Conte 5 Version Writer's Cut -5
Conte 5 – Writer’s cut - 5
Belinda Laddhyn et le Trèfle magique
Elle, elle attendait avec impatience que cette putain d’école ferme pour l’été. Elle prendrait des vacances, seule, sans mec pour la tringler par tous les trous. Elle seule, un bon verre, un bouquin et le soleil sur une plage. Elle n’aspirait plus qu’à ça pour le moment. Se reposer, arrêter de penser à toutes ces conneries. Encore quelques jours de patience, et elle aurait ce qu’elle voulait. Elle pourrait alors revêtir ces beaux petits maillots de bain qu’elle s’était achetés, entre autres fringues, cette paire de lunettes de soleil qui lui avait coûté un bras, mais elle le méritait bien après tout. Elle pourrait enfin se dorer la pilule au soleil comme ce n’était pas permis. Ah, putain ouais !
L’école était finie. Sa gamine, elle au moins, passait au cours élémentaire et les résultats du concours n’étaient pas encore arrivés alors que l’école d’infirmière fermée dans une dizaine de jours. Cela ne présageait rien de bon se disait-il. S’il l’avait eu, il aurait déjà été prévenu pour qu’il puisse s’inscrire et faire toutes les formalités avant la fermeture. Il ne fallait pas trop espérer. Amanda serait déçue mais pas autant que lui. Il avait donné tout ce qu’il pouvait.
Les jours passaient et son espoir, si jamais il en avait eu un, déclinait de plus en plus. Bien sûr, il ne le montrait pas à sa fille mais au fond de lui la déception, la tristesse et surtout la honte grandissaient. Comment allait-il lui expliquer ça à sa gamine, elle qui croyait tellement qu’il l’aurait eu. S’il l’avait pu, il aurait été s’enfermer dans un trou de souris et n’en serait plus jamais ressorti tellement il appréhendait le moment où les résultats arriveraient. Peut-être qu’il ne les aurait plus avant la rentrée ce qui lui permettrait de faire passer à sa gamine un été normal, sans qu’il ne lui soit gâché à cause de lui et de sa stupidité.
Et bien sûr c’est, généralement, quant on se dit qu’ils n’arriveront plus que les emmerdements vous sautent dessus.
Ce matin-là, comme tous les matins, Amanda descendit chercher le courrier. Maintenant, elle passait au cours élémentaire. Bientôt, elle pourrait faire la route, d’ici à l’école, toute seule comme une grande alors elle avait pris l’habitude depuis le début des vacances d’aller chercher le courrier. Comme cette grande fille qu’elle devenait.
Et ce matin-là, à l’inverse des autres, lorsqu’elle prit le courrier elle remarqua une enveloppe pas comme les autres. Aussitôt, elle comprit. Elle remonta hurlant à qui voulait l’entendre que les résultats étaient là. Lui, lorsqu’il l’entendit hurler et remonter à toute vitesse, son estomac se retourna. S’il l’avait pu, il se serait sauvé aussi loin qu’il le pouvait.
La petite fille entra si vite qu’elle en claqua la porte
contre le mur. Aussitôt elle se rua sur lui, lui tendit l’enveloppe et se mit à
sautiller tout autour de lui, excitée comme une puce pour qu’il l’ouvre. Lui
hésita entre le fait d’aller s’asseoir sur les toilettes pour chialer un bon
coup tandis que son intestin laisserait couler hors de lui tout ce qu’il avait
un jour contenu et se mettre à genoux devant cette même cuvette et laisser son
estomac se faire la malle avec tout ce qu’il avait bouffé au cours de sa vie.
Mais comme ses jambes se mirent, d’un coup, à trembler, il opta pour aller
s’asseoir dans son canapé qui ne datait pas d’hier ou même de la vielle, tout
en tenant cette enveloppe dans ses mains alors que sa fille le pressait de
regarder quelles notes il avait eues….mon
dieu si elle pouvait fermer sa gueule juste deux secondes hein mon
pote ?!…
- « Allez Papa ! Allez papa ! Regarde ! Regarde ! » ne cessait-elle de lui dire sautillant maintenant sur place.
Ok se dit-il. De toute façon à un moment ou un autre il faudrait bien regarder donc autant le faire tout de suite. Il déchira l’enveloppe en même temps qu’il sentait se déchirer son intestin. Il sortit alors plusieurs feuilles soigneusement pliées dont l’une avec un tableau récapitulant ses notes et la moyenne obtenue à l’écrit et à l’oral. Il ne prêta pas attention aux autres feuilles. Il commença examiner ce qu’elle racontait. Il tremblait tellement qu’il avait l’impression de ne pas comprendre.
