Conte 5 Version Writer's Cut -2

 





Conte 5 – Writer’s cut - 2

 

 

Belinda Laddhyn et le Trèfle magique

 

 

Cette vie qui arrivait devant elle lui donnait, la plupart du temps, envie de s’ouvrir les veines. Et pour tout ça, elle devrait et devait encore dire merci. Elle haïssait ce monde. Elle haïssait sa vie. Et elle se haïssait elle-même de ne pas être en mesure de se sauver, parfois de ce qu’elle faisait. Elle aurait voulu choper une saloperie et crevée. Mieux. Refiler une saloperie à ce lui qu’elle devrait épouser, qu’il en crève en souffrant, que sa queue se détache de ses couilles. Cette pensée la faisait sourire, surtout lorsqu’elle espérait que, ce jour-là, il lui resterait suffisamment de force pour ramasser cette saloperie de bout de peau de merde et lui enfoncer dans sa putain de bouche, qu’il avale tout comme elle aurait, probablement, dû le faire des centaines de fois sans se plaindre et sans vraiment être consentante.

 

Ses jours et ses nuits étaient invariablement les mêmes. Elle n’espérait même plus que cela change. C’était peine perdue. Jamais un beau chevalier blanc à l’armure rutilante perché sur son beau destrier tout aussi blanc ne viendrait l’emmener dans un royaume où tout se terminerait bien. Aucun prince charmant ne viendrait l’embrasser pour la réveiller de ce cauchemar qu’était sa vie et de l’enfer qu’elle deviendrait bientôt. Il n’y aurait pas même un foutu chevalier noir qui viendrait ne serait-ce que faire ce qui était nécessaire pour la sauver. Personne ne serait jamais là pour la prendre dans ses bras, la consoler et la rassurer quant elle en aurait besoin. Personne ne serait jamais là pour prendre soin d’elle, pour lui témoigner ne serait-ce que son affection, sans parler d’amour, d’une petite attention. Jamais personne ne lui dirait un véritable « je t’aime » sans attendre d’elle qu’elle se mette sur le dos ou à genou. Personne jamais ne lui ferait sentir qu’elle était protégée, aimée, désirée, qu’elle avait, elle aussi, un peu d’importance, qu’elle aussi comptait. Il n’y aurait jamais personne pour tout ça. Il n’y aurait jamais que des cons à la main sur leur queue. Il n’y aurait jamais que des cons comme ce pauvre connard de merde à la gueule défaite et déconfite assis sur une chaise qui attendait comme un pauvre imbécile qu’elle ne le reçoive pour qu’elle l’écoute chialer sur son sort de merde. Qu’il prenne sa place. Qu’ils prennent tous sa place. Ils verraient ce que c’était qu’un cauchemar. Un véritable cauchemar.

 

-          « Monsieur Hayllon ? Enchantée. Je suis Belinda Laddhyn, je suis conseillère formation…c’est moi qui vous reçois aujourd’hui. On y va ?... » dit-elle de son plus beau sourire à ce pauvre connard.

 

Lui se pinça seulement les lèvres. Elle l’emmena dans son bureau. Là, il dut encore une fois raconté sa vie. Pourquoi il était là, ce qu’il voulait, se justifier. Se justifier devant quelqu’un qui ne savait rien de lui. Rien de ce qu’il avait fait pour arriver jusque-là et finalement s’entendre dire que tout ça, tout ce qu’il avait fait, ce n’était que de la merde. Qu’il avait agi comme un con. Bien sûr, les paroles qu’on lui disait étaient remplies de tas de jolis mots parfois savants mais ce qu’ils disaient, en substance, n’était en rien joli et en rien respectueux. Et cette pauvre connasse de merde ne ferait pas exception.

