Conte 2- 1ere partie
Conte 2 - 1ère Partie
Le Merle et l'Oie
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Il était une fois…non je déconne…quoi que c’est un bon début je me demande si quelqu’un y
a déjà pensé ?...bref…
La vie était paisible à Pachmina du
Bourg-du-bec, un petit village au nord du Sud…ou du sud du Nord comme vous voulez ça n’a pas d’importance pour
l’histoire…Dan et sa fille…euh…non
pas Dan…euh…ce n’est qu’un personnage il n’a rien à voir avec moi ni même avec
ma fille c’est pour vous dire hein ! Voyons ?!…euh…alors comment on
va t’appeler toi hein ?...Euh…Da…euh…Dam…euh…Dami…euh…Damio…euh Damia…euh…
Damian…ah, ouais tiens ! J’aime bien…quelle joie ça doit être pour vous
d’assister au processus créatif dans toute sa splendeur et sa complexité. Je
sais bien que cela vous passe au-dessus de la tête ! Mais avouez quand
même que ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer ! Incroyable !
Damian et sa fille, Amanda, lâchement
abandonnés par une sale bonne femme de merde qui avait été une mère pour sa
fille…putain, une mère quoi !...qui
s’était cassée comme ça du jour au lendemain après des années de vie commune…salope, va !...venaient de prendre
possession de leur nouvelle maison. Un ancien corps de ferme entièrement
rénové…c’est plus facile pour l’histoire.
A l’origine il devait le rénover mais c’était trop chiant à écrire alors pouf
magie toute rénovée la baraque !…Damian espérait plus que tout prendre
un nouveau départ ici, offrir à sa fille une vie un peu plus paisible qu’en
ville. Peut-être même lui redonner le sourire.
Respirer l’air vivifiant de la bouse de
vache fraichement démoulée, l’odeur du sang des porcs que l’on étripait, le cri
du coq qu’on décapitait ou de la chèvre prise dans une tournante, tout cela
leur ferait le plus grand bien.
Ils furent à peine entrés dans leur
nouvelle demeure que, d’un coup, un homme aussi chétif que chauve dont le nez
pointait toujours la bonne direction tel un GPS et son épouse à l’ossature
solide de bonne polonaise roulant du cul comme un canard constipé se
présentèrent à lui…l’envahirent
ouais !
Damian, trop occupé à déballer ses
cartons, ne retint pas leur nom. Alors, comme lui était tout de noir vêtu…oh putain j’écris comme un écrivain !
Oh putain ! Je suis tellement fier de moi…et elle tout de blanc, son
imagination incroyable, débordante, intarissable lui fit les surnommer le Merle
et l’Oie…ben c’est toujours mieux que
vieux pervers et grosse vache achetée sur Internet non ?!
Et contrairement à ce qu’il aurait pu
croire dès le départ, ils n’étaient pas si déplaisants ces gens-là. Ils avaient
un peu trop l’accent de la grande ville, pour lui. Mais bon, ils n’étaient pas
trop déplaisants. Ils avaient acheté une maison à la camp’hagne en espérant que cela ne soit pas trop la camp’hagne justement ou que cela ne soit
qu’une ville les vaches, les poules, les truies et les porcs en moins.
Depuis plus de dix ans maintenant, ils
vivaient là, et se plaisaient vraiment ici dans « chette charmante bourgade de provinche » comme l’appela l’Oie.
Et tout le monde les connaissaient…à
force de foutre tout le monde au tribunal pour un coq qui gueule ou un bon
crottin de cheval, c’est sûr que tout le monde les connaissait. Les apprécier,
je ne parierai pas mon dentier là-dessus pas mais les connaissait, ça c’est
sûr.
Mais comme ils étaient si charmants, si
conviviaux alors personne ne leur en voulait vraiment, il faut bien dire les
choses comme elles sont, d’être aussi cons.
Et les mois passèrent. Damian et sa
fille s’intégrèrent bien dans ce village où ils profitèrent du bon air et des
bons produits de la terre. Jamais ils n’eurent le moindre problème avec l’un ou
l’autre de leur voisin…parfois ils
avaient les urines qui sentaient bizarre, ce qui inquiétait vraiment
Damian…mais vraiment, vraiment…bizarre…
Un jour, en allant acheter directement
à la ferme leur poulet du dimanche et leurs légumes de la semaine, la toute
jeune Amanda tomba sous le charme d’une toute jeune et jolie génisse aux pis
bien faits. Mais Damian n’était pas chaud pour déjà reprendre une grosse vache…grosse salope perverse
ouais !...pardon mais je l’ai encore là quoi !...à la maison.
