Conte 4 - 2eme partie
Conte 4 - 2eme Partie
La Vieille Dame et la Grochicha
Bien qu’il pleuve des hallebardes
dehors…c’est une façon de parler. Ce ne
sont pas véritablement des sortes de grandes haches montées sur un manche à
balai qui tombent du ciel. Cela signifie en langage soutenu qu’il pleut à seau
ou comme vache qui pisse…mais ça fait toujours mieux de le dire comme ça…voilà…le
Père Paul sauta sur son vieux biclou et pédala comme un beau diable.
La selle lui détruisait le fond du
fondement. Les nids de poule lui faisaient tinter les balloches telles les
cloches de Notre-Dame au moment de Pâques…désolé
pour cette allusion je sais que c’est encore un sujet extrêmement sensible pour
beaucoup d’entre vous et que cela risque de raviver un énorme traumatisme qui
vous fera peut-être pleurer. Voir toutes ses pierres en feu c’était une
tragédie, le bois, les œuvres d’art en train partir en fumée. Cette flèche en
train de tomber, de percer la charpente, de percer le toit, de percer la nef,
se fracasser en flammes contre le sol, contre le carrelage qui se brise, devant
les tableaux en feu, tous ces gosses probablement atteints de saturnisme…ne
tenez pas compte de ce dernier point tout le monde s’en fout de toute
façon…bref…je ferai un don promis…mais…pour cela, il faut que j’aie beaucoup de
sous. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : trouvez une librairie,
entrez-y et demandez, exigez, commandez « Les Contes du Gars :
Da »…oui, je sais c’est con comme titre mais moi je vous
merde !...Discutez pas ! Et faites ça à chaque fois que vous en voyez
une ou que vous achetez sur Amazon ou sur Cdiscount ou sur leboncoin…euh...non
pas d’occasion ça ne marche pas. Les droits d’auteurs vous comprenez. Et ce
n’est pas pour moi que vous le faites mais pour Notre-Dame. Ainsi, je pourrais
faire un énorme don pour que tout soit reconstruit avant 2024,
promis !...Sur la tête de ma vache…que je n’aie d’ailleurs pas.
Et le Père Paul pédala si fort,
tellement fort, que les gouttes de pluie venaient lui frapper le visage tels de
minuscules clous. Il pédala et pédala comme si le Diable, lui-même, était à ses
trousses, comme un beau démon dopé au Belz et Buth d’enfer…euh…oui je vais arrêter avec ces jeux de mots à la con, hein ? Je
crois que c’est mieux hein ?
Enfin, il arriva en vue du manoir qui
se dressait dans la brume tel un fantôme d’un passé décrépi.
Sans écouter cette chair de poule qui
parcourait tout son être tellement le parc du manoir lui foutait la trouille.
Sans écouter son palpitant qui battait la chamade d’avoir pédalé comme un
dératé…à son âge on n’a pas idée.
Franchement ! I’va pas nous faire une crise cardiaque l’abbé, hein !
Je vous préviens, vous, tout le monde, là, enfin le Monsieur ou la Madame qui a
acheté mon livre, je ne lui fais pas de bouche-à-bouche moi…à vous de lui en
faire !...euh...au fait, i’pue un peu de la gueule, enfin je dis ça je dis
rien moi ! Hein !
Enfin, il gravit les quelques marches
qui le mèneraient à la porte d’entrée dont la peinture écaillée s’effritait
encore davantage sous la pluie battante. Enfin, il sonna. Le temps qu’il puisse
reprendre son souffle, enfin on vint lui ouvrir.
Ah, mon Dieu ! Ah ! Par tous
les saints de la chrétienté du monde entier ! Fusse le Dracula de Coppola
qui venait de lui ouvrir ? Ah, mon Dieu ! Fusse seulement un
transformiste parodiant maladroitement Christopher Lee dans « le saigneur
des agneaux » ? Fusse une fusion ratée entre Eddy Ballamou et une
paire de nichons fripés ? Que nenni ! C’était-ce seulement
elle : la vieille !