 

 

-          « …je regrette de vous dire ça mais vous n’avez pas les capacités requises pour passer le concours d’entrée. D’abord vous êtes pratiquement arrivé à l’âge limite. Il aurait peut-être fallu vous décider avant si c’était ce que vous vouliez faire. Ensuite, vous avez abandonné vos études, si on peut appeler ça des ‘’études’’, pour les rependre il y a quelques mois si j’ai bien compris…donc…pour moi, malgré les résultats de vos tests que ce soit en français, en maths ou même des tests de personnalité, je ne crois pas me tromper en vous disant que vous aurez beaucoup de mal à intégrer une formation de ce genre qui dure en plus trois ans…donc…je veux bien vous laisser passer le concours. Ça ne me coûte rien. Au contraire ça fera rentrer un peu d’argent dans les caisses de l’école. Mais pour moi vous allez vous planter. Désolée d’être franche, hein ! Mais je crois qu’il vaut mieux que je le sois plutôt que de vous faire perdre votre temps et votre argent…parce que j’ai cru voir aussi que vous ne travaillez pas en ce moment…en plus j’ai envie de dire. Vous savez quand même que cette formation coûte cher et que même avec un financement Pôle Emploi ou du Conseil Général si toute fois vous arrivez à en obtenir un ce sera compliqué rien qu’au niveau financier parce qu’il n’y a pas que ça, il faut bien manger aussi ou se chauffer…j’espère que vous en avez conscience ? »

-          « Et vous ? Vous avez conscience des sacrifices que j’ai dû faire ?... »

-          « J’ai… »

-          « S’il vous plait, j’ai écouté votre baratin, ayez au moins la courtoisie d’écouter le mien…rassurez-vous je ne vais pas chialer sur mon sort. Je suis conscient comme vous dites, que vous n’en avez rien à foutre de ce que je peux dire ou de ce que j’ai pu faire. Je sais très bien que si vous pouviez me faire crever vous le feriez, juste parce que vous pensez pouvoir en décider et que vous vous dites que je n’ai qu’à subir vos petites manigances ou mesquineries, que je n’ai qu’à me soumettre à votre petit pouvoir juste parce que ça vous arrange…juste parce que je ne suis qu’un bon à rien, incapable de prendre une bonne décision »

-          « Je n’ai… »

-          « S’il vous plait !... » l’interrompit-il aussitôt, calmement, sans même élever la voix     « si vous aviez bien lu mon dossier vous vous seriez rendu compte que je n’ai pas repris des études puisque je n’en ai jamais faites. Mais que j’ai passé le bac en candidat libre, que je m’y suis préparé en prenant des cours à distance et que je l’ai obtenu avec mention. Je ne l’ai pas fait en me disant « tiens je vais passer le bac ça va m’occuper, comme ça quand je serai convoqué à Pole Emploi j’aurai quelque chose à leur dire à ces connards »…non je l’ai fait parce que j’avais un objectif et pour l’atteindre j’ai dû faire des sacrifices…[elle l’écoutait parler plus ou moins, le regardant parfois. Et son regard hurlait qu’elle n’en avait rien à foutre de sa gueule]…que je me suis posé mille et une questions sur ce que j’aimerai faire, sur quel métier j’aimerai exercer, je me suis bougé pour aller voir des gens qui occupaient ces métiers, voir comment ça se passait…la plupart du temps je me suis fait envoyer chier comme une pauvre merde ou alors on se foutait ouvertement de ma gueule. J’ai dû faire des bilans de compétences et passer des tests, participer à des réunions et tout un tas d’ateliers à la con qui m’ont fait perdre un temps que je n’avais pas à perdre…je suis venu vous voir il y a quelques mois et vous avez refusé de me recevoir. Vous m’avez dit que je n’avais qu’à regarder sur internet. Et que si je ne savais pas ce que c’était que le métier d’infirmier à mon âge, il valait peut-être mieux que je n’essaie pas de l’exercer. Je sais bien que vous m’avez oublié mais pas moi…et maintenant vous voulez me donner un cours sur le fait que je ne suis pas conscient de ce que je fais, de ce pourquoi je me bats…vous ne m’avez même pas essayé de savoir si j’étais motivé ou pas ou pourquoi je voulais exercer ce métier. Vous m’avez juste dit que je ne le pouvais pas parce que, juste comme ça dans un coin de votre tête vous l’avez décidé, parce que c’est comme ça, que je dois me soumettre à votre volonté, vous obéir parce que vous êtes derrière un bureau. Mais ce bureau ne vous rend pas meilleur que moi. Vous n’avez pas plus de droit que moi. Ce n’est pas à vous de décider pour moi ou m’obliger un faire un choix que je ne veux pas faire. Peut-être que je vais me planter, j’en sais rien…mais je ne vous laisserai pas décider à ma place »

-          « On ne fait pas toujours ce qu’on veut… » se murmura-t-elle « on n’a pas toujours le choix »

-          « Temps qu’on respire, on peut se battre alors dire qu’on n’a pas le choix c’est de la lâcheté ».

