc c’est quoi ? ». Elle baissa la tête.
- « C’est…c’est compliqué tu sais »
- « Ecoute, je sais pas ce qui te fout la trouille et visiblement tu ne veux pas me le dire…tout ce que je peux te dire c’est que le temps qu’on sera ensemble je me battrai à tes côtés »
- « Pourquoi je devrais te croire ? »
- « Tu n’as pas à me croire, je te le demande pas. C’est à moi à de te le prouver » lui dit-il la regardant droit dans les yeux.
Elle le regarda alors, il avait alors tellement sûr de lui, tellement…et elle avait tellement envie de le croire. Tellement envie de croire que tout s’arrangerait. Elle se jeta alors dans ses bras et se serra contre lui, tellement fort. Aussi fort que cet espoir qu’il venait de faire naître en elle.
Ils passèrent encore un moment ensemble, s’embrassèrent, discutèrent encore, juste pour retarder le moment où ils devraient se quitter. Ni lui ni, encore moins, elle, n’en avaient envie.