Conte 5 Version Writer's Cut -4




 

Conte 5 – Writer’s cut - 4

 

 

Belinda Laddhyn et le Trèfle magique

 

 

 

L’heure de partir pour l’école arriva très vite ce matin-là. La petite fille était toute gaie et confiante. Elle n’arrêtait pas de parler. Ils feraient bientôt leur devoir ensemble et bien sûr, ils devraient se reposer de temps en temps et peut-être même, à après, partir en vacances qui sait même aller à plage, s’ils avaient assez de sous pour ça ou peut-être même qu’ils pourraient avoir un petit chien ou un petit chat…en plus, c’était bientôt son anniversaire. Parce que c’était normal que quant on avait fait tout qu’est-ce qu’on pouvait que c’était normal que c’était qu’on avait tout qu’est-ce que on voulait, hein !

Il l’écoutait parler et ne pouvait s’empêcher de sourire. Pour elle, c’était comme s’il avait déjà réussi ce concours. C’était déjà fait. Elle en était tellement sûre que cela lui foutait une trouille bleue.

Enfin, déjà, ils arrivèrent devant l’entrée son école primaire. La petite fille se tourna alors vers lui qui s’accroupit devant elle.

 

-          « Tu dois pas avoir peur ! Tu sais tout qu’est-ce que tu dois savoir ! Et tu vas faire de ton mieux ? Tu promets ?... » lui tendit son petit doigt comme elle l’avait vu le faire à la télé.

-          « Je te le promets » lui assura-t-il enroulant son petit doigt autour du sien.

-          « Mais ça suffit pas toujours tu sais, faut aussi qu’il y a la chance…aussi ! »

-          « Je sais bien » sourit-il pour la rassurer.

-          « Tiens, c’est celle que je la préfère la plus… » lui dit alors la petite fille en sortant de la poche de son gilet une petite licorne « elle va te donner de la chance. Tu te rappelles c’est celle que tu me l’as donnée en premier quand j’étais encore toute petite. Et pour moi elle a donné beaucoup de la chance parce que t’es mon papa alors c’est pour toi ! Mais attention hein ! Tu me la rends après hein ! C’est juste que je te la prête pour que t’as la chance ! Hein ! ».

Il aurait bien voulu dire quelque que chose mais d’un coup il eût comme une grosse patate toute chaude qui vint lui obstruer la gorge. Alors il la serra contre lui et lui fit un gros bisou qui la fit éclater de rire.

D’un coup, elle s’arracha à ses bras et se dirigea vers l’entrée de son école. Lui il resta là, à la regarder, serrant cette minuscule licorne dans sa main. Elle se retourna et d’un coup revint vers lui tout en courant pour lui refaire un gros câlin. Elle se serra fort contre lui et lui dit :

 

-          « Je t’aime, mon papa »

-          «  Je t’aime aussi ma petite princesse »

-          « Je sais !... » s’exclama-t-elle, comme si c’était une évidence, en retournant tout en courant vers son école battant frénétiquement de la main pour lui dire au revoir. « Et tu vas tout la casser dans la baraque ! » lui hurla-t-elle avant de disparaître à l’intérieur.

 

Cela dessina un large sourire sur son visage.

 

Un sourire qui ne le quitta plus. Du moins jusqu’à ce qu’il rentre dans la salle où il composerait. Là, il tomba sur une charmante conseillère formation reléguée ce matin au rang de surveillante. Il souffla et entra. Il n’en avait pas le choix. Pas s’il ne voulait pas décevoir sa fille. Elle tourna la tête vers lui. Un minuscule « bonjour » lui sortit à peine de la bouche tandis qu’il la croisait et allait rejoindre sa place.

Une fois installée, ses stylo prêts, une petite bouteille d’eau et sa barre chocolatée à portée de main, fallait pas qu’il fasse la peau glycémie non plus, machinalement il regarda autour de lui. Des jeunes femmes en majorité, la plupart en train de faire mumuse avec leur portable.       Ses yeux alors se posèrent sur cette ‘’charmante’’ jeune femme qui distribuait les copies et les brouillons, il la regarda. Depuis la dernière fois, elle avait changé. Elle avait le teint pâle, les traits tirés, des cernes sous les yeux. N’importe qui dans cette salle aurait vu qu’une intense chaleur humaine se dégageait de l’expression qu’elle avait de peinte sur le visage.             Cette chaleur était tellement puissante qu’elle aurait évité à un glaçon de fondre un jour de canicule. Elle donnait tellement l’impression d’avoir la tête dans le cul qu’il pensa qu’elle devrait prendre des vacances et arrêter de se faire baiser par tous les trous cette salope. Ça ne lui allait pas !