- « Alors ? Alors ! » s’impatientait Amanda.
- « Attends, deux secondes »
Sa moyenne à l’écrit 14,25 sa note à l’oral 11,5. Là, un sourire se dessina sur son visage. Mais avant de dire ou de laisser paraître quoi que ce soit, il vérifia sur les autres feuilles. La première concernait les dates de préinscription au plus tard huit jours après la réception de cette lettre soit sur internet soit sur place et l’inscription définitive qui aurait lieu au mois de septembre ainsi que la prérentrée le 5 septembre pour une rentrée le lundi 8 septembre, l’autre concernait les documents nécessaires à sa préinscription.
- « Alors !!! » lui réclamait Amanda.
- « Regarde…[il lui montra son relevé de note]…là…et là »
- « Ce sont tes notes ? Ça veut dire quoi ? »
- « Qu’on va aller tous les deux à l’école ».
Là, la petite fille laissa sa joie se libérer aussi fort que
lui poussa un soupir de soulagement.
L’après-midi même, à 13h30, accompagné d’Amanda, ils allèrent apporter les documents nécessaires à sa préinscription. Tandis que la petite fille regardait partout autour d’elle, lui il donna son dossier à une probable étudiante de troisième année qui lui dit qu’il recevrait une confirmation par SMS de sa préinscription ainsi qu’une date et une heure pour son inscription au mois de septembre.
Alors qu’ils allaient ressortir de cette école qui serait la sienne pour les trois ans à venir, il entendit des pas claquer dans ce couloir. Elle se dirigeait vers le distributeur de boisson chaude.
Il demanda à la petite fille de l’attendre dehors il n’en avait pas pour longtemps. Il se dirigea alors vers ses pas qui claquaient et devant ce distributeur il lui tendit son relevé de note.
- « Vous voulez quoi ? C’est quoi ça ?! Foutez-moi la paix ! »
- « Ecoutez-moi s’il vous plait, je ne suis pas venu vous embêter ou vous agresser…c’est…c’est juste mon relevé de notes »
- « Et vous voulez que ça me fasse quoi ! »
- « Rien. Je me doute bien que…mais…je vais être franc avec vous, je m’étais promis que si j’avais ce concours, je vous l’aurai fait bouffer »
- « Faites attention à ce que vous allez dire, n’allez pas trop loin, non plus ! »
- « Non, c’est pas…je voulais vous remercier…parce que…je me dois aussi d’être honnête, vous avez été une source de motivation supplémentaire vous n’avez pas été la seule mais si je l’ai eu c’est un peu aussi grâce à vous donc…merci »
- « Franchement, que voulez-vous que ça me fasse ! Vous croyez que j’en ai quelque chose à foutre de vous ! Il y en a des dizaines comme vous qui passent ici tous les quatre matins. Et de toute façon, ce n’est pas parce que vous avez eu ce concours que vous avez gagné le jackpot. Vous croyez quoi ! Il y a trois ans de formation qui vous attendent, des examens et des stages, on verra si d’ici-là vous tenez le rythme. Les gens comme vous, ça… ». Il se pinça alors les lèvres acquiesçant, entendant les pensées de cette jeune femme qui, décidément, lui sortait du nez comme ce n’était pas permis.
- « Je vous souhaite de passer bonnes vacances, Madame Laddhyn…au moins vous vous les méritez ». Et il s’en alla.
Connard, va ! se dit-elle le regardant s’en aller en attendant son café. Et tandis qu’elle retournait vers son bureau, elle se rendit compte que tout son corps tremblait. Entendant des rires d’enfant, elle se retourna et le vit avec une petite fille blonde, sa fille probablement, qui rigolait aux éclats. Elle se surprit à les regarder, à les envier, alors qu’ils s’éloignaient ensemble et que la petite fille jouait.
Jamais elle n’aurait ça, pas de cette façon en tout cas. Jamais. Son cœur alors se serra.
-
« Fais
chier, putain ! » se dit-elle alors.
Lui et sa fille fêtèrent cette petite victoire comme il se devait, ils allèrent manger une glace, puis firent un détour par le magasin de jouets et le rayon des jeux vidéos.