Conte 4 - 4ème partie
Conte 4 - 4ème Partie
La Vieille Dame et la Grochicha
Dès qu’il reçut l’appel du Père Paul,
le jeune homme fraichement diplômé de la veille…ben oui les primo-demandeurs chez les Pôles en Bois ça traine
pas ! Eh-oh faut montrer qu’ça sert à quéque chose quand même, pinaise de
pinaise !...eut ce drôle de sentiment, peut-être de pressentiment
qu’il devait l’envoyer chier…un pas qu’un
peu. Mais il avait besoin d’argent pour ce qu’il voulait faire. Alors laver
le cul d’une vieille conne pendant quelques semaines ne serait pas pire que ce
qu’il verrait durant le reste de sa carrière d’infirmier.
Quelques jours plus tard, il arriva en
vue de cette église qui trônait au beau milieu de ce petit village…préféré des franchais… et encore une
fois, il eut cette boule l’estomac. L’atmosphère de ce lieu, cette église dont
le toit tombait en ruine, convoqué en plus par un vieux curé. Cette putain
d’église dans laquelle il devait entrer. A tous les coups, il cramerait à peine
y aurait-il foutu le pied. Mais il n’écouta pas cette petite voix en lui qui
lui disait de foutre le camp de là en vitesse et très loin. Très, très loin.
Il entra alors dans cette église. Et
contrairement à ce qu’il croyait, il ne prit pas feu. Probablement que Dieu
était absent ce jour-là.
Là, le curé faisait les cent pas dans
la nef…pas celle de Notre-Dame qui a
brulé je vous le rappelle. Un peu de respect quand même !
Le jeune homme observa le vieux curé
qui ne l’avait pas remarqué tellement il était occupé à aller et venir autour
de l’autel agitant les bras comme s’il tenait une conversation avec un
invisible être. Peut-être était-il comme Don Camillo ? Peut-être
entendait-il la voix de Dieu dans sa tête ? Et si tel était le cas,
faudrait pas le piquer, le vieux ! A ces pensées, le jeune homme se mit à
sourire évitant de justesse le fou rire…c’est
la nervosité, ça va passer, c’est rien…respire, mon pote je connais ça…comme
tout le monde, d’ailleurs…enfin pas ces salopards pleins de fric !
Connards de riche, va !
Et il se dirigea vers le curé qui
faisait les cent pas.
Mais le Père Paul ne priait pas. Pas
vraiment. Il souhaitait surtout que ce jeune homme qu’il attendait ne soit pas
noir ou pire maghrébin. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Il l’avait bien vu en
photo sur son cévé. Bien sûr. Mais elle était en noir et blanc cette satanée
photo ! Mon Dieu ! Faites donc qu’il soit bien blanc ! Bien sûr,
tous les hommes étaient égaux comme Dieu l’avait voulu…pour les femmes c’est une autre histoire tout le monde sait ça…surtout
lorsqu’ils étaient blancs, travaillaient, payaient leurs impôts, allaient à
l’église tous les dimanches et aimaient les femmes de toutes les façons
possibles et dans toutes les positions imaginables. Mon Dieu !
- - « Père Paul ? ».
Avant de se retourner, le vieux curé
fit son signe de croix, pria de toutes ses forces et alors que ses glaouis lui
remontaient dans la gorge, il se retourna. Gagné ! Encore un
miracle ! Celui-là était bien blanc ! Mon Dieu ! Merci !
Quel grand Dieu !
- - « Oui, mon fils. Et vous : Damian
Hayllon, je présume ? » sourit-il béatement.
- - « Vous présumez bien mon Père » sourit-il juste ce qu’il
fallait pour lui être agréable juste comme il le fallait
- - « Enchanté… ». Le Père Paul descendit
les quelques marches qui le séparaient du jeune homme et lui serra la main…pardon…je dois me laver les
mains…pardon…c’est à cause du virus, les gestes barrières, tout ça !...j’ai
tellement l’impression d’avoir les mains sales…quand je pense à tout ça, si je
pouvais je me les couperais, vous savez !...Le virus, à cause du virus je
veux dire….pardon, pardon…je m’égare encore une fois…ma vie n’est pas facile,
vous savez.