Le Père Paul savait que le temps
n’épargnait personne. Lui-même…mais là ! Nom d’un petit chérubin bien
joufflu ! Putain ! Il ne l’avait pas loupée ! Il s’était même
acharné sur elle ! A coup de bottes ! Salopard, va ! Elle qui
était si belle avant. Elle qui lui avait fait passer tellement de temps dans
son confessionnal à profiter de la vigueur de ses vingt ans. Elle qui avait un
cul de pucelle et des seins pointus comme des obus, des jambes si longues, si
pâle mais tellement douces, un ventre tellement ferme, une décente de reins
incroyable et cette façon qu’elle avait de se passer la langue sur…euh…pardon…je me suis laissé
emporter…euh…c’est juste que…euh…il y a
longtemps que je n’ai pas été avec une femme vous savez…alors…ça me
travaille mais ça ma travaille tout ça !...Vous avez pas idée !
Comment ça, ça vous étonne pas ? Dites un peu pour voir !…Ah, voilà !
Quand faut ramener sa gueule là y a pu personne, hein ! Quel
courage ! Vous me décevez mais vous me décevez à un point !
Ne laissant rien paraitre, le Père Paul
entra comme il l’avait fait jadis de nombreuses fois…dans la maison, je précise. Vicelard(e)s ! La vieille dame
tenant fermement sa canne s’avança devant lui et l’emmena, claudiquant là où
maintes fois il lui avait enseigné la Bible et parlé de Dieu, l’appelant
parfois de tous ses vœux tellement pieux.
Enfin, ils arrivèrent dans le salon où
le Père Paul fut surpris d’y voir une vache assisse dans un fauteuil. Mais non.
NON ! Ce n’était pas une vache ! Ce n’était-ce qu’une hallucination
provoquée par le manque d’oxygène et à la fatigue d’avoir tant pédalé. Ce
n’était pas une vache, non ! Ce n’était-ce que la fille de la vieille dame
qui était affalée devant la télé mâchonnant et ruminant.
Lorsqu’elle le vit, elle se releva et
se dirigea d’un pas lourd vers eux. Elle prit le bras de sa maman et l’aida à
s’asseoir dans le canapé qui datait encore des années soixante et qui portait
encore quelques stigmates de ces folles années-là…des petites tâches…pas grand-chose quoi !
Le Père Paul s’assit...s’assita ? s’assoitit ? Putain
de conjugaison de merde ! En gros il pose son cul le vieux curé…à son
tour face à ces deux femmes. L’une ressemblant à une sorte de zombie pas
totalement putréfié, dont l’œil droit et vitreux tentait encore de comprendre
pourquoi celui de gauche s’était amouraché d’une mouche invisible qu’il tentait
désespérément de poursuivre. L’autre ressemblant à une poupée gonflable qui
avait été trop gonflée et maquillée pour faire oublier qu’elle avait largement
passé l’âge de croire encore aux contes de fée…comme de bouffer tous ces
bonbons qui ne la rassasieraient jamais.
Et celle-là lui expliqua que sa môman,
si chère à son cœur, n’était plus vraiment capable de s’occuper d’elle-même
maintenant qu’elle avait l’âge…et surtout
sans l’emmerder toutes les cinq minutes pour aller aux chiottes, lui donner
ceci ou faire cela, lui faire à bouffer ou pour un tas d’autres conneries qui
franchement la faisait chier…Aussi s’étaient-elles entretenues toutes les
deux à ce sujet de cela. De leur réflexion était née cette idée qu’il était
peut-être temps pour elles, toutes les deux, de demander un peu de l’aide.
Essentiellement, pour s’occuper de la môman, que quelqu’un l’aide à faire la
toilette…surtout la toilette parce que
voir le fondement de sa môman, c’est pas bien valorisant surtout quand il
s’agit de le toucher avec ses mains à soi…la mettre sur le pot…parce que franchement lui essuyer le cul ça
la fait chier et vu la chiasse que la vieille se tapait c’était pas la seule
que ça faisait chier…comme de, peut-être, aussi, sans trop abuser ne
serait-ce que du peu, faire un peu de ménage ou de nourrissage aussi ou du
lessivage encore et même un peu du repassage. Pas grand-chose. Mais surtout et
avant tout pour s’occuper de sa môman c’était surtout cela qui était au fond de
leur démarche. Et c’était pour cela qu’elles avaient osé le déranger.
Pendant un court instant, le Père Paul
se mit à blêmir. Il crut une fraction de seconde qu’elles allaient lui demander
ça à lui…il est con parfois l’abbé !