A cette pensée, alors qu’elle s’approchait de sa table, il dût placer sa main devant sa bouche pour ne pas lui laisser voir qu’il avait envie de rire.

 

Plus elle s’approcha, plus une voix en lui disait « fermes ta gueule, fermes ta gueule !    Tu dis rien putain ! Si elle te dit quelque chose tu dis rien, tu fermes ta gueule ! »…si elle lui disait quelque chose…d’aimable. Mais il ne parvenait pas à ôter ce sourire de son visage.

 

-          « On a amené son doudou, on a besoin de se rassurer ! » lui lança-t-elle, narquoise,  en posant les feuilles sur sa table, et désignant la petite licorne qui y trônait.

 

Et alors que sa bouche commençait à s’ouvrir pour lui répondre une de ces douceurs enrobées de bon caramel bien collant qui lui aurait fait mal aux dents, la voix dans sa tête hurlait maintenant comme un sergent instructeur de l’armée américaine « FERMES TA PUTAIN DE GUEULE ! BLEU BITE ! FERMES TA GUEULE ! OU JE T’EN COLLE UNE, CONNARD ! ».

Il ne répondit pas. Pauvre conne ! Il ne fit que se pincer les lèvres alors que tout son visage était envahi d’une sorte d’expression rieuse maladroitement réprimée.

 

Elle passa alors son chemin, s’éloigna de ce pauvre connard qui lui avait foutu la tête en vrac, En plus, il avait un air se foutre de sa gueule. Connard de merde, va ! Et même si elle n’était pas croyante, elle se serait bien mise à prier n’importe quel dieu pour qu’il se plante, qu’il se ramasse comme ce n’était pas permis ! Elle aurait tellement voulu le voir chialer comme une grosse merde. Pleurer en se roulant par terre. Crever, c’était tout ce qu’il méritait. Elle n’arrivait même plus à se faire baiser sans se mettre à chialer comme une grosse conne à cause de ce con-là ! Pourriture de connard de merde, va !

 

Les neuf heures sonnèrent. Enfin pour certains et certaines. Déjà pour les autres. Et alors que les sujets étaient distribués, il sentit son cœur s’emballer. Ses mains se mirent à trembler. Il essaya de se contrôler. Mais rien n’y fit.

Lorsqu’il put retourner le sujet, il eut l’impression qu’il ne comprenait rien à ce qu’il lisait. D’un coup, il paniqua. Il allait se planter. Amanda serait déçue. Il avait fait tout ça pour rien. Il n’y arriverait pas. Il n’était qu’un bon à rien. Il avait l’impression que la tête lui tournait, que sa vision se brouillait qu’il allait se casser la gueule de sa chaise. Putain, il allait tomber dans les pommes ! Oh putain ! Qu’est-ce qui allait encore lui tomber sur la gueule !

L’autre salope derrière son bureauj elle se foutrait bien de sa gueule. Elle, elle rigolerait et Amanda pleurerait. Jamais ! JAMAIS ! Pauvre pourriture de salope de merde !

Il prit alors plusieurs inspirations, expira. Doucement son rythme cardiaque, sa vision redevinrent normale. Ses yeux se posèrent sur la petite licorne.

 

-          « Je te décevrais pas » hurla en lui.

 

Il commença à relire le sujet.

 

Trois heures et demies plus tard, après avoir lu et relu sa copie et s’être assuré qu’il n’y avait pas la moindre faute, qu’il n’avait rien oublié, il rangea ses affaires. Il roula ses brouillons en boule, se leva se chaise et se dirigea vers cette charmante surveillante d’un jour qui feuilletait un magazine. Elle leva les yeux vers lui, avec à son tour, un air de se foutre de sa gueule.

 

-          « Alors ? Comment ça s’est passé ? »

-          « Comme ça devait ».

 

Visiblement les dieux qu’elle avait priés n’avaient pas été les bons ou alors ils avaient été trop occupés pour lui répondre. Mais il y avait encore d’autres épreuves et elle ne désespérait pas qu’ils le fassent à un moment ou un autre. Il se planterait de toute façon !

 

La fin de semaine arriva, avec elle la fin des épreuves écrites. Il ne resterait plus qu’un oral à passer. Ensuite, le plus compliqué viendrait : l’attente des résultats.

 

Ces quelques semaines jusqu’au début juillet seraient très longues. Il n’y avait plus qu’à attendre. Les épreuves s’étaient plus ou moins bien passées, certaines plus, d’autres moins.     Il avait fait de son mieux.