- « Votre nom n’est pas courant, c’est de quelle
origine ? »
- - « Juive ».
Ah, mon Dieu ! Par tous les
Saints ! Mon Dieu ! Le Père Paul faillit défaillir. Ses jambes
faillirent se dérober sous lui. Ah, mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon
Dieu !
- - « In…rin-IIIN…intéressant… » acquiesça
le Père Paul « on y va ? »
- - « Je vous suis »…tel le démon
s’empêcha de d’ajouter ce jeune Damian dont le sourire s’élargissait de seconde
en seconde.
Alors, ils discutèrent tous les deux
dans cette vieille arrière cuisine du presbytère qui puait d’une drôle d’odeur
que le jeune homme n’aurait pu définir. Mais qui puait…point barre. On ne va pas non plus tourner autour du pot. Ça puait,
c’est tout ! Ne vous posez pas trop de questions ! C’est chiant quand
vous faites ça ! En plus, ça diminue votre plaisir de lire ! Enfin
moi je dis ça, c’est pour vous ! Parce que je me suis pas cassé le cul à
écrire tout ça pour que vous vous torchiez avec les pages ! Mais là encore
c’est pour vous que je dis ça. Moi je m’en fous si ça vous irrite le
troufignard !
Le Père Paul, lui, lui posa plusieurs
questions du genre : pourquoi était-il si vieux lorsqu’il était entré en
formation même s’il était, encore, si jeune, néanmoins ? C’était qu’il
avait eu une fille. Il avait dû s’en occuper quand sa maman s’en était allée
sans prévenir. Et une fois qu’elle avait été suffisamment grande, il avait
reprit des études pour espérer pouvoir leur assurer une vie un peu plus
confortable.
Le Père Paul acquiesça, même s’il s’en
foutait royalement. Pourvu qu’il ne se mette pas à chialer ce drôle-là.
Mais pourquoi, grand Diable, voulait-il
devenir infirmier car il ne l’était pas encore, non ? Si, si, il l’était.
Et même diplômé, dites donc ! Et pourquoi le devenir ? C’était
simple : aider les autres à sa façon. Et donc, grand Dieu, pourquoi
postuler à cette place alors que partout on entend dire qu’on manque
cruellement de personnels soignants, en particulier en cette période si
troublée ? Simplement parce qu’il voulait être infirmier libéral, pouvoir
soigner les patients à sa façon, pas en fonction de protocole stricts, anonymes
et sans humanité.
Et le Père Paul continua et continua à
lui poser mille et une questions dont certaines ne pouvait avoir de réponses
qu’en ne les posant pas. Ben oui qu’est-ce
que vous voulez que je vous dise moi ?! Hein ! Vous avez déjà passé
un entretien d’embauche avec un con qui vous pose tellement de questions que
vous ne savez plus quoi lui répondre ?! Non !...Putain de fils à
papa, va ! Putaine de fille à maman, aussi ! Vous me répugnez !
Vous le savez ça ! Hein !...euh…c’est sans doute ce que j’aurai dit
moi-même si je n’avais pas été un putain de fils à maman !...Prenez pas
tout au pied de la lettre non plus ! Espèce de soupe-au-lait, va !
Vous m’énervez aujourd’hui !
Sur cette table, depuis tout à l’heure,
un stylo, un Bic bleu, faisait des
allers et retours entre eux, les quelques feuilles qu’avait devant lui le Père
Paul et son cévé.
De plus en plus, ce foutu stylo tentait
ce jeune homme qui, il ne savait pourquoi, l’aurait bien attrapé, d’un coup,
comme ça. Il en aurait arraché le capuchon avec les dents, puis aurait chopé ce
vieux con de curé par le peu de cheveux qui lui restait encore. Et, comme ça,
d’un coup, juste pour voir qui se passerait, il aurait planté ce putain de
stylo dans son putain d’œil de merde. Ainsi, aurait-il vu s’il était infirmier
ou non et surtout s’il était compétent ou pas.