 

Elle sentit, tout à coup, son cœur se mettre à battre fort dans sa poitrine. Ce con devant elle, elle se mit à le haïr en une fraction de seconde. La colère monta en elle. Elle aurait pu se lever de son fauteuil et lui planter son talon dans l’œil elle l’aurait fait sans hésiter.

 

Connard, va !

 

-          « Ecoutez…vous voulez passer ce foutu concours, vous voulez vous planter c’est pas mon temps, c’est pas mon fric et c’est pas ma vie… » haussa-t-elle le ton alors que lui restait calme. Elle appuya sur une touche du clavier de son ordinateur « voilà c’est fait vous êtes inscrit ! Monsieur est satisfait, j’espère ! »

-          « Je ne vous demandais rien d’autre que de me laisser ma chance…[il se leva de sa chaise, calme, et se dirigea vers la porte de ce bureau avant de se retourner vers elle et de la regarder droit dans les yeux]…je peux vous poser une question ?Que diriez-vous si quelqu’un n’avait qu’à appuyer sur une touche pour changer toute votre vie sans que cela ne lui coute quelque chose et qu’il ne le fasse pas ? Que lui diriez-vous ? ».

Si elle avait pu lui jeter dans la gueule l’agrafeuse qu’elle serait de toutes ses forces, elle l’aurait fait.

-          « Au revoir, Monsieur Hayllon ». Il sourit, vu la gueule qu’elle tirait, il avait touché un point sensible.

-          « A bientôt, Madame Laddhyn…je…à bientôt ».     

 

La colère grondait en elle comme lui.

 

Elle aurait pris tout ce qui lui tombait sous la main et l’aurait envoyé là où ça voulait voler. Mais cela ne l’aurait pas calmée. Elle aurait voulu se dire qu’il avait raison qu’on avait toujours le choix. Mais elle, elle ne l’avait pas, elle ne l’avait jamais eu. Ce connard de merde, il ne savait pas ce que c’était. Il ne savait pas ce que c’était que d’être condamnée à vivre une vie de soumission. Il ne savait pas ce que c’était que d’être rabaissée, que d’être humiliée, que d’être prise pour une moins que rien, pour une incapable, de ne pas avoir le droit de décider de sa propre vie et d’être terrorisée à l’idée du temps qui passe. De se dire chaque jour, que celui qui vient de passer la rapprochait de plus en plus de sa propre fin, que c’était un jour de moins à vivre et que quoi qu’elle fasse rien n’empêcherait ce nouveau jour qui commençait de finir. Il ne savait rien de tout ça. Il ne savait rien de la peur. La peur de cet avenir qui arriverait inexorablement et qui détruirait tout. Le peu de bon qu’il y avait. Il ne savait rien de ce qu’on ressentait à être humiliée, bafouée, avilie. D’être prise pour moins que rien, un bout de viande juste bonne à être vendue. Il n’avait aucune idée de ce que c’était et il ne le saurait jamais. Jamais il ne comprendrait. Il ne le pourrait pas, il était un homme. Et ce serait ti pas qu’elle serait lesbienne la grognasse refoulée de la chatte !...euh…pardon…je sais j’ai beaucoup de problèmes et j’essaie de les résoudre je vous le jure…mais…franchement les bonnes femmes hein ?! C’est des salopes hein ?! Vous êtes d’accord avec moi quand même, monsieur ?! Je suis quand même pas le seul à qui elles en ont fait voir de toutes les couleurs !...Euh…me dites pas que ça vient de moi…euh…non, c’est pas possible ! IM-POS-SIBLE !