Conte 2 - 2nde partie
Conte 2 - 2eme partie
Le Merle et l'Oie
Au printemps suivant, tandis que les
petits zozios cuit-cuités dans les arbres refleurissant Pâquerette pesait
environ une tonne…et ses bouses à peu
près la même chose…et Amanda s’en occupait toujours aussi bien. Elle était
tellement fière d’aller se promener dans les rues du village avec son amie,
montant sur son dos, la tenant en laisse comme si elle était un chien d’à peine
quelques kilos. Jamais Pâquerette ne tira d’un coup la petite fille, ne rua ou
ne la brusqua d’une quelconque manière. Et s’occuper de cette vache, jouer avec
elle, lui lire des histoires…eh oui c’est
un gosse faut pas l’oublier, ça, hein !...avait rendu son beau sourire
à Amanda qui ne réclamait plus celle qui était, pour elle, sa mère. Damian se
disait alors qu’il avait bien fait d’acheter cette vache même s’il n’en était
pas totalement convaincu…bon c’est vrai
moi aussi je me suis attaché à elle, on va pas en faire toute une histoire…je
crois qu’elle a comblé un vide dans mon cœur enfin, bien sûr, dans celui de
Damian c’est évident, n’est-ce pas !
Mais dans la sombritude des ombres de
ce petit village, enrageait une grogne sourde et aveugle, avide de ce délicieux
pouvoir dont se sentent investies certaines personnes. Des crapauds baveux, des
rats scélérats…je sais c’est facile
celle-là…des oiseaux calomnieux…pour
lesquels on fera un procès plus tard, parce que tout ça c’est une vraie
ménagerie là dehors, qui pue et qui crie, bande de dégueulache…attendaient
leur temps.
Et le temps fut venu. Ben en même temps, on va pas y passer des
plombes surtout que tout le monde se doute de ce qui va se passer.
Un jour alors que, comme à leur
habitude, Amanda et Pâquerette se promenaient dans les rues du village saluant
les gens qu’elles croisaient, discutant parfois avec l’un ou l’autre des vieux
sages, un horrible hurlement vint alors déchirer la paisible tranquillité de ce
petit village de camp’hagne.
-
« AAAAAAAAH ! AAAAAAAAAH ! A
l’ATTENTAT ! A L’ATTENTAT ! AAAAAH ! ».
Ce fut alors que tout le village
accourut au chevet de cette femme et de cet homme blessés, humiliés, meurtris.
Comme tous les autres, Amanda et
Pâquerette accoururent pour voir ce qui arrivait à leurs amis, les réconforter
d’un câlin ou d’une léchouille.
Mais elles n’eurent pas le temps de
pointer le bout de leur nez et de leur museau qu’une voix stridente, méprisante
hurla et caqueta :
-
« AAAAAAAAH ! C’est elle ! C’est
elle la petite salope qui a fait chier son…drôle de clébard devant mon
portail ! AAAAAAH ! AAAAAAAAAAAAAAH ! Je me sens mal, mon ami ! Faites-la
piquer ! Faut la piquer ! Je veux qu’on la pique !
AAAAAAH ! Si la voiture roule là-dedans faudra changer les pneus !
Piquez-la mon ami ! Je veux qu’on la pique ! J’vous en supplie !
AAAAAAAAAH ! ».
-
« Boudiou… »
s’exclama alors l’un des vieux sages du village désignant la mère l’Oie « c’est elle ste bestio qui faut piquer ! ».
Tous rigolèrent et tous s’en allèrent.
Mais alors qu’Amanda était rentrée chez
elle pleurant à chaudes larmes parce que ceux qu’elle considérait comme ses
amis voulaient tuer sa Pâquerette, se croyant responsable de tout, un coup de
sonnette retentit dans toute la maison comme un glas.
Damian se dirigea vers le portail
d’entrée, vers les deux gendarmes qui l’y attendaient.
-
« B’soir, M’sieur ! Gendarmerie nationale
papier siouplié !...Pardon l’habitude…il parait que vous avez un
chien…bizarre…vraiment bizarre…d’après ce qu’on nous a dit… » dit
alors le plus jeune des deux gendarmes en lisant les notes qu’il avait prises
sur son calepin Clairefontaine spiralé « qui aurait déféqué excusez du terme hein ! Devant le portail de
vos voisins provoquant…et là je cite « la pire attaque d’angoisse qu’une
personne citoyenne et responsable eusse dû subir à cause d’une petite salope et
de sa saloperie de clébard »…on peut voir le chien ? Vous avez les
autorisations pour détenir ce chien ? De quelle race il est au fait ?
On peut le voir s’il est toujours en votre possession ? »
-
« Je suppose que vous voulez voir ses papiers »
lui rétorqua Damian.
-
« Ah ! On ne plaisante pas avec la
Gendarmerie Nationale Monsieur ! Soyez corrects ! Nous ne vous
agressons pas alors ne nous agressez pas ! Nous sommes des
militaires ! Nous sommes assermentés ! »
-
« Elle est ici ».
Il emmena ces deux grands militaires de
carrière…comme leur père probablement…vers
Pâquerette qui lui sembla ce soir tellement triste comme si elle comprenait ce
qui se passait et qu’elle s’en voulait de faire pleurer Amanda, de la rendre
triste, de ne rien pouvoir faire pour elle.
-
« WOoOh ! C’est quoi comme chien
ça ! » s’écria le plus jeune des deux gendarmes
-
« C’est une vache » lui rétorqua
Damian, commençant à être excédé par toutes ces simagrées, s’abstenant
d’ajouter « du con ! »
-
« Oh, je vois où est le problème ! C’est
bien ce qui me semblait. Vos voisins sont de la ville…vous savez mes parents
étaient agriculteurs…bonne soirée Monsieur et désolé de vous avoir dérangé »
sembla alors regretter le plus âgé des deux gendarmes.
Et alors qu’ils s’éloignaient refermant
le portail derrière eux, Damian resta là regardant Pâquerette. Il sentait cette
douleur grandir en lui. Une douleur, une souffrance, une envie de vengeance qui
ne s’étaient imposées à lui depuis…quelques temps.
La jeune Amanda ne cessa de pleurer
toute la soirée et une partie de la nuit jusqu’à ce qu’elle s’endorme enfin
sanglotant de peur de perdre sa Pâquerette, de perdre encore l’une de ses
amies.
Damian, lui, resta, éveillé, perdu dans
la noirceur qui l’entourait. Fixant les photos de sa fille et de sa vache, il
sentait cette colère grogner en lui comme les sanglots de sa fille contre sa
poitrine.
A cause de deux horribles bestioles,
Amanda souffrait. A cause de leur bêtise sans nom, elle avait mal et il ne
pouvait rien y faire. Cela le mettait en colère. Tellement en colère. Il souhaita alors très, très,
très fort que ces deux horribles oiseaux meurent de la manière la plus horrible
qui soit.
Mais dans ce monde, il n’y avait pas de
magie, pas de petits lutins ou de génie qui viendraient exaucer son souhait. Il
finit alors par s’endormir Amanda blottie contre lui.
Mais dans la fraîcheur et la noirceur
d’une nuit de printemps, il arrive parfois que les souhaits, malgré tout ce que
l’on peut penser, soient exaucés.