Mais lorsqu’il demanda ce qui adviendrait de cette jeune et jolie vache,
l’exploitant lui répondit :
-
« Ah, z’avez iski pô pétié avec eul bestio,
z’avez M’sieur ! Boudiou ! On va l’traître jusqu’à eusse qu’elle vêle
eusse dernier lopiot eud veau et pi on va r’garder euddans qui a pu eud lait
qu’au cas qu’où qu’on d’vrait eul verser d’vant la soubréfectur. Et pi on va
l’mettre dans l’battoir pour la couper dans l’morceau et qu’on va eut vendre
pour euq tu le bouffes…eheheh du con eheheh…et pi qu’on va et’ dire euq c’est
du bon boheuf eud bien eud chez
nous ! Eh-eheh ! Et pi qu’on va casser ses os et tiendre les s’bots
pour donner à bouffer aux z’aut‘ qu’on va faite eul même chose…alors i’veut
quoasse comme ploubet ! Sans momogem ? Eheheh ! »
-
« Le monsieur i’va pas tuer la vache hein
Pôpa ! Pourquoi qu’i veut la tuer ! J’veux pas qui la tue
mouah ! »
Damian sentit alors le vent tourner.
Pris entre un péquenaud pervers animé par des pulsions de morts envers ses
vaches et la moitié de la planète…et prêt
à lui faire bouffer de la merde en disant que c’est bon pour lui tout en lui
faisant payer plein pot, connard va !…, sa fille dont la petite
bouille blonde si douce d’habitude commençait à se changer en une sorte de
démon rougeoyant prêt à hurler au monde entier qu’elle voulait cette p…de vache
qui le regardait avec des yeux suppliant : « sauve-moi ! ».
Bon
ok vous savez comment ça va finir elle va chialer, je vais l’acheter enfin je
veux dire Damian, bien sûr, va l’acheter en la payant le triple de son prix
pour qu’elle ferme sa p…de gueule que je supporte pas quand elle chouine comme
ça…Enfin c’est Damian qui supporte pas moi je gère, je gère…respire,
respire ! Oh, putain ! Putain, putain ! J’fais une crise d’angoisse ! J’vais
crever ! Oh, putain !
La transaction conclue Damian, Amanda,
la désormais bien nommée Pâquerette firent le chemin inverse. Ils marchèrent
dans les petites rues de ce petit village du nord du Sud. Damian n’était pas
peu fier d’avoir aujourd’hui sauvé une vie et d’avoir rendu sa fille heureuse.
Et tandis que la petite fille tentait de retenir cette vache, glissant dans les
bouses comme si elle faisait du ski nautique dans la merde, lui commença à se
prendre à rêver qu’en donnant du chocolat à manger à cette vache, elle lui
ferait du lait au chocolat ou des glaçons elle lui ferait des glaces ou du
sucre elle lui ferait de la confiture de lait. Comme la vie serait belle et
qu’ils seraient heureux tous les trois sous le ciel bleu et ses milliers
d’arc-en-ciel du pays rendu joyeux par une trop forte dose d’anxiolytique.
Dès le lendemain, Damian sut que cet
idyllique tableau ne verrait le jour qu’au pays des rêves fabuleux et monstres
gentils. La tentation fut alors grande d’acheter une carabine, d’y mettre des
cartouches, de pousser le canon dans sa bouche et d’appuyer sur la détente.
Mais bien sûr il ne le ferait pas car aujourd’hui en plus d’avoir un crédit de
trente ans sur le dos, une petite fille de douze ans à élever seul, il avait
une vache…une putain de vache !...
et il ne savait même pas ce que ça bouffait une vache…oh putain ! J’vais m’en coller une !
Souvent, le Merle et l’Oie venaient
rendre visite à Damian et Amanda. Ce gentil couple s’amusait souvent de voir la
petite fille jouer et monter ce drôle de chien à cornes qui était tellement
sage qu’on n’entendait jamais aboyer, crénom d’une pipe !
Souvent, ils s’invitèrent aussi à
souper. Ils s’imposèrent parfois, gentiment, les soirs d’été pour faire un
gentil barbeuque dans la cour intérieure de ce corps de ferme, invitant
quelques-uns de leurs bons amis venus de la Cap’hitale. Car chez eux le jardin
était bien trop fleuri et surtout, surtout…surtout ils ne voulaient pas
piétiner leur chère, chère pelouse qui était la même que celle mise au stade de
France…et mon poing dans ta gueule de con
tu la veux…pardon !
Damian se disait qu’ils valaient mieux
les subir de cette façon plutôt que d’une autre car il n’avait pas besoin de ça
en ce moment alors il les tolérait. Et puis cela donnait un semblant de vie
sociale à Amanda qui côtoyait d’autres personnes que son père, cela ne pouvait
lui être que bénéfique alors il les tolérait. Bien obligé. Et puis, elle
s’attachait à eux, aussi.
La réalité se révéla moins pire que ce
que Damian avait imaginé. Il avait aménagé la grange pour que Pâquerette ait un
petit chez elle, bien confortable. Amanda adorait cette vache. Elle s’en
occupait comme d’un trésor, la brossait, lui donnait à manger du foin, de
l’herbe…ça coute une blinde,
putain ! Elle allait aussi souvent, très souvent, la balader dans les
rues du village ou dans le champ derrière leur maison, passant devant le joli
pavillon et la jolie pelouse du Merle et de l’Oie qui, chaque fois, lui
faisaient signe de la main. Parfois ils allaient même jusqu’à lui offrir
quelques bonbons et un sucre pour le chien qui grossissait drôlement. Il allait
crever assurément si la petite n’y faisait pas plus attention.