Mais le jeune homme n’en fit rien car
taper dans la merde, se disait-il, cela ne servait généralement qu’à s’en faire
éclabousser. Et lui, ses vêtements n’étaient pas souillés.
Alors il s’abstint, répondit d’une
façon très cordiale et très polie à ce curé qui se prenait pour un pape. Il
joua le jeu simplement et laissa le Père Paul jouer au sien.
Enfin, sa curiosité étant satisfaite et
même si toute suspicion ne fut pas levée quant à ses drôles de
motivations : vouloir aider à notre époque. Il y avait aiguille sous roche…et oui « aiguille sous roche »
c’est d’un infirmier dont nous parlons…il est pourri le jeu de mot je
sais ! Je suis crevé je vous l’ai dit ! Putain arrêtez d’être comme
ça ! C’est dingue !...Bon allez si vous voulez on va dire qu’il y a
aiguille dans la botte de foin !...euh…c’est pas comme ça qu’on dit ?
Ce que vous êtes difficile aujourd’hui ! Vous avez passé une mauvaise
nuit ?...Madame…n’a pas voulu faire joujou avec vous ? Vous pouvez
tout me dire vous savez. Je vous écoute. Parlez-moi. Dites-moi tout. Je vous
écoute. Allez lâchez tout…euh…pas sur mon livre, espèce d’andouille !
Faites ça aux cabinets !
Et tout ça sans compter qu’il était
juif. Le Père Paul lui dit alors sans détour et franchement qu’il allait
réfléchir. Il avait bien d’autres candidats à voir. En plus, il n’était pas le
seul à décider dans cette affaire. Lui, il n’était que le limier, le fin limier
oserait-il dire…eheheh ! Je suis pas
le seul à faire des jeux de mots tout pourri ! Mais à lui vous ne dites
rien ! Vous avez peur d’aller enfer ? Oh ! Pauv’ tite
chose ! Mais vous y êtes déjà, espèce de glandu ! Vous aviez pas
remarqué ?
Et il fallait aussi qu’il en parle avec
les intéressées. Aussi tout cela l’obligeait-il à ne pas pouvoir lui apporter
une réponse définitive quant à son recrutement. Mais il avait une très bonne
candidature, cela ne faisait aucun doute…et
surtout que c’était le seul…mais bon bref…
Ils se remercièrent mutuellement,
cordialement, agréablement…chacun pensant
de l’autre qu’il n’était qu’un pauvre connard de merde…et se quittèrent
bien aimablement.
Dans les jours qui suivirent…et oui le Père Paul n’allait pas lui
laisser supposer qu’il était le seul candidat à avoir été reçu ni à lui ni à la
vieille et à sa fille, pas fou le salopiot !…il décrocha son bigophone
et appela ce jeune homme, tel l’ange Gabriel, pour lui annoncer la bonne
nouvelle…bon c’est sûr lui il ne pouvait
pas se faire avorter, lui !…Je dis ça, je dis rien !
Et là, aussitôt dans toute la région du
nord au sud et de l’est à ouest, un vent glorieux soufflant d’agence en agence
apporta ces grandes paroles : « OH !
PUTAIN ! J’Y SUIS ARRIVEE ! PUTAIN ! J’EN AI PLACE UN ! ».
Ce soir, une conseillère des Pôles et
des Bois rentrera chez elle en héroïne. Fière, forte et toute puissante. Elle
seule y serait parvenue, elle seule en était capable. Omnisciente. Alors elle
chopera son copain/copine, son mari/femme, son compagnon/compagne, son
amant/amante par le col de la chemise/chemisier. Putain ! Alors, elle lui
arrachera le pantalon et lui bouffera le roudoudou…qu’il soit situé à l’intérieur ou à l’extérieur…anatomiquement bien
sûr…ou même s’il est en plastique…malheureusement. Au moins durant ces
quelques minutes, sa bouche ne serait pas remplie que de conneries.