Elles auraient voulu savoir s’il
connaissait quelqu’un comme ça, qui faisait ce genre de chose pour gagner sa
vie. Si bien sûr cela existait des gens qui faisaient ces choses-là. Et bien
sûr, ce n’était pas dans les trente-cinq heures des vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, c’était l’évident, continua la grosse fille, sinon cela leur
coûterait drôlement bonbon…et elle, elle
en voulait des bonbons rien que pour elle, rien que pour sa grosse
gueule !...Quand elle aurait fini d’apprendre à parler…
Non. Il leur faillait quelqu’un pendant
quelques heures de dedans la semaine. Mais en même temps en discutant avec la
môman, elles avaient pensé qu’un homme ce serait peut-être mieux parce qu’une
femme aurait peut-être eu un peu de mal à soulever la môman. Car elle faisait
son petit poids…la vieille
salope !...même si on ne dirait pas comme ça. Et sa grosse fille aussi
vieillissait. Elle, aussi, avait du mal à ses pieds. Elle, aussi, avait du mal
dans ses mollets. Elle, aussi, avait du mal dans son dos. Elle, aussi, ne
dormait plus beaucoup car souvent elle devait se lever pour mettre la môman aux
toilettes et lui changer son change. Quelques fois même, elle devait lui laver
le fondement alors que celui-ci…était plein de caca…bien collant parfois, bien liquide souvent. Et cela la gênait aux
entournures, c’était quand même sa fille et elle la môman donc…Et puis quelques
fois, elle en avait même plein les mains. Ce n’était pas très…C’était même
peu….Et, franchement, elle en avait ça dans l’horreur. Mais surtout, c’était
qu’elle n’aimait rien autant qu’elle aimait ne rien faire…euh…c‘est moi ou c’est pas très français tout ça ? On
dirait hein ?...Allez, on s’en branle hein ! Tout alors qui
l’obligeait à quitter son fauteuil n’en devenait que davantage un supplice
infernal. Bon c’est sûr qu’il faut la
comprendre aussi la grosse vache : foutre les mains dans la merde d’une
vieille qui en est enduit autant qu’une tartine de Nutella beurrée par un petit
gros affamé, qui en plus a plongé les mains dedans et que des morceaux se sont
incrustés sous les ongles…bref…c’est sûr que c’est pas ce qu’il y a de plus
ragoutant…surtout qu’il y a l’odeur aussi. Cette odeur de merde, ça prend au
nez. Ça s’incruste bien dans les narines. Tout ensuite n’a plus que cette
odeur.
C’est
même, parfois, comme si une minuscule crotte parsemée de quelques morceaux non
digérés était venue se loger dans le fond de votre gorge. Et qu’elle se
plaisait à rouler sur votre langue déversant à chaque passage d’un liquide
marron, chaud et tellement gluant, coulant au plus profond de vous à chaque
déglutition et que sous vos dents craquaient ces quelques morceaux au goût bien
acres.
Non, non. Il leur fallait de l’aide.
Tandis qu’elle parlait le Père Paul ne
pouvait s’empêcher de regarder ses deux grosses lèvres qui gigotaient entre ses
deux grosses joues rondes. Son double menton qui tremblotait à chacune de ses
paroles avait ce quelque chose d’hypnotisant. Le gras de son cou vacillait
telles les vagues d’une mer déchainée. Ses yeux alors se posèrent sur
l’ouverture malencontreusement fortuite de son chemisier qui laissait deviner
une généreuse poitrine bien moelleuse, parsemée de quelques jolies petites
veines bleues et de mamelons bien roses et bien dodus comme il les aimait…moi aussi j’aime ça…oh oui, oh
oui !...Je…passons…désolé !
Son esprit vagabonda, d’un coup, dans
les méandres bien chauds de ce chemisier entrouvert.
Tout à coup, surpris par une sorte de
raideur au bas ventre, il revint à la réalité et à cette aide qu’on lui
réclamait. Aussitôt, il se mit au garde à vous. Aussitôt, il accepta d’être le
missionnaire cette grande mission qu’on venait de lui confier. Aussitôt, il
prit congés avant de ne plus pouvoir remonter sur son biclou sans courir le
risque de…comment dire ça poliment…euh…je
sais pas je vous laisse imaginer…euh…de se coincer le pèlerin dans la
chaine ? L’image n’est peut-être pas suffisamment parlante,
hein ?...Si ! Ah, bon ! Autant pour moi !
